Le « Conseil de la Paix » : le projet orwellien et colonial de Trump pour remplacer l’ONU

jeudi 5 mars 2026, par Karel Vereycken

« La guerre, c’est la paix » était l’un des slogans figurant sur la façade du ministère de la Vérité, dans le roman dystopique 1984 de George Orwell. Le Conseil de la paix (Board of Peace, ou BoP) de Trump illustre cette même double pensée orwellienne dans laquelle des idées contradictoires sont présentées comme vraies.

Annoncé en septembre 2025 dans la perspective d’un cessez-le-feu et de la reconstruction de Gaza, le BoP a été créé le 15 janvier 2026 en marge du 56e Forum économique mondial de Davos, en Suisse, par et pour le président des Etats-Unis, Donald Trump.

D’après le Times of Israel, Trump a précisé cinq jours plus tard que cet organisme « pourrait remplacer l’ONU ». La charte de cette usine à gaz fait craindre qu’il s’agisse d’une sorte d’ONU privatisée sous la houlette d’un PDG-empereur, chargé par ses actionnaires de faire fructifier leurs investissements dans Gaza, réduit à un Etat croupion privé coupé du reste de la Palestine.

C’est en août 2025, lors de sa rencontre avec Trump à la Maison Blanche, que l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, menteur toutes catégories, proposa de placer la bande de Gaza sous administration internationale. Déjà en 2017, le gendre de Trump, le promoteur immobilier Jared Kushner, avait su mettre à profit le carnet d’adresses de Blair (ancien envoyé spécial au Proche-Orient du « Quartet ») pour arracher les accords d’Abraham, visant à sauver l’économie israélienne en normalisant ses relations avec les pays arabes.

Le 12 octobre 2025, deux jours après l’entrée en vigueur de « l’accord de paix » de Gaza, Blair rencontrait Hussein al-Sheikh (vice-président de la Palestine) en Jordanie pour discuter de la reconstruction de la bande de Gaza. Ce soir-là, Trump déclara que « la guerre était terminée » et que le BoP serait rapidement mis en place.

Le 17 novembre 2025, par 13 voix (la Russie et la Chine s’étant abstenues), le Conseil de sécurité des Nations unies adopta la résolution 2803 qui entérine le plan Trump, intitulé « Plan global du président Donald J. Trump pour mettre fin au conflit à Gaza », annexé au document. Sans le dire aussi brutalement, la résolution 2803 accordait la tutelle de Gaza au BoP de Trump, dont la charte n’était pas encore écrite !

Dans son article 3, la résolution

« salue la création du Conseil de la paix, à savoir une administration transitoire dotée de la personnalité juridique internationale et chargée de guider la reconstruction de Gaza et d’en coordonner le financement, conformément au Plan d’ensemble et dans le respect des principes juridiques internationaux en vigueur, et ce, jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne ait mené à bonne fin son programme de réformes comme prévu dans diverses propositions, notamment le plan de paix de 2020 du Président Trump et l’initiative franco-saoudienne, et qu’elle puisse reprendre le contrôle de Gaza en toute sécurité et dans de bonnes conditions. »

Cette résolution est l’une des plus macabres dans l’histoire de l’ONU. Pour Israël, dont le gouvernement a commis des crimes de guerre qualifiables de génocide et de nettoyage ethnique, tout baigne, puisqu’il sera membre du BoP.

Pour les Palestiniens, on double la pression. La terminologie de la résolution cache mal la haine envers un peuple palestinien qui vient de subir des centaines de milliers de morts :

« Une fois que l’Autorité palestinienne aura scrupuleusement exécuté son programme de réformes et que la reconstruction de Gaza aura progressé, les conditions seront alors peut-être réunies pour que s’ouvre un chemin crédible vers l’autodétermination palestinienne et la création d’un État palestinien. »

Pire encore, l’article 7 de la résolution 2808

« autorise les États membres qui collaborent avec le Conseil de la paix et ledit Conseil à créer à titre temporaire une Force internationale de stabilisation à Gaza, qui sera déployée sous un commandement unifié acceptable par le Conseil, dont les contingents seront fournis par les États participants, en consultation et en coopération étroites avec la République arabe d’Égypte et l’État d’Israël. »

On le voit clairement, ce ne sont plus les Nations unies qui déploient une force de stabilisation internationale. Cette tache est soustraité au BoP, organe privé sous la direction exclusive de Trump, un homme qui affirme qu’il « n’a pas besoin » du droit international. Bien joué !

La Charte

Le BoP est régi par une charte qui ne mentionne nulle part les Palestiniens et ne désigne qu’une seule personne habilitée à adopter des résolutions ou des initiatives en son nom, sans consultation du Conseil : Donald Trump, qui y siège à titre personnel et à vie, y compris lorsqu’il aura quitté ses fonctions de président des États-Unis.

En tant que président du Conseil de la paix, Trump en contrôle les finances, créant ainsi ce qui ressemble à une caisse noire d’envergure internationale.

Le versement d’une contribution d’un milliard de dollars garantit un siège permanent au BoP, contrairement à une nomination simple pour trois ans, qui est gratuite. Trump détermine également la composition du BoP, nomme le bureau exécutif et a le dernier mot sur toutes les décisions, celles-ci étant prises à la majorité des États membres présents et votants, sous réserve de l’approbation du président, conformément à la Charte. Enfin, Trump est également l’autorité suprême quant à l’interprétation et à l’application de cette Charte, dont il doit également approuver toute modification.

Parmi les personnalités ayant intégré le Conseil exécutif du BoP, à part l’inévitable Tony Blair, on trouve le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, le diplomate qatari Ali al-Thawadi, le chef des services de renseignement égyptiens, Hassan Rashad, et la ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Reem Al-Hashimy.

Le Conseil exécutif comprendra également l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, le gendre de Trump, Jared Kushner, le PDG d’Apollo Global Management, le milliardaire Marc Rowan, l’homme d’affaires israélo-chypriote Yakir Gabay, l’ancienne coordinatrice humanitaire des Nations unies, Sigrid Kaag, et l’ancien envoyé des Nations unies au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov.

Le Conseil exécutif supervisera le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), un groupe de technocrates palestiniens apolitiques, chargé de l’intendance et de fournir des services de base aux Gazaouis.

Conclusion

Que l’ONU et un certain nombre de chefs d’État n’aient pas rejeté cette initiative en dit long sur leur lâcheté, leur corruption et sur l’absence de réelle volonté de faire prévaloir le droit international sur les caprices coloniaux de ceux qui se croient les plus forts.

« Le Conseil de la paix va en quelque sorte superviser les Nations unies et s’assurer de leur bon fonctionnement », a même suggéré Trump.

Gaza sera une fois de plus une expérience de laboratoire. « Nous irons peut-être plus loin là où nous verrons des points chauds dans le monde, a-t-il décrété. Nous aiderons Gaza, nous réglerons la situation, nous ferons en sorte que ce soit une réussite, nous instaurerons la paix et nous ferons de même ailleurs », a-t-il poursuivi, tout en annonçant qu’il préparait une action contre l’Iran, pays refusant de se soumettre à la Pax trumpienne.

Dans ce contexte, le président brésilien Lula a parfaitement raison de mettre le monde en garde contre « une nouvelle ONU dont (Trump) serait le seul maître ».