En première réaction, je mentionnerai cette déclaration d’un dirigeant de l’ancienne majorité : « Michel Barnier se prend facilement au jeu, et il croit vraiment qu’il est Premier ministre. »
Et en effet, il n’est pas Premier ministre : il est l’expression de forces politiques internationales qui ont créé la situation dans laquelle il a été choisi pour les servir. Vous me direz que les institutions et le fonctionnement institutionnel ont été respectés. C’est vrai formellement… mais faux en réalité. Julian Assange a bien démontré qu’au sein de la politique française, l’immixtion des forces anglo-américaines – ou plutôt de l’oligarchie financière internationale – est constante, et qu’ils détiennent de fait le pouvoir réel.
Voyons cela de plus près. Dans sa déclaration, Michel Barnier place la politique internationale à la fin, comme si le plus grave n’était pas la menace d’une guerre nucléaire dans le monde, ou ce qui se passe à Gaza, en Cisjordanie et au Liban, où toutes les règles de décence commune et de justice sont bafouées, où se commet un crime contre l’Humanité, un génocide.
Le Premier ministre aborde les questions concernant la France avec des paroles qui ne signifient rien, sauf qu’il manie le chantage de la dette, et c’est au nom de ce chantage qu’il définit sa politique.
Augmenter les impôts ? Il affirme ne pas les augmenter, ou pas de beaucoup. Réduire les dépenses ? Il entend les réduire, d’environ quarante milliards. Or, si la France s’est mise dans cette situation de crise budgétaire, c’est parce qu’elle s’est soumise à une règle du jeu internationale en bafouant... les droits sociaux et la justice sociale.
Et quand Michel Barnier nous parle de « participation » (une notion d’une importance fondamentale, à laquelle je tiens beaucoup), il entend par là donner quelques miettes aux travailleurs. Quand il parle de « rétablir le travail », cela ne veut rien dire car ce sont le président de la République qui l’a choisi, et ceux qui le servent, qui ont créé la souffrance au travail, qui ont vendu l’industrie française à la découpe. M. Barnier a donc parlé en l’air pour cacher ce que son gouvernement sera contraint de faire, qu’il le veuille ou non.
La conférence des BRICS se tiendra du 22 au 24 octobre à Kazan : c’est là que nous devrions être.
Je pense qu’un sursaut est immédiatement nécessaire… Aujourd’hui, où nous mène sa politique en Ukraine (avec, d’ailleurs, l’accord de toutes les forces politiques représentées au Parlement), où l’on continue à fournir des armes à Volodymyr Zelensky ? Rien n’est dit, non plus, sur le génocide qui se déroule à Gaza et qui s’étend à la Cisjordanie, et maintenant au Liban. Mathilde Panot a formulé, sur cette question, quelques critiques fortes et justifiées. Mais que propose-t-elle, à part de vaines promesses, pour mener une véritable politique d’indépendance nationale, allant dans le sens de ce que font les BRICS, le Sud global, qui est notre chance ? La conférence des BRICS se tiendra du 22 au 24 octobre à Kazan, au Tatarstan russe : c’est là que nous devrions être. C’est là que se joue l’avenir du monde, s’il doit échapper à un conflit généralisé, à ce que le général de Gaulle a appelé en son temps « un effondrement général de l’humanité ». Dès les années 1960, il le définissait comme un risque ; aujourd’hui, nous y sommes !
Il faut faire de ces questions, en y répondant, un moyen d’affermir, de recréer une unité nationale et de rétablir notre souveraineté, qu’on a laissée sombrer. En termes simples, ce sursaut doit être à la fois celui d’une politique internationale et d’une politique nationale.
Une politique internationale digne exige de la France qu’elle promeuve au minimum un cessez-le-feu à Gaza, en Cisjordanie et au Liban. Elle devrait reconnaître l’État palestinien, immédiatement, et appeler à cesser toute livraison d’armes à Israël, qui pratique une politique génocidaire. Elle devrait, dans une perspective positive – car il faut toujours une perspective positive – promouvoir un « Plan Oasis » pour toute l’Asie du Sud-Ouest.
