Aux racines de la révolution sexuelle de Mai 68

Jack Lang et les réseaux Epstein en France

jeudi 12 mars 2026

Jeffrey Epstein en compagnie de Caroline Lang, Woody Allen et Catherine Pégard, à la galerie des glaces du château de Versailles (Yvelines), le 25 mars 2013.
Ministère américain de la justice

Parmi les principales victimes en France de la publication des dossiers Epstein, on trouve Jack Lang et sa fille Caroline. Rappelons, pour les plus jeunes, que Jack fut un flamboyant ministre de la Culture et de l’Éducation dans plusieurs gouvernements de François Mitterrand, y compris de cohabitation avec la droite (1981-2002). Quant à Caroline, après de courts débuts comme actrice de cinéma, elle devint vice-présidente de l’entreprise Warner Bros International Television.

Or, ces dossiers ne mentionnent pas moins de 685 « échanges » entre Jack et/ou sa fille et Epstein, concernant notamment des aides financières accordées par l’ancien banquier. Des échanges qui révèlent, en outre, une très grande proximité entre eux. Le Monde parle même de « la troublante intimité du clan Lang avec Jeffrey Epstein », une relation qui s’est nouée après la première condamnation d’Epstein en 2008. Les Lang ne peuvent donc pas prétendre qu’ils ne savaient pas...

Parmi les importantes contributions financières faites par Epstein à la famille Lang, figure un versement de 1,4 million de dollars pour la création avec Caroline d’une société offshore, Prytanée LCC, aux Îles Vierges, dont l’objet était la vente d’œuvres d’art. Cette transaction n’a jamais été déclarée au fisc. L’examen du testament d’Epstein révèle également qu’il a légué 5 millions de dollars à Caroline. Quant à Jack, il est mentionné dans un dossier datant de 2015, à propos de la vente d’un riad (maison typique marocaine) à Marrakech pour 5,4 millions d’euros. Il est également questions de deux versements de 50 000 dollars chacun.

La chute de Jack Lang

Suite à ces révélations, Emmanuel Macron a obligé un Lang encore réticent à démissionner de son poste de président de l’Institut du Monde arabe à Paris. Faut-il rappeler que l’ancien ministre de la Culture est depuis longtemps soupçonné de se livrer à des activités pédophiles, une accusation qui, toutefois, n’a jamais été prouvée devant un tribunal. Sa fille Caroline, également mentionnée dans les dossiers Epstein, a dû elle aussi démissionner de son poste de présidente de l’Union des producteurs indépendants (SPI). Il n’est pas anodin de rappeler qu’avant d’être intime d’Epstein, Jack Lang l’avait été également, dès la fin des années 1980, du financier britannique véreux Robert Maxwell, dont le corps fut retrouvé sans vie, flottant près de son bateau au large des îles Canaries en 1991. On a beaucoup spéculé sur cette mort, mais quelle qu’en soit la cause, un scandale venait de révéler que Maxwell finançait ses investissements avec les fonds de retraite de ses employés. Or, il s’avère que c’est sa fille Ghislaine qui fut la principale comparse d’Epstein, jouant le rôle de « rabatteuse » de filles mineures vers ses réseaux de prostitution.

Aux origines de la vague pédophile

Aussi grave que soient ces événements, le pire est encore à venir. Les dossiers Epstein révèlent l’existence d’un projet éducatif entre le financier et les Lang, intitulé « L’éducation du Petit Prince pour tous nos enfants ».

Le Figaro et Le Monde rapportent que « dans un courriel échangé avec Francis Parsy, un proche conseiller de l’ancien ministre qui venait de prendre la tête de l’Institut du monde arabe, l’homme d’affaires semble commenter, probablement en 2013, un texte de Jack Lang intitulé « L’éducation du Petit Prince pour tous nos enfants ». Dans ce texte, qui se veut une réflexion sur les temps modernes, Jack Lang déclare : « Le petit prince doit prendre conscience de sa propre force physique et de sa beauté. » En réponse, Epstein demande : « L’enfant doit-il être initié à la religion, aux nouvelles sexualités ? Les tester ? A quelle fréquence ? Des tests standardisés… Des exemples de projets ? » Le lendemain, Caroline répond à Epstein : « Mon père est d’accord avec votre suggestion d’ajouter la religion, une nouvelle sexualité, etc. »

Le cloaque culturel qui a engendré Jack Lang

Ceci nous amène au contexte culturel d’origine. Un processus de légitimation complète de la pédophilie a vu le jour en France, dans les années 1968. C’est tout un courant « intellectuel » qui a prétendu que, de la même façon que Marx avait montré la voie à l’insurrection nécessaire contre l’oppression capitaliste, Freud, qui fut le premier à soulever l’existence de la sexualité infantile, avait ouvert la voie à la lutte contre l’oppression des parents sur les enfants, et pour combattre l’inhibition sexuelle des enfants !

Dans un dossier publié en 2020, Anne Chemin, rédactrice en chef du quotidien Le Monde, rappelait que dans les années 1970 et 1980, défendre les pédophiles était banal, « à l’extrême droite, où Alain de Benoist croyait que regarder des jeux télévisés était plus scandaleux que d’avoir ’une passion pour des fesses fraîches, des émotions naissantes et des seins en bouton’, mais aussi à l’extrême gauche. », En 1979, le journal gay Le Gai Pied dénonce ainsi la « phobie de la pédophilie » : en poursuivant les adultes « qui aiment les enfants », le système judiciaire réprime « l’une des multiples formes d’expression de la sexualité et de l’amour humain ». Deux ans plus tard, Le Petit Gredin , le magazine du Groupe de recherche pour une enfance différente, proclamait joyeusement dans son premier numéro : « Ça y est, la pédophilie est de sortie ! » « Coucher avec un/une enfant est une expérience hiérophantique, une épreuve baptismale, une aventure sacrée » soutient l’écrivain Gabriel Matzneff, qui célèbre dans ses romans « le corps enfantin, baisé, exploré, fouillé ».

Cette puissante vague de remise en cause des normes sexuelles n’épargne pas les milieux intellectuels, poursuit Anne Chemin. En 1978, dans un dialogue diffusé sur France Culture qui sera publié l’année suivante par la revue Recherches de Félix Guattari, le philosophe Michel Foucault, l’avocat Jean Danet et l’écrivain Guy Hocquenghem critiquent le régime français de « contrôle de la sexualité » qui fait de tout enfant « un être en danger ». La criminalisation de la pédophilie, estime Guy Hocquenghem, est le fruit absurde des « interdits religieux sur la sodomie » et de la croyance en la « totale étrangeté de l’univers enfantin et de l’univers adulte ». « On peut faire confiance à l’enfant pour dire si oui ou non il a subi une violence », ajoute Michel Foucault.

Il est utile aussi de passer en revue la liste « des plus grands noms des lettres et des idées » qui, en 1977, s’en sont pris à la sévérité des juges qui avaient condamné trois hommes accusés d’avoir agressé sexuellement des mineurs de 13 et de 14 ans. Cette liste comprenait Louis Aragon, Simone de Beauvoir, François Chatelet, Gilles Deleuze, André Glucksmann, Félix Guattari, Jean-François Lyotard, Gabriel Matzneff, Jean-Paul Sartre et René Schérer !

Il faudra attendre les années 1990 « pour que sonne le glas de l’éloge de la pédophilie », conclut Anne Chemin. Ce sont les mouvements féministes, mobilisés contre le viol, qui découvrent l’ampleur des abus sexuels sur mineurs et la portent sur la place publique. Un combat qui sera alors repris par les associations de défense de l’enfance.