Donald Trump, gangster un jour, gangster toujours !

samedi 7 mars 2026, par Christine Bierre

Scène du film The Apprentice qui retrace les rapports entre Donald Trump et son avocat Roy Cohn, figure de la pègre.
Capture d’écran Youtube ADS Filmek

Donald Trump, du néo-conservatisme au néo-gangstérisme

par Christine Bierre, Rédactrice-en-chef de Nouvelle Solidarité

L’opération militaire américaine au Venezuela pour enlever le président Maduro et son épouse, et pour prendre en même temps le contrôle du pétrole de ce pays qui, selon le président Trump, appartiendrait aux États-Unis car c’étaient des compagnies américaines qui l’avaient exploité autrefois, avant sa nationalisation en 1976, a mis en lumière la véritable personnalité du président américain.

Il est clair que Trump a menti quand il avait promis d’arrêter les guerres sans fin de son pays à l’étranger. Rien que dans les dix premiers jours de 2026, outre l’intervention au Venezuela, les Etats-Unis ont attaqué ou menacé d’attaquer militairement le Groenland, Cuba, la Colombie, la Syrie, la Somalie, le Nigeria et l’Iran !

Dans le même temps, le 31 décembre, Ia CIA a soutenu une tentative d’assassinat ukrainienne contre le président Poutine, et Trump a fait adopter un budget militaire en augmentation de 50 %, passant de 1000 à 1500 milliards de dollars !

Mais ce serait une erreur de croire qu’il s’agit là d’un simple retour au néo-conservatisme. C’est bien pire. Ici et là, les langues commencent à se délier parmi ceux qui connaissent la politique new-yorkaise et qui ont suivi l’ascension de Donald Trump.

Lors du séminaire d’urgence sur le Venezuela, organisé le 12 janvier par l’Executive Intelligence Review EIR [1], l’ancien et très respecté ambassadeur des Etats-Unis, Chas Freeman, dénonça l’utilisation de l’intimidation et de la force, dans une logique qu’il a qualifiée de « gangstérisme », venant se substituer aux anciens « diktats ».

Même le président allemand Steinmeier, d’ordinaire plutôt modéré, a dénoncé dans un commentaire sur l’expédition vénézuélienne

« la chute des valeurs et un monde qui dévient un repaire de bandits, où ceux qui ont le moins de scrupules prennent ce qu’ils veulent ».

Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), n’y est pas allé par quatre chemins pour décrire, dans un entretien avec le journal Le Monde (14/01), Donald Trump comme « un parrain » dans le « sens sicilien » du terme. Car il a appelé sa propre version de la doctrine Monroe, « doctrine Donroe », le « Don » des parrains siciliens !

Stablecoins, vaste opération de blanchiment

Outre la décision d’accaparer le pétrole vénézuélien dans des conditions iniques, puisque la vente sera gérée par Trump lui-même à partir d’un compte off-shore, un autre élément aurait dû attirer l’attention des fins observateurs de ce personnage.

C’est la décision adoptée au tout début de son mandat de créer un « stable coin » c’est-à-dire une cryptomonnaie à parité avec le dollar (1$ = 1 bitcoin) et garantie par les obligations du Trésor américaines.

L’objectif de cette opération ? Créer une crypto moins volatile que les autres, ouvrant la voie à son utilisation dans des transactions courantes. C’est le Genius Act, la loi introduite par Trump au Congrès, qui organise désormais la création et la gestion de ce stablecoin. Mais, à y regarder de près, cela pourrait correspondre en réalité à une vaste opération de renflouement monétaire et de blanchiment d’argent sale.

Car, comme toutes les forces de maintien de l’ordre le savent, les cryptos, qui sont des instruments de paiement numérique purement spéculatifs, sans aucune valeur juridiquement reconnue, sont le moyen de paiement idéal pour les transactions illégales : trafic de drogue, terrorisme, trafic d’œuvres d’arts volées, etc.

