Les gouvernements européens mènent une guerre par procuration en Ukraine. Les Etats-Unis réarment. Trump a prévu de passer le budget de défense de 1000 milliards de dollars à 1500 milliards, c’est-à-dire pratiquement la moitié du total mondial des dépenses militaires, et envisage ouvertement d’anéantir l’Iran et de réduire ses propres alliés à l’état de vassaux. Aux Etats-Unis gouverne non plus le lobby militaro-industriel dénoncé par Eisenhower en 1961 mais, pire encore, un gang militaro-financier-numérique, visant à la fois le contrôle du monde par la technologie des armes et celui des esprits par la technologie des images, donnant une prime à la brutalité et au repli sur soi.
Chez nous, les plus jeunes sont drogués par le choc des images et des sons sur leurs portables et les autres visés par des séries télévisées « vintage », qui dévoient leurs émotions dans un passé plus ou moins trafiqué, loin des défis politiques immédiats. L’actualité, elle, offre aux yeux de tous le spectacle de génocides et de crimes contre l’humanité, l’autre étant nécessairement présenté en ennemi dans une logique d’affrontement sans coopération.
C’est de cette logique inhumaine que nous devons sortir. Car à l’âge d’un marché financier mondialisé et des armes thermonucléaires, elle conduit à notre anéantissement. Soit dans un conflit voué à une escalade nucléaire, soit par une implosion de la bulle financière entraînant avec elle toute l’économie. Le salut commun est de dire non. S’abstenir revient à collaborer. Laisser éclater sa colère dans une fuite en avant est suicidaire.
La politique devenue aujourd’hui celle de l’administration Trump, version exacerbée de celle de Biden, poursuit la stratégie des colonisateurs britanniques : conserver le pouvoir en jetant les uns contre les autres ceux qui pourraient être leurs ennemis, en exacerbant les extrémismes sans alternative positive. Au centre, les serviteurs du monde de l’argent et aux extrêmes ceux qui canalisent la colère des peuples. La triple division de notre scène politique – Macron-Retailleau-Glucksman-Hollande, Marine-Jordan, et Jean-Luc et ses satellites – n’est pas propre à la France. Elle est le reflet d’une politique mondiale de la classe Epstein-Carl Schmitt, jouant sur le chantage et l’opposition fatale des contraires, pour présider ainsi à une désintégration du monde qu’ils ont l’illusion de pouvoir contrôler.
S’y opposer revient, par delà le non à la guerre, à construire l’architecture de la paix. D’abord en ne réagissant pas à tel ou tel élément du spectacle politique sans une conception d’ensemble qui puisse en intégrer les effets. Cela ne peut se faire qu’en concevant les relations internationales sur une vision de la paix de Westphalie aux couleurs du XXIe siècle. Car c’est en travaillant ensemble, en créant ensemble sur des bases réelles et non fictives, que l’on construit la paix. C’est ainsi que nous, patriotes et citoyens du monde, organisons concrètement une pression internationale, y compris depuis la France, pour que les Congressistes américains appliquent la Constitution et arrêtent la guerre menée par leur pays. Ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat ? Non, car ce que font les Etats-Unis fait courir un risque existentiel pour le monde.
Coïncidence des opposés
Nous soutenons le pape Léon XIV et sa doctrine de coïncidence des opposés, surmontant les violences destructrices dans une œuvre commune au sein de laquelle chacun amène le meilleur de sa culture, de sa civilisation et de sa foi. C’est aussi, bien que ce rapprochement puisse choquer les idées reçues, celle de la politique chinoise des nouvelles Routes de la soie. Elles sont une porte de sortie gagnant-gagnant de la géopolitique actuelle, fondée sur la domination de l’autre. Ce n’est certes pas la même chose, mais c’est une approche cohérente avec l’exigence de souveraineté et de justice sociale de la nouvelle majorité mondiale. C’est de ces apports que la France devrait s’inspirer, en trouvant en nous-mêmes ce qui nous porte vers la liberté du monde. Avec cette implacable compassion, sans tendresse équivoque, nécessaire pour changer la règle du jeu.




