Le pape Léon XIV dénonce l’instrumentalisation de la foi pour la guerre

mardi 31 mars 2026, par Karel Vereycken

A gauche : Pete Hegseth, le ministre américain de la guerre avec une croix de Jérusalem (symbole des croisades) tatouée sur le torse ; A droite, le pape Léon XIV et sa déclaration du 29 mars 2026.
Si certains à Washington ne cessent d’invoquer Dieu pour justifier leurs nouvelles croisades, le pape Léon XIV condamne avec fermeté tout usage de la foi à des fins guerrières.

Déjà à l’issue de la prière mariale de l’Angélus de dimanche 22 mars, le pape Léon XIV avait renouvelé son appel à persévérer dans la prière, « afin que cessent les hostilités et s’ouvrent enfin des chemins de paix fondés sur un dialogue sincère et sur le respect de la dignité de chaque personne humaine » dans toutes les régions du monde déchirées par la guerre. La mort et la douleur provoquées par ces guerres sont « un scandale pour toute la famille humaine et un cri devant Dieu », a dit le Saint-Père.

Le 28 mars, lors de sa visite à Monaco, paradis fiscal pour de nombreux milliardaires, il a mis en garde contre « l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent » et plaidé pour un « amour de la vie » dans toutes ses dimensions. Il a fustigé

« les configurations injustes du pouvoir, les structures de péché qui creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés, entre amis et ennemis ».

S’élevant contre les guerres qui ensanglantent l’actualité, il a assuré que « chaque vie brisée est une blessure infligée au Corps du Christ ». « Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! », a-t-il exhorté, assurant que

« la paix n’est pas un simple équilibre des forces, elle est l’œuvre de cœurs purifiés, l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre ».  

Dans son homélie, le pontife a commenté le passage de l’Évangile dans lequel Jésus est mis en cause par les responsables religieux juifs, qui veulent le condamner à mort pour avoir ressuscité Lazare. Le pape a décrit la réaction des autorités juives au Christ

comme « l’action occulte d’autorités puissantes, prêtes à tuer sans scrupule », avant d’ajouter : « n’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui ? ».

Dimanche des Rameaux

Le lendemain, le dimanche 29 mars 2026, à Rome, il a condamné avec une grande fermeté l’usage insensé de la foi par les dirigeants en temps de guerre. Devant des milliers de fidèles réunis place Saint-Pierre pour le dimanche des Rameaux, le souverain pontife a affirmé :

« Voici notre Dieu : Jésus, Roi de la paix. Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre », prévient le pape. « ‘Même si vous multipliez les prières, je n’écouterai pas : vos mains sont pleines de sang’ », a-t-il lancé, citant un passage de la Bible.

« Nous sommes plus que jamais proches, par la prière, des chrétiens du Moyen-Orient, qui souffrent des conséquences d’un conflit atroce et qui, dans de nombreux cas, ne peuvent vivre pleinement les rites de ces jours saints ».

Les abus américains pointés du doigt

Le pape n’a pas précisé s’il visait quelqu’un en particulier. Mais sa mise en garde s’appliquerait parfaitement à Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre américain qui affiche ostensiblement sa foi chrétienne, avec un tatouage sur le bras où l’on peut lire « Deus Vult » (« Dieu le veut »), une devise des croisades, ainsi qu’un tatouage sur la poitrine représentant une croix de Jérusalem et qui est coutumier d’emprunts à la Bible pour certains assurément bellicistes.

Le 10 mars, au lendemain d’une cérémonie de passation de commandement à la base aérienne de Dover, dans le Delaware, Hegseth avait cité le Psaume 144 : 1-15 de la Bible :

« Béni soit l’Éternel, mon rocher, Qui exerce mes mains au combat, Mes doigts à la bataille, Mon bienfaiteur et ma forteresse, Ma haute retraite et mon libérateur, Mon bouclier, celui qui est mon refuge ».

Il a également dirigé une prière au Pentagone au cours de laquelle il a évoqué une « violence écrasante » contre ceux qui « ne méritent aucune pitié », dans un discours mêlant références spirituelles et action militaire.

Lors de son point de presse sur la guerre contre l’Iran la semaine dernière, Pete Hegseth, a suggéré aux Américains de s’agenouiller et de prier Jésus pour la victoire des forces américaines au Moyen-Orient. Quelques jours plus tard, il a lu un sermon dans lequel il priait pour que les « âmes damnées » soient « livrées à la damnation éternelle » dans le conflit contre l’Iran.

Étant donné qu’un Américain sur cinq se déclare catholique, l’Église joue un rôle important dans la vie et la politique des États-Unis. Les interventions de Hegseth ont été critiquées, certains commentateurs religieux, anciens militaires et responsables politiques soulignant que son prosélytisme viole la Constitution et nuit à la cohésion des troupes.

Ils ont déclaré au Washington Post qu’ils étaient troublés à la fois par la rhétorique ouvertement religieuse de Hegseth et par les changements politiques qu’il a mis en œuvre au sein des forces armées, en particulier sur les statut des aumôniers.

Pour sa part, la Military Religious Freedom Foundation a déclaré avoir reçu plus de 200 plaintes de militaires selon lesquelles des commandants d’unités auraient dit aux troupes que leur déploiement en Iran faisait partie d’un plan divin.