Arrêter la désintégration de notre économie

mercredi 18 septembre 2024

Le révélateur qui a confirmé le désastre fut la remise tardive aux parlementaires des documents qu’ils auraient dû recevoir dès le 15 juillet, retard toléré en raison de la situation politique provoquée par Emmanuel Macron. Ceux-ci ont pu constater « la dégradation historique des comptes de la nation ». Le déficit public serait, selon la Direction générale du Trésor, de 5,6 % du produit intérieur brut (PIB) en 2024, au lieu des 5,1 % annoncés en avril lors du programme de stabilité, et des 4,4 % dans le cadre de la loi de finances initiale adoptée il y a neuf mois par la procédure du 49-3. Pire encore, le chiffre prévu pour 2025 atteint 6,2 % du PIB. Une dérive de 50 % ! Rien de surprenant en réalité, mais le retard de l’aveu officiel reflète bien que le recours à la manœuvre prime sur le souci de la vérité.

Notre dette publique dépasse, elle, les 3100 milliards d’euros, ce qui revient à plus de 110 % de notre PIB. Depuis 2017, elle a augmenté de 904 milliards, « quoi qu’il en coûte ».

Dans ces conditions, nous nous trouvons devant deux échéances :

  • la première, c’est la date non négociable du 1er octobre, inscrite dans la loi, et qu’il est cette fois impossible de ne pas respecter. Michel Barnier devra alors déposer à l’Assemblée le projet de loi de finances (PLF) pour 2025. Il aura dû préalablement le soumettre au Conseil d’État et au Haut Conseil des finances publiques. Le désordre et des délais impossibles à tenir sérieusement s’ajoutent ainsi au désastre et au trucage des comptes. Le gouvernement Attal a en effet envoyé à chaque ministère des « lettres de plafond » limitant les crédits à ceux du budget précédent, mais « tout reste réversible » entend-on dans les allées du pouvoir !
  • la seconde échéance est celle du 20 septembre, date à laquelle la France doit remettre à la Commission de Bruxelles un document retraçant la trajectoire budgétaire prévue pour corriger un budget excessif et les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Nous devons rendre des comptes ! Nous sommes pour le moins mal placés selon les chiffres : 6,2 % du PIB de déficit pour le budget public 2025 (au lieu de 3 %) et plus de 110 % de dette publique, toujours par rapport au PIB (contre 60 %). Il est vrai qu’aujourd’hui, aux yeux de Bruxelles, la trajectoire compte en principe plus que les chiffres, mais on voit mal comment le nouveau gouvernement pourra améliorer cette trajectoire. La France a en effet un déficit primaire de 2 %, c’est-à dire que même en retranchant de nos comptes publics le remboursement de la dette, nous n’atteignons pas l’équilibre ! L’Italie, elle, n’a pas de déficit primaire, c’est pourquoi certains investisseurs préfèrent aujourd’hui acheter des obligations de l’Etat italien plutôt que de l’État français !

Pour le dire brutalement, on a augmenté la dette en arrosant le sable économique.

A ce stade, je sais que beaucoup de lecteurs se diront : à quoi bon tous ces chiffres, on voit bien, en gros, où on en est. Ils sont pourtant nécessaires pour connaître la réalité qui se cache derrière eux : c’est le démantèlement de la France depuis plus de quarante ans ! Analysons donc, avec l’aide de certains économistes compétents, comme Marc Touati, ce qu’ils signifient.

Pour le dire brutalement, on a augmenté la dette en arrosant le sable économique. Sans investir dans les infrastructures, la recherche, l’industrie ou l’agriculture, sans augmenter notre pouvoir d’achat, mais en enrichissant les marchands de sable de Wall Street et de la City, les fabricants d’armes et leurs complices.