Leur fonctionnement s’appuie sur un protocole informatique crypté et décentralisé, appelé « blockchain », pour valider, sécuriser et enregistrer des transactions entre plusieurs utilisateurs, sans passer nécessairement par un intermédiaire bancaire ou tout simplement un contrôle fiscal. Le système adopté par les Etats-Unis n’oblige pas l’investisseur à sortir de la blockchain pour faire une transaction ou échanger des bitcoins contre le dollar, de sorte que peuvent se faire, dans la même blockchain, des transactions entre un argent d’origine criminelle et des dollars « propres ».

L’opération correspond donc à un vaste renflouement du système bancaire américain, sans doute fort bien reçu par ce système totalement endetté, mais aussi à un blanchiment de capitaux d’origine criminelle, ce qui ne peut que plaire aux mafias de toutes sortes.

La Mafia et la Maison Blanche

Donald Trump a été l’objet de nombreuses enquêtes pour ses relations avec la Mafia.

En France, le livre de référence sur cette question est celui de Jean-François Gayraud, paru chez Plon en octobre 2023, La Mafia et la Maison Blanche. Un secret si bien gardé, de Roosevelt à nos jours.

Commissaire général de la Police nationale, diplômé de Sciences Po Paris, de l’Institut de criminologie et docteur en droit, J.-F. Gayraud est aussi un spécialiste reconnu du crime organisé, ce qui lui a valu de recevoir le prix Giovanni Falcone en 2014.

Cet ouvrage consacre des articles aux onze présidents américains qui se sont succédé, de Franklin Roosevelt à Joseph Biden.

Un chapitre de 47 pages est dédié à Trump sous le titre : « Donald Trump, en affaires avec la Mafia », dont nous présentons ci-dessous un résumé.

Trump mérite bien son nom, nous dit Jean-François Gayraud, tant sa vie « est une longue suite de tromperies, de transactions douteuses et de mensonges, révélant un être amoral pour qui la fin justifie les moyens ». Sa vie

« est jalonnée de relations directes et indirectes avec des membres ou des associés de la Mafia, près de quatre décennies durant ».

Trois journalistes ont été particulièrement actifs sur ce dossier depuis 1990 : Wayne Barrett, Timothy L. Obrien et David Cay Johnston.

Une mise en lumière particulièrement difficile, reconnaît J.-F. Gayraud,

« tant l’homme est puissant et vindicatif. Dès qu’une accusation apparaît, il est l’adepte de la corruption matérielle et de l’intimidation judiciaire pour tenter d’étouffer dans l’œuf la publication ».

« Pourtant, l’historique de ses relations professionnelles et personnelles avec des mafieux ou de simples gangsters est impressionnant. Le tableau brossé ici est celui d’un promoteur immobilier, casinotier et organisateur de combats de boxe ayant frayé avec la mafia et ses associés. »

L’auteur veut bien admettre que ces trois secteurs sont structurellement pollués par la présence mafieuse. Il n’en demeure pas moins que Trump, tout adepte qu’il soit de la rhétorique de

« la loi et l’ordre, s’est montré tolérant un demi-siècle d’affaires durant avec des personnages en haute ‘odeur de mafia’ et de gangstérisme, de toutes origines ».

De père en fils !

La mafia prenant le contrôle de New York City, caricature de Gib Crockett publié dans le Washington Star en 1967.
Library of Congress, LC-USZ62-135932

Toujours selon Gayraud, Trump a beaucoup appris d’abord de son grand-père, Friedrich Trump, un émigré allemand qui avait fait fortune dans la ruée vers l’or et en fournissant des services aux mineurs, notamment hôtels, salles de jeu et maisons closes…

Puis, de son père, Fred Trump, promoteur immobilier comme lui.

« Il construit des immeubles pour la classe ouvrière à New York, dans les quartiers du Queens et du Brooklyn, souvent financés par des fonds publics obtenus grâce à ses relations politiques.

« Dès la fin des années 1960, Fred, sympathisant du Ku Klux Klan, initie son fils Donald aux réalités de la promotion immobilière à New York. Il lui enseigne que pour réussir, il lui faut des connexions politiques acquises en versant de larges contributions électorales, et d’autre part, savoir s’allier à la Mafia.  

