De l’économie « epsteinienne » au conflit nucléaire

lundi 9 février 2026

Comme les milliers de documents déclassifiés le montrent implicitement, les idées et les pratiques immondes de Jeffrey Epstein vont de pair avec ses intrigues financières, lesquelles s’insèrent et s’épanouissent parfaitement dans le modèle économique ultralibéral dominant. Modèle qui n’a de « libéral » [progressiste] que le nom et qui porte en lui l’autoritarisme militaire et la guerre, au risque d’évoluer vers un conflit nucléaire, comme la nuée porte l’orage.

Économie epsteinienne

« L’appétit privé est la mesure du bien et du mal (…). Le bonheur est un progrès continu du désir d’un objet à un autre, l’atteinte du premier n’étant rien d’autre que la voie vers le second. (…) Je considère comme une inclination générale de toute l’humanité le désir perpétuel et insatiable d’aller de pouvoir en pouvoir, qui ne cesse qu’à la mort ».

Cette déclaration pourrait être le credo de Jeffrey Epstein, ainsi que des centaines et milliers de membres respectables de l’establishment transatlantique qui ornent les millions de pages des dossiers récemment publiés sur le prédateur financier et sexuel. Or, cette citation est tirée du tristement célèbre Leviathan de Thomas Hobbes, paru en 1651, l’un des essais fondamentaux de la société libérale moderne et de son économie dédiée à la poursuite sans entrave du profit spéculatif, de la cupidité et des plaisirs charnels.

Comme vous le voyez, Epstein n’a rien d’original.

Le système financier occidental actuel, avec ses 2,4 millions de milliards de dollars d’instruments financiers spéculatifs impayés, est la conséquence prévisible d’une société guidée par cette vision philosophique hédoniste, où l’Homme est perçu comme un simple animal parmi d’autres, qui survit en exploitant ses semblables.

C’est ainsi que la bulle des cryptomonnaies a atteint 4350 milliards de dollars de capitalisation boursière mondiale (6 octobre 2025), après que le président Donald Trump a annoncé qu’il ferait de l’Amérique la capitale mondiale des cryptomonnaies, avant de s’effondrer de moitié – effaçant plus de 2000 milliards de dollars de fausse monnaie de Monopoly.

Pendant ce temps, le marché des bons du Trésor américain est en train d’être dévoré par les spéculateurs de fonds spéculatifs, tandis que le renversement du « carry trade », aspirant des fonds du Sud global à destination des institutions financières du Japon et des États-Unis, menace d’engendrer une nouvelle vague de faillites.

Économie schachtienne

La City de Londres et Wall Street tentent de palier la double menace existentielle à laquelle ils font face – leur propre faillite, couplée à l’émergence d’une approche économique alternative centrée sur les BRICS et l’Initiative chinoise de la Ceinture et la Route – par la même approche qu’ils ont adoptée dans les années 1930 : l’économie schachtienne, du nom du chef de la banque centrale puis ministre de l’Économie d’Hitler, Hjalmar Schacht. Imposée depuis Londres, sa logique est simple : augmenter considérablement les dépenses d’armement, instrumentaliser un secteur militaire surdopé pour faire la guerre et piller les nations jusqu’à l’os, afin de soutenir la bulle spéculative. C’est le processus que nous voyons déjà à l’œuvre dans l’Allemagne de Merz, la France de Macron et dans l’annonce du président Trump d’augmenter le budget militaire américain de 1000 milliards à 1500 milliards par an.

Depuis le 5 février, date d’expiration du traité New START (le dernier traité sur le contrôle des armements nucléaires), les vannes sont désormais grandes ouvertes pour de nouvelles dépenses militaires américaines sans limites dans les armes nucléaires, le fameux « Dôme d’or », etc., faisant plus que jamais planer le danger de guerre thermonucléaire au-dessus de nos têtes.

Économie leibnizienne

Revenons à l’économie epsteinienne, et comparons cette insatiable soif de plaisir de plus en plus dégénéré avec la vision de l’un des véritables Pères fondateurs des États-Unis et du système économique américain, le philosophe allemand Gottfried Leibniz.

Dans son ouvrage de 1694, Félicité, celui-ci développe sa conception du bonheur dans une société correctement organisée :

« La justice est la charité ou une habitude d’aimer en accord avec la sagesse. Ainsi, lorsqu’on est enclin à la justice, on essaie d’obtenir le bien pour tous, autant que possible, raisonnablement. (…) On avance même son propre bien en travaillant pour celui des autres. (…) Ainsi, la sagesse souveraine a si bien réglé toutes choses que notre devoir doit aussi être notre bonheur, que toute vertu produit sa propre récompense, et que tout crime se punit lui-même, tôt ou tard. »

En tant que républiques fondées sur le principe leibnizien selon lequel « tous les hommes sont créés égaux et dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels figurent la Vie, la Liberté et la poursuite du Bonheur », ainsi que l’exprime le préambule de la Constitution américaine et comme l’implique la devise française ’liberté, égalité et fraternité’, pourquoi devrions-nous nous priver de coopérer avec une nation telle que la Chine, dont le président appelle à une collaboration « gagnant-gagnant » avec les pays occidentaux, tout en affirmant que le système financier ne doit jamais s’écarter de l’économie réelle à des fins spéculatives ?

Pourquoi ne pas travailler avec une nation comme la Russie, dont le président a chargé de jeunes scientifiques, lors d’une cérémonie ce week-end au Kremlin, de poursuivre leur

« vocation passionnante : servir le progrès. C’est dans cette passion, dans cette quête infatigable de nouvelles connaissances, que réside le potentiel des grandes découvertes. (…) Vous recherchez et trouvez des solutions et vous vous concentrez sur la réalisation d’objectifs à l’échelle nationale et mondiale. »

C’est ce qui assurera l’avenir des générations futures.