Le manque d’entretien de nos infrastructures risque bien d’engendrer des drames si rien n’est fait.
Un article publié dans Le Monde du 27 juin revient sur les risques graves posés par le délabrement d’une partie des ponts en France :
Deux semaines avant l’effondrement meurtrier du viaduc Morandi, à Gênes, le maire de la petite commune de Beaumontel, dans l’Eure, a constaté au matin du 1er août 2018 qu’un des piliers du pont sur la Risle, entre la mairie et l’église, s’était affaissé et ne soutenait plus rien. Pont fermé, 250 000 euros de travaux. Un mois après la catastrophe italienne, c’est sur l’imposant viaduc de l’île de Ré qu’un câble précontraint rompait en raison de la corrosion. Circulation restreinte, 2 millions d’euros de réparations. La France n’est pas à l’abri d’un accident tragique : au moins 25 000 ponts sont ‘en mauvais état structurel’ et ‘posent des problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers’, selon un rapport sénatorial rendu public jeudi 27 juin, qui réclame un ‘plan Marshall’ pour ‘éviter le drame’ .
Voici un extrait de l’Introduction du rapport :
L’effondrement du pont Morandi à Gênes le 14 août 2018, qui a provoqué la mort de 43 personnes, a suscité une vive émotion et relancé les débats sur l’état du patrimoine des ouvrages d’art en France, vingt ans après la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, le 24 mars 1999.
Sujet d’inquiétude pour les Français, comme le montre un récent sondage de l’institut IPSOS faisant état d’une baisse du taux de satisfaction des Français sur la qualité du réseau routier [1], l’état des ponts constitue avant tout un enjeu majeur de sécurité pour les usagers.
Afin d’évaluer les modalités de surveillance et d’entretien des ponts gérés par l’État et par les collectivités territoriales, la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat a créé une mission d’information dédiée à la sécurité des ponts, présidée par Hervé Maurey, président de la commission, et dont les rapporteurs sont Patrick Chaize et Michel Dagbert. [2]
Face à la dégradation continue de l’état du réseau routier français, largement documentée au cours des dernières années [3] et résultant principalement d’un manque de moyens consacrés à son entretien, la mission a souhaité s’intéresser aux 200 000 à 250 000 ponts routiers implantés sur l’ensemble du territoire.
Elle a cherché, en particulier, à apprécier les méthodes mises en œuvre par les collectivités territoriales, qui gèrent plus de 90 % des ponts routiers français, pour assurer l’entretien de leurs ouvrages, ainsi que leur capacité à assurer cette mission au regard des ressources techniques et budgétaires dont elles disposent.
À l’issue de ses travaux, la mission d’information sénatoriale sur la sécurité des ponts dresse les principaux constats suivants :
Pour Hervé Maurey, président,
ce constat est surprenant et en lui-même révélateur des lacunes de la politique de surveillance et d’entretien des ponts, alors mêmes qu’ils sont indispensables à l’activité économique.
D’après Michel Dagbert, rapporteur,
le montant consacré par l’État à ses ponts est largement insuffisant pour en assurer l’entretien et éviter que leur état ne se dégrade. Le maintien du budget actuel conduirait à un doublement du nombre d’ouvrages en mauvais état dans les dix prochaines années et à un triplement voire un quadruplement en vingt ans.
Plan Marshall
Après 10 mois de travail, la mission d’information formule 10 propositions concrètes, autour de trois axes principaux :
Comme le souligne Patrick Chaize, rapporteur :
l’objectif est que d’ici dix ans, l’état de l’ensemble des ponts routiers français soit connu, ce qui est loin d’être le cas, et que les ponts les plus dégradés aient fait l’objet de travaux de remise en état. Nous considérons qu’il ne faut pas attendre qu’un drame se produise pour augmenter les moyens consacrés aux ponts, mais qu’il convient d’agir dès maintenant en réalisant un effort financier identique à celui consacré aux tunnels.
[1] IPSOS, Global Infrastructure Index 2018.
[2] La mission est composée de dix membres : Mme Éliane Assassi, MM. Patrick Chaize, Jean-Pierre Corbisez, Michel Dagbert, Alain Fouché et Jean-Michel Houlegatte, Mme Christine Lanfranchi-Dorgal, MM. Frédéric Marchand et Hervé Maurey ainsi que Mme Nadia Sollogoub. Voir le compte rendu de la réunion de commission du 3 octobre 2018 : https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20181001/dev_dur.html.
[3] Voir en particulier le rapport n° 458 (2016-2017) « Infrastructures routières et autoroutières : un réseau en danger », fait par M. Hervé Maurey, au nom de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable : https://www.senat.fr/rap/r16-458/r16-458.html. Ce rapport avait notamment souligné l’impératif qui s’attache à la préservation de la sécurité du réseau routier : « une tendance à la dégradation du réseau routier national non concédé et du réseau autoroutier a été observée ces dernières années. Même si elle peut sembler limitée pour l’instant, il apparaît nécessaire de la mesurer et d’y mettre un terme, pour éviter la détérioration de ce patrimoine et l’augmentation de ses coûts d’entretien ».
Jacques Cheminade en tournée pour dédicacer son livre

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