« Ainsi, Trump père s’appuie beaucoup sur le puissant leader du Parti démocrate de Coney Island, Kenneth Sutherland, un associé à la famille Lucchese. Après la IIe Guerre mondiale, il a pour ‘partenaire en affaires’ Willie Tomasello, identifié par la Federal Organized Crime Task force de New York comme un associé des familles Gambino et Genovese, et, auparavant, aussi de Lucky Luciano. Tomasello prend 25 % des parts du projet de Fred Trump dit de Beach Haven, partenariat d’autant plus étonnant que le promoteur ne cesse de proclamer qu’il n’en a nullement besoin. »

Roy Cohn, avocat mafieux

Roy Cohn, conseiller spécial du sénateur Joseph MacCarthy.
Library of Congress.

Mais celui qui a « introduit et guidé Donald Trump dans les coulisses les moins respectables de la vie new-yorkaise » est l’avocat Roy Cohn (1927-1986), décrit par un biographe de Trump (David Cay Johnston) comme « l’un des hommes les plus vicieux et sans cœur ayant vécu en Amérique ».

Cohn a été la figure centrale, avec Joseph McCarthy dont il fut le conseiller spécial, de l’impitoyable chasse aux sorcières contre les communistes aux Etats-Unis dans les années 1940-50. Il fut procureur fédéral lors du procès des époux Julius et Ethel Rosenberg, jugés coupables de complicité avec les Soviétiques, le 5 avril 1951, et exécutés, sur insistance de Cohn, sur la chaise électrique le 19 juin 1953.

L’intimidation comme méthode d’action

Lorsqu’il rencontre Cohn pour la première fois, Trump a 27 ans et Cohn 46.

« Ainsi commence la relation probablement la plus influente de la carrière de Donald Trump, qui recourt désormais aux services de Roy Cohn pour toutes ses batailles juridiques, qu’elles soient d’ordre privé (mariage, divorce) ou professionnel. »

Et voici l’origine du comportement violent de Trump :

« L’avocat enseigne à Donald Trump qu’il faut systématiquement instiller la peur chez ses adversaires, ne jamais s’excuser et toujours attaquer. La seule politique qui vaille selon lui est l’intimidation et l’agression. »

Selon Jean-François Gayraud, « Trump apprécie le style flamboyant et la dureté du personnage ».

Il cite à l’appui ce que Trump dit lui-même dans son ouvrage, Trump, The Art of the Deal :

« Ce n’était pas un boy-scout. Il m’a dit un jour avoir passé plus des deux tiers de sa vie d’adulte sous inculpation pour une infraction ou une autre. Cela m’a étonné. Je lui ai dit : ‘Roy, as-tu vraiment fait tout cela ?’ Il m’a regardé et a souri. ‘Que crois-tu ? m’a-t-il répondu, [avant d’ajouter] : ‘Je n’en ai aucune idée.’ »

A New York, dans les années 1960, 70 et 80, personne ne peut faire de politique ou d’affaires dans l’immobilier sans passer par Roy Cohn. Il est le conseil ou l’ami des grandes figures de la mafia dont la liste est interminable, un vrai Who’s Who.

« Il affirme ainsi être intervenu auprès de Frank Costello, l’un des chefs mafieux new-yorkais les plus puissants après la IIe Guerre mondiale, en faveur d’un ami afin qu’il obtienne un poste de procureur fédéral. »

Un cloaque de gangsters

« En effet, toute sa vie, Roy Cohn œuvre à la limite de la légalité, ce qui lui vaut de multiples poursuites judiciaires, pour extorsion, fraude fiscale, parjure, vol, violation des lois bancaires, etc. Il est finalement radié du barreau de New York peu avant sa mort, en 1986. »

Selon Victor A. Kofner, « quand vous êtes en présence de Cohn, vous êtes en présence d’un vrai démon ».

Gayraud confirme de son côté qu’« il vit en effet au centre d’un cloaque de gangsters, d’affairistes, de mafieux, de juges corrompus et de politiciens sans scrupule. Amoral, cet avocat juif et homosexuel caché tient cependant en public des propos antisémites et homophobes ».

