Aujourd’hui, avec le « Projet Maven » du Pentagone, « la guerre en Iran est l’un des premiers conflits où les systèmes d’intelligence artificielle jouent un rôle central dans l’identification et la priorisation des cibles, et où la vitesse de traitement détermine le rythme des opérations », écrit le média en ligne espagnol ARA.
Selon le maréchal de l’air à la retraite Martin ‘Sammy’ Sampson, cela représente une véritable « métamorphose du champ de bataille » : « Nous sommes confrontés à une phase inédite de la guerre, où la prise de décision repose désormais sur des architectures algorithmiques à grande échelle, aboutissement d’années d’expérimentations secrètes », affirme-t-il. Sampson est le directeur exécutif de la branche Moyen-Orient de l’Institut international d’études stratégiques (IISS) à Londres.
Le maréchal décrit le système comme une « exécution et une planification 24h/24 et 7j/7 » — en bref, le déluge de feu ne s’arrête jamais. Le rythme dépasse même les exercices de simulation les plus ambitieux du Pentagone, comme le concept des « mille décisions », conçu pour entraîner les commandants à identifier mille cibles par heure. En Iran, l’ampleur a été le double de celle de la célèbre campagne « Choc et effroi » de 2003, pendant la guerre d’Irak, qui avait occasionné 1700 sorties en 48 heures. Selon Sampson, l’IA « n’est pas un ajout, elle est essentielle, elle optimise l’élimination systématique des cibles ».
Military.com rapporte que le département de la Défense américain souhaite faire encore mieux. Selon le site, le ministère « étend son utilisation de l’intelligence artificielle (IA) en officialisant le système MAVEN de Palantir Technologies comme un programme à long terme, ce qui marque un passage des outils expérimentaux à une infrastructure opérationnelle ».
L’origine de Maven
Le programme Maven est le fruit d’une intégration inquiétante de l’armée américaine, des seigneurs de la tech de Silicon Valley et des familles historiques dominant Wall Street, en particulier JP Morgan Chase, une banque d’affaires dont les sympathies pour différents courants fascistes au début du XXe siècle ont été largement documentées.
En France, Le Grand Continent a publié le 25 mars un article bien documenté de la journaliste d’investigation américaine Katrina Manson, auteure du livre récemment paru « Project Maven : A Marine Colonel, His Team, and the Dawn of AI Warfare ».
Elle écrit :
A l’époque, « le Pentagone croulait (…) sous une avalanche d’images : les guerres de drones américaines avaient alors pris leur essor avec la conviction que le combat à distance pouvait sauver la vie des soldats. De cinquante-quatre sorties de drones sur le champ de bataille en 2001, leur nombre avait atteint près de huit mille en 2010. »
Maven a été conçu, promu et développé par Drew Cukor. C’est lui qui a convaincu le Pentagone que « la conduite de la guerre pouvait être confiée à des machines ».
Or, pour l’interviewer, la journaliste d’enquête est allée à sa rencontre « dans le hall de l’imposant siège new-yorkais de J.P. Morgan, la banque d’affaires où ce colonel à la retraite du Corps des Marines dirige désormais le département dédié à la ‘transformation de l’intelligence artificielle’ pour le compte de son influent PDG, Jamie Dimon ».
Pour rappel, entre 2010 et 2013, J.P. Morgan a été l’un des premiers gros clients commerciaux de Palantir, la firme fondée par Peter Thiel grâce à un investissement initial de la CIA.
J.P. Morgan s’est servi de la plateforme Metropolis de Palantir pour détecter les fraudes, analyser le comportement des consommateurs et gérer les données hypothécaires. Cependant, un rapport de Bloomberg publié en 2018 a révélé qu’un responsable de la sécurité chez J.P. Morgan avait utilisé le logiciel de Palantir pour surveiller de manière intensive les employés de la banque, en suivant leurs courriels, leurs données de géolocalisation et l’historique de leur navigation, ce qui a suscité des interrogations quant à l’utilisation abusive des technologies du Big Data.
En mai 2025, un partenariat a été annoncé entre Palantir, TWG Global et xAI afin de renforcer l’intelligence artificielle dans les services financiers.
Fin 2025, J.P. Morgan Chase est devenu un investisseur majeur de Palantir. Selon les rapports du troisième trimestre 2025, la banque a augmenté sa participation de 115 % pour détenir plus de 34 millions d’actions, valorisées à plus de 6 milliards de dollars, ce qui en fait un actionnaire important de la société.
Début 2026, Jamie Dimon, banquier d’affaires et PDG de J.P. Morgan, s’est rendu chez Palantir pour discuter de l’IA et de l’avenir de la sécurité nationale...
Manson précise que sous la direction de Cukor,
Pour le projet Maven, Cukor a recruté d’autres géants de la tech plus connus pour leurs services de vente en ligne et leurs logiciels bureautiques que pour leurs capacités de guerre informatique. Aujourd’hui, Amazon Web Services (AWS) et Microsoft fournissent au projet des capacités de guerre algorithmique. Parmi les autres acteurs impliqués figurent NVIDIA et, plus récemment, Anthropic. Même Google, dont les employés avaient initialement protesté contre leur implication dans « l’industrie de l’armement » en découvrant leur participation au projet Maven en 2018, assure désormais des activités liées à la sécurité nationale.
Alex Karp, le PDG milliardaire de Palantir Technologies, qui a rapidement rejoint le projet, honore volontiers Cukor comme le « père » du « ciblage par IA ».




