Les communautés chrétiennes de Jérusalem fustigent le « sionisme chrétien »
mercredi 11 mars 2026, par Karel Vereycken
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Dans une déclaration commune publiée le 17 janvier par le Patriarcat de Jérusalem, les dirigeants des communautés chrétiennes historiques de Jérusalem mettent une fois de plus en garde contre les « idéologies nuisibles » telles que le « sionisme chrétien ».
S’exprimant collectivement au nom des Églises catholique, orthodoxe et protestante, les signataires rappellent aux croyants et aux autorités politiques que
« le troupeau du Christ sur cette terre est confié aux Églises apostoliques qui y ont exercé leur ministère sacré à travers les siècles avec une dévotion inébranlable ».
Il est extrêmement regrettable, écrivent-ils, que
« les actions récentes entreprises par certains individus locaux qui promeuvent des idéologies néfastes, telles que le sionisme chrétien, induisent le public en erreur, sèment la confusion et nuisent à l’unité de notre communauté. Ces actions ont trouvé un écho favorable auprès de certains acteurs politiques en Israël et ailleurs, qui cherchent à imposer un programme politique susceptible de nuire à la présence chrétienne en Terre sainte et dans l’ensemble du Moyen-Orient. »
Sans le mentionner explicitement, les responsables de l’Église semblent faire allusion à un événement de grande envergure organisé par le ministère israélien des Affaires étrangères en décembre 2025, au cours duquel une délégation d’environ un millier de pasteurs protestants américains se serait réunie à Jérusalem pour renforcer l’alliance judéo-chrétienne et les relations américano-israéliennes.
Le sionisme chrétien, qui bénéficie d’un financement important, opère depuis 1980 par le biais de l’« Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem ». Chaque année, des milliers de fidèles se rendent dans la ville à l’occasion de la fête juive de Souccot. Le corollaire politique de cette théologie est un soutien inconditionnel à l’État d’Israël, perçu comme une étape nécessaire à l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament et à l’avènement du Royaume de Dieu.
Déclaration de Jérusalem sur le sionisme chrétien
Les responsables religieux de Jérusalem ont déjà été confrontés à cette idéologie. En août 2006, un groupe de dignitaires d’Églises chrétiennes, dont le Patriarche latin de l’époque, Michel Sabbah, avait publié la « Déclaration de Jérusalem sur le sionisme chrétien ».
On pouvait y lire cette mise en garde :
« Le sionisme chrétien est un mouvement théologique et politique moderne qui embrasse les positions idéologiques les plus extrêmes du sionisme, nuisant ainsi à l’établissement d’une paix juste en Palestine et en Israël. Le programme sioniste chrétien propose une vision du monde où l’Évangile est assimilé à l’idéologie de l’empire, du colonialisme et du militarisme. Dans sa forme extrême, il met l’accent sur des événements apocalyptiques annonçant la fin des temps plutôt que sur la mise en pratique de l’amour et de la justice du Christ aujourd’hui. »
Pour clarifier leur position, ils déclaraient :
« Nous rejetons catégoriquement les doctrines sionistes chrétiennes, car elles constituent de faux enseignements qui pervertissent le message biblique d’amour, de justice et de réconciliation. Nous rejetons également l’alliance actuelle entre les dirigeants et organisations sionistes chrétiennes et certains éléments des gouvernements israélien et américain, qui imposent unilatéralement leurs frontières et leur domination sur la Palestine. »
Ils avertissaient surtout que « cela conduit inévitablement à des cycles de violence sans fin qui mettent en péril la sécurité de tous les peuples du Moyen-Orient et du reste du monde ».
Enfin,
« plutôt que de condamner le monde à l’apocalypse, nous appelons chacun à se libérer des idéologies du militarisme et de l’occupation. (…) Nous nous engageons à respecter les principes suivants comme voie alternative : nous affirmons que tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu. Ils sont donc appelés à honorer la dignité de chaque être humain et à respecter ses droits inaliénables ; nous affirmons qu’Israéliens et Palestiniens peuvent vivre ensemble dans la paix, la justice et la sécurité. (…) Aucune paix, sécurité ou réconciliation durable n’est possible sans la justice comme fondement. Les exigences de la justice ne disparaîtront pas. La lutte pour la justice doit être poursuivie avec diligence et persévérance, mais de manière non violente. »
La déclaration de 2006 avait été signée par :
• Sa Béatitude Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin de Jérusalem.
• Monseigneur Swerios Malki Mourad, Patriarche orthodoxe syrien de Jérusalem.
• Monseigneur Riah Abu El-Assal, Eglise épiscopalienne de Jérusalem et du Moyen-Orient.
• Monseigneur Munib Younan, Eglise évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre sainte.