Le 28 mars suivant, juste avant d’engager la plus grande armée du monde dans une agression contre l’Iran, une vidéo relayée sur X par Stephen Miller, le chef de cabinet de la Maison Blanche, montre le président Donald Trump assis dans le Bureau ovale, mains jointes, yeux fermés, entouré de pasteurs qui prient, les mains posées sur ses épaules.
Il ne s’agissait pas d’une simple prière mais d’un rituel d’« imposition des mains », geste liturgique d’origine très ancienne consistant à « poser, étendre les mains sur quelqu’un ou sur quelque chose pour le bénir, le guérir, lui conférer un pouvoir ».
Ce rituel, organisé par la pasteure Paula White-Cain, devenue avec la réélection de Trump chef du « Bureau de la foi » au sein de la Maison Blanche, rassemblait des personnalités évangéliques de premier plan, notamment les pasteurs Greg Laurie et Jentezen Franklin, responsables d’églises implantées un peu partout, ainsi que Johnnie Moore, pasteur évangélique et ancien président exécutif de la Gaza Humanitarian Foundation, dont l’action à Gaza mérite d’être qualifiée de criminelle.
Lors de son discours sur l’état de l’Union, le 27 février, où il précise qu’il ne laissera jamais l’Iran accéder à l’arme atomique,
Comme le note France24,
En premier lieu, les observateurs notent la forte implication des communautés évangéliques, une branche du protestantisme messianique en pleine expansion dans le mouvement MAGA (Make America Great Again), socle électoral du trumpisme.
Au sein de ce courant s’inscrit celui, très radical, du « sionisme chrétien ». Au cœur de leur interprétation littérale de la Bible, une violence sanglante jugée indispensable à l’avènement de la fin des temps décrit dans le livre de l’Apocalypse. A l’œuvre également, le Dieu vengeur de l’Ancien Testament, très loin de l’image chrétienne du Christ qui tend l’autre joue.
Pour les évangéliques, la création d’un « Grand Israël » (du Nil à l’Euphrate) permettra le retour de Jésus sur Terre. Il se fera alors définitivement reconnaître comme le Messie et assurera le triomphe de Dieu sur les forces du mal, pendant que les Juifs, à condition qu’ils se convertissent au christianisme, seront sauvés... Cette « vision de la paix » de Trump (pour les judéo-chrétiens) passe donc nécessairement par des temps de guerre très difficiles (pour les autres).
Pour le spécialiste allemand Joël Schnapp :
Comme incarnation de ce courant au sein de l’administration, on cite souvent des figures comme Mike Johnson, président républicain de la Chambre des représentants, et surtout Mike Huckabee, ancien pasteur évangéliste nommé ambassadeur américain en Israël.
Ce dernier, de concert avec la milliardaire Miriam Adelson, la veuve du roi des casinos de Las Vegas et grande mécène de Trump, a en effet obtenu le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem en mai 2018 et ne cesse de clamer à qui veut l’entendre que la Palestine « n’existe pas ».
Deux autres figures majeures méritent également l’attention.
C’est d’abord Jared Kuschner, le gendre de Trump. Agent immobilier devenu milliardaire, ignorant tout des relations internationales, l’homme est conseillé depuis 2017 par l’ancien Premier ministre Tony Blair, connu pour avoir convaincu les Américains de lancer la guerre contre l’Irak.
Bien qu’on en attribue le mérite à Kushner, c’est en réalité Blair qui a arraché la signature de plusieurs pays arabes pour les fameux « Accords d’Abraham », devant « normaliser » leurs relations avec Israël à condition de renoncer à soutenir toute velléité palestinienne à disposer d’un État souverain. Blair lui-même est en contact permanent avec Ron Dermer, le conseiller le plus proche de Netanyahou, chargé précisément de la reconstruction de Gaza.
C’est également le Tony Blair Institute (TBI), financé à coup de millions par le milliardaire américain Larry Ellison, qui a concocté le plan diabolique pour la privatisation de Gaza, qui constitue désormais l’objectif officiel du Conseil de la Paix mis en place par Trump.
