« Cahiers de doléances »... L’expression, antérieure à la Révolution française, ressurgit en 2018 sur les ronds-points de notre pays avec le mouvement des Gilets jaunes, notamment lorsque plusieurs mairies prennent l’initiative de faire revivre cette idée. Une opération coordonnée par l’Association des maires ruraux de France, avant qu’elle ne soit généralisée à la demande du président de la République dans le cadre du Grand débat national. Le but ? Permettre d’analyser et de faire remonter au gouvernement les revendications, idées et contestations des citoyens participant à cet élan.
Plus de 200 000 contributions manuscrites sont consignées dans 19 899 cahiers, répartis dans environ 16 500 mairies, auxquelles s’ajoutent 2 millions de contributions en ligne. On craignait qu’elles soient maladroites, incohérentes et dénuées de sens politique, il n’en fut rien ! Jamais sollicités à s’exprimer, de nombreux Français, souvent modestes, y ont formulé à partir de leur vécu, sans haine ni esprit de clocher, leurs souffrances, leurs frustrations et leur espoir de construire une France plus juste et plus belle. Qu’on se le dise : le peuple français a été au rendez-vous ! On ne peut pas en dire autant de ses dirigeants, pour qui les Gilets jaunes n’étaient que des « gens qui ne sont rien » et des « sans dents ». Notre président de la République, Emmanuel Macron, devait s’engager, le 15 avril 2019, à restituer ce qui se dégagerait de ces cahiers, mais hélas, l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris bouleversa son agenda…
On a tenté de les oublier mais aujourd’hui, avec l’aide de chercheurs, des citoyens sont déterminés à leur redonner vie. « Ils ont essayé de nous enterrer, mais ils ont oublié qu’on était des graines », disaient les révolutionnaires mexicains. Cinq ans plus tard, le bilan reste à faire.
Dans cette perspective, nous avons le plaisir de vous présenter ici notre entretien avec Magali Della Sudda, directrice de recherche au CNRS, que nous avons pu recevoir et écouter le 9 octobre à Clichy.
Karel Vereycken
Entretien avec Magali Della Sudda, directrice de recherche au CNRS