Depuis 1997, la dette publique a augmenté de 154 % et le PIB de 52 %. Si l’on prend le PIB correspondant à l’économie physique, productive, on peut dire qu’il n’a augmenté que de 20 à 25 %. Qu’est-ce que cela traduit ? Une croissance monétaire, et non physique, achetée à crédit ! C’est le reflet de la domination financière dans l’économie mondiale. Depuis 1974, en France, plus la dette augmente, plus la croissance réelle, structurelle, baisse. Les courbes se sont croisées en 1980. L’industrie française se trouve en « état de contraction d’activité » depuis 26 ans. Laurent Izard, dans La France vendue à la découpe, a bien décrit cette évolution désastreuse, notamment la mainmise de BlackRock sur les leviers décisifs de notre économie. Notre agriculture, elle, a perdu des marchés dans le monde et au sein de l’Union européenne, dans le contexte de la déréglementation financière mondiale, conduisant aux révoltes qui continueront à se produire si rien n’est fait pour changer la règle du jeu.

Les salariés, dans ce contexte, se trouvent spoliés.

Les salariés, dans ce contexte, se trouvent spoliés : depuis 2021, en moyenne, les salaires ont augmenté de 10,4 % mais les prix à la consommation de 16,3 % - 19 % pour les produits alimentaires et 51 % pour les services. Selon la logique financière qui nous enferme dans une économie de services, ceux-ci doivent rapporter en exploitant les salariés, qu’ils soient français ou immigrés. L’effet se répercute sur le moral de la population. Pour la première fois depuis 1945, de janvier à juillet 2024, les taux de natalité et de mortalité se sont rejoints : 9,4 enfants pour 1000 habitants et 9,4 % décès. En prenant pour référence le potentiel de densité démographique relatif (le critère établi par Lyndon LaRouche) pour mesurer l’état d’une économie, il est clair que le potentiel de notre pays est en décroissance, par défaut d’augmentation de la production réelle de biens physiques dans l’industrie et l’agriculture nationales, et à cause de la dégradation des infrastructures (ponts, routes, voiries, environnement…). Dès lors, la natalité baisse, faute d’espérance de voir la société devenir plus accueillante. Le désastre financier est ainsi l’expression d’un désastre social.

Voyons maintenant pourquoi Michel Barnier a été nommé Premier ministre. Il y a trois raisons, qui en font un symbole vulnérable et dangereux. Tout d’abord, il s’est avéré impossible d’en trouver un autre, tant la représentation politique de ce pays est divisée. Et dans l’état actuel de nos institutions et des rapports de force, c’est le grand perdant, Emmanuel Macron, qui devait le choisir. Ensuite, on espère que, dans le cadre de la procédure lancée par Bruxelles contre la France, l’ex-commissaire européen sera le mieux placé pour y amadouer ceux qui nous visent. Enfin, et cela a été vite compris, c’est parce que le Rassemblement national le tolérera en raison de ses prises de position contre l’immigration et sa supposée plasticité de caméléon.

Nous voici donc dans une économie en voie de désintégration, avec une droite qui appelle ouvertement à une politique d’austérité, prétendant que la France vit au-dessus de ses moyens alors que le pouvoir d’achat des salariés et des plus faibles ne cesse de baisser, une gauche qui fait des promesses qu’elle sait ne pas pouvoir tenir dans le système existant, et un centre Macron-Barnier au service de l’oligarchie qui a organisé la désintégration de notre économie. Personne, dans les partis « responsables » ne mettant l’avenir de notre économie, de notre pays et du monde au-delà d’une vision courte qui les rend incapables de concevoir un changement de la règle du jeu.

C’est une raison de se mobiliser ! Car c’est toujours dans les circonstances paraissant les plus difficiles qu’une crise peut être résolue en prenant le taureau par les cornes. On retrouve ainsi son esprit de souveraineté personnelle et de souveraineté nationale pour le bien commun, et l’on convainc, tant il devient évident que ce bien est bafoué. Nous y sommes, par-delà les statistiques ! ▪

Informations pratiques, programme et inscription (gratuite) sur solidariteetprogres.fr (cliquez sur l’image).