Roy Cohn est plus qu’un conseil juridique de Trump : « Il est son mentor et un ami intime, probablement un second père qu’il consulte pour tous les aspects de sa vie. Il l‘appelle en effet quinze à vingt fois par jour. »

Cohn, rapporte Wayne Barret, adopte de fait Donald Trump, dont il fait

« son protégé et instrument. Il le guide dans les arcanes du monde du pouvoir, des affaires, des médias, des célébrités et de la nuit. (…) Il devient vite indispensable à Donald Trump au point qu’après sa mort, à chaque fois qu’il doit se sortir d’une situation délicate, l’homme d’affaires lance à la cantonade : Ou est mon Roy Cohn ? »

L’ombre de la Mafia plane sur le béton et l’immobilier

Cinq familles mafieuses de New York.

Impossible dans ces années-là (et peut-être encore aujourd’hui) d’être promoteur immobilier sans « coopérer » avec les mafias.

J.-F. Gayraud rapporte comment, durant les trois décennies 1970-1990, les cinq familles de la Mafia de New York disposent d’une mainmise quasi absolue sur le marché du bâtiment et de la construction à New York. La Mafia contrôle tous les métiers liés au secteur : béton, maçonnerie, plomberie, fenêtres, peinture, menuiserie, etc. Au point que le béton est surnommé « l’or italien ».

Dans ce contexte, elles décident quelles entreprises peuvent travailler et à quelles conditions. Le prix du béton livré est majoré, occasionnant un surcoût pour les propriétaires qui paient ainsi une sorte de « taxe mafieuse ». C’est ainsi qu’à New York, il coûte 70 % plus cher que dans les autres grandes villes des Etats-Unis.

A travers la « Commission de Cosa Nostra », les familles régulent l’attribution des marchés et la répartition des pots de vin. Sur les contrats jusqu’à 2 millions, la famille Colombe prend 1 %, et sur les contrats entre 2 et 5 millions, ne peuvent contracter que les entreprises sélectionnées par la Commission, avec pour obligation d’en rétrocéder 2 %. Au-delà de 5 millions, les contrats ne peuvent être attribués qu’à la société S & A Concrete Co, contrôlée par les familles Genovese et Gambino. Tout ceci confère à la Mafia un pouvoir politique et économique considérable.

« Tel est le contexte dans lequel le jeune promoteur immobilier Donald Trump évolue alors. »

Une affaire en béton

Dans ce secteur d’activité, l’approche de Donald Trump révèle d’autres traits de caractère peu reluisants. Par exemple, pour construire ses projets immobiliers à New York (notamment la Trump Tower), il choisit le béton prêt à l’emploi (BPE) plutôt que les méthodes traditionnelles utilisées à l’époque pour les grattes ciels, poutrelles d’acier ou béton préfabriqué/coulé.

L’avantage du BPE ? Il réduit les délais de construction et accroît la solidité. Par contre, il doit être utilisé rapidement car sinon, son temps de séchage étant très court, il risque de prendre dans la cuve du camion. Or, dans une ville comme New York, il y a souvent des mouvements sociaux qui peuvent retarder les livraisons, provoquant de graves problèmes pour le promoteur immobilier. Les grèves inopinées doivent donc être empêchées à tout prix, ce qui exige d’exercer un contrôle (y compris mafieux) sur les syndicats du transport, les Teamsters notamment, et ceux du BTP.

« En faisant le choix du béton prêt à l’emploi, Donald Trump se livre donc pieds et poings liés à la merci d’une légion de racketteurs du béton. [Il] contracte en toute connaissance de cause avec des sociétés clairement en ‘odeur de mafia’ telles que S&A Concrete Co et Transit-Mix Concrete Corp. »

S&A Concrete Co est présidée officiellement par Nicholas « Nick » Auletta, un soldat de la famille Genovese, mais en réalité par Paul Castellano, chef de la famille Gambino, et Antony « Tony » Salerno, chef par intérim de la famille Genovese.

Anthony Salerno était un mafieux américain qui a servi comme sous-chef et chef de file de la famille criminelle Genovese à New York.

