Helga Zepp-LaRouche répond à Donald Trump et à Stephen Miller.
Début janvier, le président américain et son conseiller Stephen Miller ont défrayé la chronique par des déclarations que l’on n’a entendues, dans l’histoire de l’humanité, que dans la bouche des tyrans de la pire espèce.
Dans un entretien avec Harley Schlanger, le 7 janvier, Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller international, a pris position sur l’intervention militaire des Etats-Unis au Venezuela et sur les commentaires de Trump et de Miller.
« L’intervention militaire au Venezuela constitue un véritable changement de phase, a-t-elle dit. Non que ce type d’intervention contre les pays latino-américains ou d’autres parties du monde représente quoi que ce soit de nouveau. Mais ce qui pose question, c’est l’attitude ouvertement éhontée du président Trump, qui semble avoir oublié ses promesses électorales de ne pas impliquer les Etats-Unis dans des guerres sans fin et de tenter d’en finir avec celles en cours.
« Il se pourrait également, comme le suggère le Wall Street Journal, qu’ils essaient d’acheter le Groenland, ce qui serait tout aussi odieux. »
Pour Mme LaRouche, le plus incroyable est ce qu’a déclaré Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, à propos de l’intervention au Venezuela :
« C’est juste une question de pouvoir. Depuis l’Antiquité, on dit que ce sont les plus forts qui finissent toujours par l’emporter. »
Donald Trump lui-même a confirmé cette vision dans une déclaration au New York Times, le 8 janvier. A la question de savoir s’il voyait une limite à ses actions à l’étranger, il a répondu :
« Oui, il y a une chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. (...) Je n’ai pas besoin du droit international. »
« Ce que cette citation nous apprend sur M. Miller, c’est qu’il n’est qu’une brute épaisse, a réagi Helga Zepp-LaRouche, car il rejette tous les acquis de la civilisation. Dans toutes les civilisations, il y a eu un débat pour savoir s’il existe un droit international. Avant même l’apparition de cette notion, après la paix de Westphalie en 1648, puis plus tard avec la Charte des Nations unies, toutes les civilisations se sont posé la question de l’existence d’une légitimité supérieure, au-dessus de celle des hommes. En Chine, on parlait de ‘mandat du ciel’, en Inde, on l’appelait ‘cosmologie’ et dans l’histoire européenne, ‘loi naturelle’. L’idée de la supériorité de la loi de la jungle signifie que l’animal plus fort mange le plus faible. Mais nous ne sommes pas des animaux. Et si M. Miller appartient au royaume animal, c’est son choix. Pour ma part, je refuse d’en faire partie et je crois qu’il existe un droit international. »
La seule chose nouvelle est la franchise éhontée avec laquelle tout cela est annoncé, dans l’intention de semer la terreur – la Schrecklichkeit, dans le vocabulaire allemand de la Première Guerre mondiale. Ils veulent créer un tel choc et un tel effroi par leur puissance militaire que personne n’osera s’y opposer.
C’est une politique à très courte vue, estime Helga Zepp-LaRouche :
« Certes, les États-Unis sont encore, en matière de forces conventionnelles, la puissance militaire la plus importante de la planète. Mais pour combien de temps encore ? Plus pour très longtemps, je pense, parce que la majorité du monde est définitivement intéressée par la mise en place d’un système de gouvernance mondiale fondé sur le droit international. Il y aura sans doute un violent retour de bâton. Ce ne sera pas facile et nous devons nous attendre à quelques incidents atroces. Mais à la fin, l’histoire reprendra son développement en direction de la civilisation et non de la barbarie. »
La dernière question abordée dans ce dialogue fut celle de la Nouvelle Stratégie de Sécurité (NSS) publiée par Washington. Les récents développements ne sont-ils pas dictés par cette nouvelle doctrine militaire ?
C’est sans doute le cas, a répondu Helga LaRouche, étant donné qu’elle définit l’hémisphère occidental comme étant l’arrière-cour des Etats-Unis. Beaucoup y voient la mise en œuvre de la doctrine Monroe, mais c’est complètement faux. Il s’agit là de l’interprétation de Teddy Roosevelt de cette doctrine, dont la version initiale a vu le jour après le Congrès de Vienne.
Alors que certaines puissances coloniales européennes étendaient leurs tentacules à travers le monde, James Monroe et John Quincy Adams ont voulu les empêcher d’intervenir à tort et à travers dans les Amériques, mais pas dans l’idée d’en faire la propriété des Etats-Unis. Cela fut ajouté plus tard par Theodore Roosevelt. Cette distinction est très importante.