Battue à l’ONU, l’Allemagne paie cher son alignement sur l’Anglosphère

samedi 6 juin 2026, par Helga Zepp-LaRouche

Un véritable camouflet diplomatique pour Berlin. Le 3 juin, avec seulement 104 voix, l’Allemagne a échoué pour la première fois à être élue au Conseil de sécurité de l’ONU, battue par le Portugal (134) et l’Autriche (131 voix), qui ont obtenu le soutien de l’Assemblée générale pour les deux sièges européens à pourvoir pour la période 2027-2028.

A l’issue du vote, Helga Zepp-LaRouche, la présidente du parti allemand Bueso, a fait ce commentaire :

Le camouflet de l’Allemagne à l’ONU, une opportunité de changement pour coopérer avec les pays du Sud

Dans une perspective historique plus large, l’échec de l’Allemagne à obtenir un siège tournant au Conseil de sécurité de l’ONU lui offre une occasion cruciale de réorienter sa politique étrangère. J’ai toujours soutenu que, face à l’impasse géopolitique persistante entre l’OTAN, d’une part, et la Russie et la Chine, d’autre part, les pays du Sud devaient se faire entendre avec plus de force dans le débat international, et c’est précisément ce qu’ils ont fait en rejetant la candidature allemande. Nos institutions devraient mettre à profit ce résultat pour analyser honnêtement une politique étrangère qui s’est avérée un échec total, et en redéfinir une autre qui corresponde aux véritables intérêts de l’Allemagne.

Hélas, la réaction initiale du ministre des Affaires étrangères Wadephul et la plupart des commentaires médiatiques restent ancrés dans le même schéma récurrent d’auto-illusion : c’est la Russie qui est responsable, puis la bureaucratie, le dépôt tardif de la demande, etc. D’autres, comme le FAZ, font remarquer que de toute façon, l’ONU n’est pas si importante, et le ministre hessois des Affaires européennes et internationales, Manfred Pentz (CDU), a même appelé l’Allemagne à réduire sa contribution financière à l’Organisation.

La seule chose qui puisse vraiment aider l’Allemagne serait d’examiner attentivement les causes de cette « amère déception », qui n’a pu surprendre que ceux qui restent perchés sur leur piédestal eurocentrique.

La perception internationale de la politique allemande a évolué depuis plusieurs années. L’image généralement positive de l’Allemagne qui prévalait autrefois dans le monde entier – celle du pays de Bach et Beethoven, de Goethe, Schiller et des Humboldt, d’une nation d’ingénieurs et d’inventeurs – a disparu depuis longtemps.

Le soutien inconditionnel apporté de facto aux actions d’Israël à Gaza, pour lesquelles la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, a mis à mal la réputation de l’Allemagne, et ce préjudice ne fera que s’aggraver tant que les autorités berlinoises maintiendront leur position.

En effet, si les crimes nazis n’ont été pleinement connus et compris du grand public qu’après la Seconde Guerre mondiale, les crimes d’Israël à Gaza, et de plus en plus en Cisjordanie et au Liban, sont sous le feu des projecteurs internationaux. Le fait que, sous la pression d’Israël, l’Allemagne n’ait pas approuvé la prolongation du mandat de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), en décembre 2025, et qu’elle ait réprimé brutalement les manifestations pro-palestiniennes sur son territoire, a encore davantage terni son image.

On parle partout du deux poids, deux mesures qui prévaut dans ce pays. Berlin se targue constamment d’être le champion du droit international, mais le chancelier Merz a jugé l’enlèvement d’un chef d’État élu au Venezuela trop « complexe » pour prendre position, réclamant du « temps » pour l’évaluer. Cinq mois se sont écoulés depuis, et il n’a toujours pas tranché.

Lors de la première guerre d’agression non provoquée, menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran en juin 2025, Merz a prononcé ces paroles inqualifiables : « Israël fait le sale boulot pour nous tous ».

Lors de la seconde attaque du même type menée par les États-Unis et Israël, dont les conséquences menacent de faire sombrer l’économie mondiale, il est resté réservé, se contentant de déclarer que ce n’était pas notre guerre.

Pratiquement personne dans les pays du Sud ne souscrit au mantra sans cesse répété selon lequel la Russie aurait attaqué l’Ukraine dans une guerre non provoquée. Ces pays ont perçu, de manière criante, les similitudes entre les actions de l’OTAN et leur propre oppression par les puissances coloniales. Ils se souviennent également très précisément de ceux qui leur sont venus en aide dans leur lutte pour l’indépendance : l’Union soviétique et la Chine.

Mais ce qui fait manifestement défaut à Berlin, c’est la compréhension du bouleversement tectonique et historique qui s’opère à l’échelle mondiale. Au moment de la réunification allemande et de la fin de la Guerre froide, l’Allemagne bénéficiait sans nul doute de la sympathie des pays dits en développement. Mais cette sympathie s’est progressivement érodée, dans la mesure où l’Allemagne et les pays occidentaux ont tenté d’imposer un ordre mondial unipolaire par des méthodes telles que les révolutions de couleur, les changements de régime, les sanctions unilatérales et les guerres d’intervention.

La combinaison de tous les aspects de cette politique impériale et néocoloniale a engendré un effet boomerang considérable, poussant ces pays à s’éloigner de plus en plus de l’influence de l’Occident.

L’essor économique de la Chine, sans précédent dans l’histoire, et sa politique de coopération mutuellement avantageuse offrent aux nations du Sud la possibilité de tourner définitivement la page de cinq siècles de colonialisme.

La défaite au vote de l’ONU est l’électrochoc tant attendu pour l’Allemagne, qui doit enfin se libérer de son statut déplorable de colonie du monde anglophone (le monde entier ridiculise notre absence de réaction face au sabotage annoncé par Biden des gazoducs Nord Stream) pour se ranger du bon côté de l’histoire. Cela implique nécessairement une coopération d’égal à égal avec les pays de la majorité mondiale, soit 85 % de l’humanité. Au lieu de propager des chimères racistes, comme la vision fantasmée de Josep Borrell d’un jardin européen cerné par la jungle, nous devrions aider l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine à créer leurs propres espaces de prospérité. Par ailleurs, nous pourrions aussi veiller à ce que nos propres infrastructures soient réparées rapidement, que notre industrie se redresse et que nos étudiants puissent de nouveau apprendre.

Ainsi, quoiqu’involontairement, Annalena Baerbock aura apporté une contribution positive à la politique allemande grâce à sa présidence usurpatoire de l’Assemblée générale de l’ONU, poste depuis lequel elle a dû annoncer la défaite de l’Allemagne lors de ce vote.