Quant à Transit Mix Concrete Corp., elle est dirigée par Edward J. « Biff » Halloran – en fait par Paul Castellano. Edward J.Biff Halloran dispose d’un monopole quasi complet sur le BPE grâce à la mafia. Et qui est son avocat ? Roy Cohn !

« Trump a aussi embauché Daniel Sullivan, un ex cadre des Teamsters proche de Jimmy Hoffa, pour gérer ses relations avec les syndicats mafieux. C’était un repris de justice mais aussi un informateur du FBI. Il expliqua à la sûreté fédérale que Trump savait que les deux sociétés de béton prêt à l’emploi étaient contrôlées par la mafia. Trump a confié à Transit Mix Concrete Corp. ses deux projets immobiliers majeurs de Manhattan : Trump Plaza et Trump Tower. »

Un épisode dans la construction de la Trump Tower, en 1979, illustre l’importance pour les promoteurs mafieux de contrôler les syndicats. Pour faire démolir le bâtiment du Bonwit Teller, sur la 5ème avenue, et y construire sa propre Tour, Trump embaucha 200 ouvriers non-syndiqués, mal payés et sans droits sociaux, pour la plupart des sans papier, travaillant aux côtés d’une quinzaine d’ouvriers syndiqués d’un syndicat spécialisé dans les travaux de démolition, la House Wreckers Union Local 95.

« Ces ouvriers sont payés très en dessous des normes, dorment parfois sur les chantiers, travaillent jusqu’à 7 jours sur 7, 18 heures par jour, et ne bénéficient pas des normes de sécurité (casques, etc.). »

Pire encore, la démolition fait scandale car, pour aller vite et gagner de l’argent,

« les équipes (…) abandonnent les matériaux de démolition dans des décharges sauvages, en tout illégalité. L’amiante du Bonnwit Teller qui s’entasse sur le chantier est, au mépris de toutes les règles sanitaires, placé dans des camions sans bâches, pour être déversé dans les égouts, dans l’Hudson River ou dans la mer. Des centaines de milliers d’habitants de New York et du New Jersey sont pour longtemps exposés à ces matières cancérigènes. Ce travail ainsi réalisé à moindre coût est confié à Philip B. Schwab, surnommé ‘Démolition Man’, un entrepreneur associé à la famille de Buffalo. »

Quant à la House Wreckers Union Local 95, ce syndicat était sous le contrôle de la famille Genovese et son avocat n’était autre que… Roy Cohn.

Casinos à Atlantic City

En parallèle avec ses activités de promoteur, Donald Trump se lance dans l’industrie du casino à Atlantic City, dans le New Jersey. A l’époque il cherche une source abondante de revenus en liquide pour assurer son indépendance vis-à-vis de son père.

Atlantic City, qui a légalisé le jeu en 1976, tient à sa réputation de ville débarrassée d’influence mafieuse, même si ce n’est plus réellement le cas. La famille de Philadelphie, alors dirigée par Nicodemo Nicky Scarfo, y fait la loi, et comme à New York et ailleurs, Donald Trump se trouvera à négocier avec elle.

Tout sourit à Donald Trump dans cette ville. En 1982, lorsqu’il fait sa demande pour obtenir une licence, processus qui requiert du demandeur qu’il se soumette à une longue et minutieuse procédure d’octroi s’étendant sur au moins une année, il exige que la durée du processus soit réduite à six mois, faute de quoi le casino verrait le jour à Manhattan. Le procureur général cède non seulement à ses exigences, mais lui octroie une licence « avec recommandation », qualification qui n’avait encore jamais été accordée à quiconque. Et ceci, bien qu’il ait omis de déclarer les investigations fédérales dont il avait déjà fait l’objet, notamment l’une d’entre elles portant sur « les conditions d’achat des chantiers ferroviaires de Penn Central à Manhattan, l’autre sur ses relations avec le syndicaliste John Cody ».

