Le 23 juin, quelques jours après les frappes contre l’Iran, l’ancien diplomate britannique Alastair Crooke, fondateur du Conflicts Forum basé à Beyrouth, a publié une tribune intéressante pour tous ceux craignant le rôle maléfique que puisse jouer l’IA dans la désinformation et la guerre. (Voir sur ce site notre article de 2023)
Voici des extraits de la traduction en français publiée par Réseau international.
Trump s’est rangé du côté des Israéliens, affirmant que l’Iran est « très proche » de posséder la bombe, et a ajouté qu’il se fiche de ce que pense Tulsi Gabbard (patronne du renseignement américain).
La résolution du Conseil de l’AIEA du 12 juin 2025 sur le « non-respect » des obligations de l’Iran aurait été l’élément déclencheur planifié de l’attaque surprise d’Israël contre l’Iran le lendemain. Les Israéliens affirment que le plan de guerre contre l’Iran était fondé sur « l’opportunité » de frapper, et non sur des informations des services du renseignement selon lesquelles l’Iran se rapprochait à grands pas de la bombe (le prétexte de la guerre).
L’affirmation soudaine selon laquelle l’Iran serait très proche de la bombe (qui semble avoir surgi de nulle part, laissant les Américains perplexes quant à la façon dont cela a pu se produire – en un clin d’œil, nous partons en guerre – a ensuite été réfutée par le directeur général de l’AIEA, Grossi, sur CNN le 17 juin (mais seulement après que l’attaque soudaine contre l’Iran ait déjà eu lieu) :
Cette déclaration a suscité la riposte suivante de l’Iran par l’intermédiaire de son porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, le 19 juin :
À quoi le Dr Ali Larijani, conseiller du Guide suprême, a ajouté :
Déclaration du ministère russe des Affaires étrangères concernant l’escalade du conflit israélo-iranien :
Les arguments qui ont servi de base à la résolution de l’AIEA du 12 juin 2025 – donnant à Israël un prétexte pour frapper l’Iran (et conçue pour influencer le président Trump afin qu’il ignore les avertissements de son propre directeur du renseignement national selon lesquels il n’y a aucune preuve que l’Iran s’oriente vers la militarisation) – n’auraient pas été fournis par le Mossad ou d’autres services de renseignement occidentaux, mais par un logiciel de l’AIEA.
Comme le souligne DD Geo-politics, depuis 2015, l’AIEA s’appuie sur la plateforme Mosaic de Palantir, un système d’intelligence artificielle à 50 millions de dollars qui passe au crible des millions de points de données – images satellites, réseaux sociaux, registres du personnel – afin de prédire les menaces nucléaires :
La plateforme Mosaic de Palantir a joué un rôle crucial dans ce revirement. Ses données ont façonné le rapport du 31 mai, signalant des anomalies à Fordow et Lavisan-Shian, et recyclant des allégations antérieures provenant de Turquzabad, malgré les démentis et autres sabotages de l’Iran depuis des années … Mosaic a été conçu à l’origine pour identifier les activités rebelles en Irak et en Afghanistan ».
Son algorithme cherche à identifier et à déduire les « intentions hostiles » à partir d’indicateurs indirects – métadonnées, modèles comportementaux, trafic de signaux – et non à partir de preuves confirmées. En d’autres termes, il postule ce que les suspects pourraient penser ou planifier. Le 12 juin, l’Iran a divulgué des documents qui, selon lui, montraient que le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, partageait les résultats de Mosaic avec Israël. En 2018, Mosaic a traité plus de 400 millions de données distinctes et a contribué à éveiller les craintes concernant plus de 60 sites iraniens, justifiant ainsi les inspections inopinées de ces sites par l’AIEA, dans le cadre du JCPOA. Ces résultats, bien que dépendant en grande partie des équations algorithmiques, ont été intégrés dans les rapports officiels de l’AIEA sur les contrôles de sécurité et ont été largement acceptés par les États membres de l’ONU et les régimes de non-prolifération comme des évaluations crédibles et fondées sur des preuves. Mosaic n’est toutefois pas un système passif. Il est conçu pour déduire de son algorithme des intentions hostiles, mais lorsqu’il est réutilisé à des fins de surveillance nucléaire, ses équations risquent de traduire une simple corrélation en intention malveillante.
Ben Caspit, commentateur israélien de centre-droit (Ma’ariv) :
Commentateur israélien, Nahum Barnea (Yedioth Ahoronot) :
« La décision de déclencher la guerre revient entièrement à Netanyahou. Et le voilà, décideur et responsable : tout le mérite lui revient. Trump a donné à Israël le feu vert pour déclencher une guerre, à condition qu’il ne présente pas l’Amérique comme un partenaire et un responsable. La méthode Trump ne fait pas de distinction entre l’Ukraine de Zelensky et l’Iran de Khamenei : l’humiliation est le garant d’un accord final ».
Ronan Bergman, commentateur israélien et du New York Times (Yedioth Ahoronot) :
Vue d’ensemble
Apparemment, Trump a été convaincu par Netanyahou, Ron Dermer et le général Kurilla du CENTCOM (Politico rapporte que Kurilla a joué un rôle déterminant pour persuader Trump que la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard avait tort dans son évaluation selon laquelle l’Iran ne possède pas la bombe atomique).
Trump s’est rangé du côté des Israéliens, affirmant que l’Iran est « très proche » de posséder la bombe, et a ajouté qu’il « se fiche de ce qu’elle [Gabbard] dit ».
Trump a même spéculé à tue-tête – la veille de la fuite du 13 juin – qu’une attaque israélienne (contre l’Iran) « pourrait accélérer [la conclusion] d’un accord ». Il ne fait guère de doute que la « chute » soudaine et inattendue de la Syrie a incité les néoconservateurs à imaginer qu’ils pourraient rapidement répéter l’opération en Iran. C’est aussi ce qui explique pourquoi on insiste tant sur l’assassinat du Guide suprême. Mais l’Iran ne s’est pas effondré, et le système iranien s’est rétabli de manière inattendue et rapide. Lorsque les frappes de représailles iraniennes contre Israël ont commencé, le bloc pro-israélien a paniqué et a exercé une pression énorme sur Trump pour que les États-Unis entrent en guerre aux côtés d’Israël.
Cela a confronté Trump à un terrible dilemme : choisir entre Charybde et Scylla, soit s’aliéner sa base électorale MAGA (qui a voté pour lui précisément pour empêcher les États-Unis de s’engager dans une autre guerre sans fin, ce qui risquerait de causer une défaite du Parti républicain aux prochaines élections de mi-mandat), ou s’aliéner ses donateurs juifs ultra-riches (tels que Miriam Adelson, dont l’argent exerce une influence considérable sur le Congrès et dont les ressources sont exploitées par l’État profond pour poursuivre des intérêts communs avec les partisans d’Israël avant tout), qui se retourneraient contre lui.
Une situation qui n’est pas sans rappeler l’Irak, et le rôle de Colin Powell…
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