Cela suppose que nous cessions également toute livraison d’armes à l’Ukraine. Même si elle ne peut le faire seule, la France doit se battre pour inspirer cette paix, pour que vienne l’heure de la reconstruction et que cessent les destructions.…
Enfin, la politique nationale devrait être en accord avec cette politique internationale. Cela devrait commencer par une grande mobilisation de production nationale et de productivité réelle, physique. Une mobilisation qui aille depuis l’Université et les Grandes Écoles, vers une vraie banque nationale, qui amène du crédit public pour de grands projets, et jusqu’aux industriels, en particulier les petites et moyennes entreprises, qui subissent une crise dont elles ne sont en rien responsables – leurs dirigeants l’ont dit clairement.
Il faut un grand dessein pour l’Éducation nationale et l’instruction civique, en cessant d’y formater les citoyens et d’y instaurer une hiérarchie des diplômes. Il faut susciter un développement mutuel, encourageant les capacités créatrices des enfants et des adolescents, dans tous les domaines, en donnant à l’égalité des chances un sens concret, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui.
Notre pays a besoin de sécurité – la sécurité publique, celle d’aller et venir. Cela a bien été évoqué, mais quels moyens donne-t-on réellement à ceux qui ont la charge de l’assurer, la Police et la Gendarmerie ? Leurs enquêtes s’arrêtent dès que l’on atteint un certain niveau de responsabilité ! La vraie lutte pour la sécurité publique consisterait à s’attaquer aux mafias qui contrôlent ce pays et le monde occidental, même s’il en existe ailleurs aussi (comme les triades, en Chine). Ces mafias qui opèrent depuis les grandes banques, parfois avec l’aide des services de renseignement, forment un complexe militaro-financier s’appuyant sur les gains de tous les trafics que l’Europe nous contraint d’inclure dans notre produit intérieur brut : drogue, trafic d’êtres humains, d’armes, etc.
Le plus terrible dans ce débat, et dans le discours de Michel Barnier, ce n’est pas ce qui est dit, c’est ce qu’il y manque. L’avenir de nos générations futures, c’est une société de bien-être et de prospérité partagée, de bons services publics, portés par une vraie banque nationale. Le crédit, sous contrôle du Peuple, n’y sera plus émis pour entretenir un système financier par nature injuste et portant à la guerre, mais en anticipant le nécessaire aux générations futures, augmentant la capacité d’accueil de notre pays et du monde. Les enfants sont l’avenir du monde ! Un pays et un monde qui ont de moins en moins d’enfants pratiquent, disons-le clairement, une culture de la mort.
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Sortons de cette culture de la mort, et battons-nous pour une culture de la vie, de la découverte ! Voilà ce que m’inspire le discours de Michel Barnier. Il m’inspire surtout de vous demander – d’exiger de vous, en raison des circonstances – de vous engager en politique, et auprès de nous, à Solidarité & Progrès, pour défendre cette cause.
Je voudrais ajouter, pour y réfléchir ensemble, ces paroles, belles et fortes, d’Henri Barbusse (1873-1935), l’auteur de Le Feu - Journal d’une escouade, qui s’opposa à la boucherie que fut la Grande Guerre de 1914-1918 :
Tu entendras résonner en toi des échos de grands mots. Méfie-toi des grands mots. Il leur arrive de donner brillamment et bruyamment asile soit à nos mauvais instincts, soit à des préjugés. Méfie-toi aussi de ce qui est écrit. Ne crois aucune parole sur parole. Sois le juge de ce que tu lis, et de ce que tu entends. Méfie-toi des politiciens. Méfie-toi des savants spécialistes et des historiens de détail, et d’un commentateur hypnotisé par les marottes de cas particuliers. Méfie-toi des avocats et des diplomates, et en général de tous ceux qui cuisinent les faits isolés.
J’ai entendu aujourd’hui beaucoup de cuisiniers. ▪