Malgré tout, « en raison de multiples révélations du livre de Barret, la New Jersey Division of Gaming Enforcement est contrainte de mener une nouvelle enquête », mais le rapport final du 24 juin 1992 le blanchit de tout soupçon :

« La plupart des questions importantes contenues dans le livre ont déjà fait l’objet d’une enquête par la division et ont été signalées à la Commission de contrôle des casinos. (…) Après avoir examiné ces dossiers et réexaminé certaines questions, mené des enquêtes supplémentaires le cas échéant, la division ne pense pas actuellement que l’intégrité ou le caractère de Donald Trump soient affectés négativement par les éléments énoncés dans Trump, the Deals and the Downfall. »

Même la presse locale s’étonne,

« se demandant avec ironie ce que les autorités de régulation auraient décidé si Donald Trump avait acheté des terrains à Meyer Lansky ».

Tout s’explique lorsqu’on sait que Thomas Kean, le gouverneur du New Jersey de 1982 à 1990, est un vieil ami de Roy Cohn : l’avocat est l’un de ses soutiens politiques et organisateur de levées de fonds pour ses campagnes.

« Si les autorités régulatrices du jeu à Atlantic City sont aveugles, celles des autres pays le sont moins. En 1987, les autorités australiennes bloquent un projet de construction d’un casino à Sydney initié par Donald Trump. Le résumé du rapport de police, fondé sur des éléments fournis par le FBI, indique clairement : ‘Atlantic City serait un modèle douteux pour Sydney, et, à notre avis, les liens de Trump avec la Mafia devraient exclure le consortium Kern/Trump’. » (The Guardian, le 16 août 2017)

Dans ce contexte, Donald Trump a dû négocier des contrats avec deux hommes de la famille de Philadelphie, Daniel Sullivan, conseiller en affaires syndicales, et Kenny Shapiro, considéré comme « le banquier et l’investisseur de Scarfo à Philadelphie dans le New Jersey ».

Le FBI estime qu’il est « le principal faiseur d’affaires de la Mafia à Atlantic City dans les années 1980. Son bureau, près du Boardwalk, voit défiler tous les mafieux, affairistes et hommes politiques qui comptent. L’association de Kenny Schapiro avec la Mafia est bien connue des autorités. Ainsi, deux semaines après que Donald Trump a obtenu sa licence de jeu, commencent des surveillances policières de son bureau : les policiers observent la venue de toute une série de mafieux dont par exemple Scarfo en personne, mais aussi les frères Donald et Robert Trump. Kenny Shapiro blanchit l’argent de la famille de Philadelphie dans des dizaines d’opérations immobilières à Atlantic City et contrôle en secret pour le compte de la Mafia une entreprise de démolition de Pennsylvanie, utilisée par les hôtels casinos de Donald Trump : Cleveland Wrecking. »

Comme on le voit, Trump entretient des relations avec des personnages qui non seulement dégagent une « odeur de mafia », mais sont dûment répertoriés et ont fait de la prison pour crimes graves, sans pour autant que ces relations ne compromettent sa licence pour gérer des casinos.

« Les exemples abondent » rapporte J.-F. Gayraud. Pour les plus gros joueurs de ses casinos, il utilise à titre personnel les services de la société d’hélicoptères dirigée par un certain Joseph Weichselbaum.

« Or l’intéressé est un gangster professionnel, condamné pour vol qualifié (1965) et détournement de fonds (1979), qui plaide coupable en 1986 à Cincinnati pour des faits de trafic de marijuana et de cocaïne dans trois Etats (…), organisés par Joseph Joe Beck DiPalermo, un capitaine de la famille Lucchese. (…) Donald Trump connaît le passé pénal de son ami et cocontractant. Par ailleurs les deux hommes sont très proches. Au moment de sa condamnation à trois ans de prison pour ce trafic de drogue (1989), Trump lui décerne un certificat écrit de moralité en déclarant que Joseph Weichselbaum est ‘consciencieux, franc et diligent’. Son avocat s’appelle Roy Cohn ; il est aussi celui de Joseph Di Palermo. (…) Au final, Weichselbaum est interdit de toute activité à Atlantic City en raison de ses relations mafieuses. Peu après cette condamnation et avant d’être emprisonné, Donald Trump loue un de ses appartements personnels dans le Trump Plaza à Joseph Weichselbaum et à son frère pour 7000 dollars, ainsi que des services d’hélicoptères. (…) Weishelbaum sort de prison sur parole après dix huit mois, grâce à Donald Trump qui a promis de lui confier un emploi comme ‘consultant en hélicoptères’. Le trafiquant de drogue emménage dans la Trump Tower, où sa petite amie vient d’acheter deux appartements jumelés pour 2,4 millions de dollars en cash. Nul ne sait d’où vient l’argent ».

