Vieux et nouveau monde

mercredi 25 mars 2026, par Jacques Cheminade

Tous les mois, retrouvez l’éditorial de Jacques Cheminade pour notre revue Nouvelle Solidarité !

Les élections municipales viennent de se dérouler dans un monde en guerre. Les conséquences du bombardement criminel de l’Iran par les armées israélienne et états-unienne et la riposte de Téhéran bloquant le détroit d’Ormuz entraîneront rapidement la désarticulation des échanges internationaux. L’arrêt de 20 % des fournitures de pétrole et de gaz conduira, si le conflit se prolonge, à une crise de l’industrie, faute d’énergie, et de l’agriculture, faute d’engrais.

La chute de la pyramide spéculative du système occidental pourrait s’ensuivre rapidement, sa survie ne tenant plus qu’à l’injection de fausse monnaie et à la menace militaire exercée par ceux qui la détiennent. Après les révélations de l’affaire Epstein, et l’incapacité américano-israélienne de briser la résistance d’un pays pratiquant la dissuasion du faible au fort, avec ses drones et ses missiles, le discrédit de ceux qui contrôlent ou croient contrôler les marchés financiers mondiaux est tel que même les médias occidentaux se posent ouvertement la question : choc, crise ou krach ? La démence politicienne du comportement de Donald Trump et de Benjamin Netanayou risque d’enclencher le feu nucléaire.

Face à cette réalité, nos citoyens sont à la fois angoissés, passionnés et dépourvus des repères de jugement que nos responsables politiques sont censés leur fournir. Le pourcentage d’abstention atteint 42,18 % : jamais les Français n’ont autant boudé une élection de ce type. La prise de distance s’est surtout manifestée dans les grandes villes et chez les jeunes. C’est le vieux monde qui a voté, dans les communes rurales et les tranches d’âge généralement les plus élevées. 68 % des communes n’avaient qu’une seule liste, sans opposition, et près de la moitié des maires sortants ne se sont pas représentés. C’est le reflet d’une crise généralisée.

Beaucoup d’électeurs ont ressenti le grand écart entre ce qu’ils voient et entendent dans les médias et le rituel des bureaux de vote. D’autres ont voté en fonction de leurs intérêts privés, encouragés par la multiplication des sources d’information et des candidats flattant leurs particularités.

Ce qui a le plus manqué est la présence de candidats réellement souverainistes. Des candidats capables d’analyser ce qui se passe dans le monde et de définir la place que la France devrait y tenir. Bien sûr, on pourra répondre que ce n’étaient que des municipales. C’est une réponse d’élites dévoyées. Leurs électeurs comprennent qu’aujourd’hui on ne peut séparer les enjeux. Le vieux monde est celui d’un village, avec un clocher en son centre, la petite nation des affiches de l’ex-maréchal Pétain (« la France éternelle ») et de Jacques Séguéla pour le compte de François Mitterrand (même disposition, cette fois avec « la force tranquille »). Ce n’est pas le nouveau monde, la France réelle. Le défi est de renouer avec le meilleur que portait ce vieux monde, non pour l’imiter mais en se nourrissant de son élan, de son inspiration, pour construire le nouveau.

Le défi est de tracer ensemble les pistes de décollage qui élèvent le rôle de notre pays, à l’extérieur comme à l’intérieur de ses frontières. Pour la paix par la sécurité et le développement mutuels, dans l’esprit de ce que portait le Conseil national de la Résistance mais aux couleurs du XXIe siècle. C’est-à-dire un combat commun contre les féodalités financières, contre un système qui mène le monde à la guerre, un combat pour une politique internationale reposant non plus sur la fausse monnaie mais sur la recherche et l’investissement productif. Avec les pays qui affirment leur souveraineté au sein de la nouvelle majorité mondiale, celle incarnée par les BRICS.

Ce combat international ne peut être porté que par une politique nationale de cohésion engagée, suffisamment forte pour que la parole de la France soit écoutée. Vrais gaullistes et vrais communistes d’esprit, vraies forces lucides, conscientes que c’est à la fois le sort de notre pays et celui de l’humanité qui sont en jeu, doivent unir leurs efforts dans l’urgence. Comme dans une bonne mairie, où les conseillers municipaux, de concert avec le maire, tracent le nécessaire futur de leur commune, en se référant à leur compétence universelle.