Enfin, Blair a fait savoir tout le bien qu’il pense de la guerre lancée par Trump contre l’Iran, à la demande expresse de Kushner, un homme que son ami Steve Witkoff, un autre magnat de l’immobilier, considère comme son « rebbe » (maître spirituel).
Bien que juif orthodoxe, le gendre de Trump a joué, aux côtés de Paula White, un rôle décisif pour rallier à la campagne de son beau-père de nombreux leaders évangéliques influents. Cette relation s’est avérée essentielle pour permettre aux évangéliques d’être représentés au sein de la Maison Blanche.
Le pasteur évangéliste Jerry Falwell, Jr, Paula White, Robert Jeffress, Jack Graham, tous affirment que Kuschner est « brillant et d’une intégrité irréprochable » et que c’est lui qui les représente à la Maison Blanche. Le pasteur David Jeremiah le considère comme un cadeau du ciel :
Pete Hegseth
Enfin, celui qui se montre peut-être le plus barbare, le ministre de la Guerre, Pete Hegseth, multiplie ces jours-ci les déclarations belliqueuses et ne fait pas mystère de sa religiosité exacerbée.
Tatouages en hommage aux croisades, dont une vaste « croix de Jérusalem » sur le torse, le chef du Pentagone a publié en 2020 American Crusade : our fight to stay free (« Croisade américaine : notre combat pour la liberté »), où il jure de combattre les « gauchistes » et les « islamistes ». Selon le New Yorker, cet ancien présentateur de Fox News, alcoolique repenti, également accusé de violences sexuelles, a aussi été entendu, ivre, en train d’appeler à « tuer tous les musulmans ».
Si Trump affirme qu’il n’a que faire du droit international et que sa seule « moralité » suffit à justifier ses actes, Hegseth affirme pour sa part qu’il faut faire une croix sur les « règles stupides » encadrant la conduite des Etats lors de conflits armés (Conventions de Genève).
Le meurtre des marins soupçonnés de trafic de drogue au large des côtes vénézuéliennes et le refus d’assistance à l’équipage d’un navire iranien coulé par une frappe américaine au Sri Lanka illustrent parfaitement cette déshumanisation absolue.
Elle a d’ailleurs conduit plusieurs Etats européens (Royaume-Uni, France, Danemark, etc.), ne souhaitant pas être complices d’actes qualifiables de crimes contre l’humanité, de réduire le partage de renseignements sensibles avec les Etats-Unis.
Pourtant, l’homme se revendique du nationalisme chrétien, une théologie qui place la loi divine, telle que formulée dans la Bible, au-dessus de celle des humains. Il pense non seulement que les États-Unis devraient être une théocratie chrétienne, mais aussi que ce royaume de Dieu devrait être étendu à toutes les autres nations. Ceux qui s’y opposent ne méritent que la mort.
Déjà en mai 2025, lorsqu’il dirige la prière au sein même de l’auditorium du Pentagone, Hegseth parle du président américain comme d’un dirigeant « nommé par Dieu ».
Or, début mars 2026, après une semaine d’opérations contre l’Iran, un sous-officier anonyme a porté plainte pour avoir entendu de ses supérieurs que la guerre contre l’Iran faisait partie du plan divin et que le président Donald Trump avait été « oint par Jésus pour allumer le feu signalant le début d’Armageddon et marquer son retour sur Terre ».
Selon le site militaire Military.com, quelque 200 plaintes similaires, émanant de 50 bases et couvrant toutes les branches de l’armée, ont été déposées.
Une trentaine de députés américains ont demandé à l’inspecteur général du département américain de la Défense (DOD), Platte B. Moring III, d’ouvrir une enquête sur ces rapports et ces allégations « invoquant des prophéties religieuses et une théologie apocalyptique pour justifier les actions militaires des États-Unis en Iran ».