Donald Trump, un affairiste fasciné par la Mafia ?

Si Donald Trump n’a jamais fait de prison, le moins qu’on puisse dire est qu’une forte odeur de mafia se dégage de ses relations et de sa façon de faire.

Pourquoi, sinon, se faire appeler par le diminutif Don ? Est-ce pour créer une fausse intimité, ou au contraire, pour intimider les gens en se faisant passer par un parrain ? Pourquoi aussi citer, au début de chaque épisode de sa fameuse émission de télévision « The Apprentice », la célèbre phrase de Michael Corleone dans le film Le Parrain : « Ce n’est pas personnel. C’est juste du business » ?

« En réalité, affirme Gayraud, Donald Trump s’identifie probablement en parrain, empruntant à ce type humain son argot, son style de management brutal et paranoïaque, son dédain pour les normes sociales, son amoralisme assumé et sa cupidité. Il se perçoit ainsi et nombreux sont ceux qui le perçoivent de la sorte. Il a pu être écrit que Donald Trump et Roy Cohn incarnent le style et un état d’esprit mafieux dans la vie politique américaine. [Il s’agit de Jeffrey Goldberg] »

Cela déteint sur ses proches et ses collaborateurs. C’est ainsi que Steve Bannon, proche collaborateur de Trump, a surnommé le fils de ce dernier, Fredo. Or, c’est le prénom du fils crédule et lâche de Vito Corleone dans Le Parrain. Idem pour un autre collaborateur de Trump, Michael Cohen, avocat mafieux qui lui sert d’intermédiaire avec des réseaux mafieux russophones.

A la fin de son chapitre consacré à Trump, Gayraud présente ce dilemme non résolu.

« Au final, Donald Trump est un homme d’affaires devenu président qui, pendant quatre décennies, fréquente et réalise des affaires, de manière directe ou indirecte, avec un nombre impressionnant de gangsters et de mafieux. Pouvait-t-il l’ignorer ? Évidemment non ! Au demeurant, il a toujours revendiqué une lucidité à toute épreuve sur ce sujet, comme il l’écrit dans son livre Surviving at the Top : ‘J’ai toujours eu la chance d’avoir une sorte d’intuition à propos des gens, ce qui me permet de sentir qui sont les types louches, et je peux ainsi rester à l’écart’. »

Notant qu’aucun des deux partis, démocrate pas plus que républicain, n’a voulu traiter de cette question lors des dernières présidentielles américaines, l’auteur conclut qu’il

« faut croire que personne n’a vraiment envie, encore au XXIe siècle, d’ouvrir la boite de pandore mafieuse ».
« Et pourtant, redevenu simple citoyen après sa défaite en 2020 face à Joe Biden, Donald Trump s’est fait photographier en public, à deux reprises, en douteuse compagnie : à l’été 2022, avec John Alite, un ex associé de la famille Gambino pour laquelle il a commis six assassinats avant de collaborer avec la justice, puis de Joey Merlino, l’ex-chef de la famille de Philadelphie. »

Conclusion

Disons non !

  • Non à une interprétation néocoloniale, mafieuse, de la Doctrine Monroe qui permettrait aux Etats-Unis de s’emparer par les armes des richesses des autres !
  • Non à l’oligarchisme occidental qui se livre au pillage de ses propres populations et de celles du reste du monde !
  • Non à l’intimidation mafieuse comme methode de gouvernance !

Créons une nouvelle architecture de sécurité et de développement qui permette à toutes les nations, petites ou grandes, de se développer et de vivre en paix.


[1L’hebdomadaire fondé par le penseur et économiste américain Lyndon LaRouche)