Retraites
Ce texte est extrait du programme présenté par Jacques Cheminade à l’élection présidentielle de 2017. Notre gouvernement ne se dotant pas des moyens à la mesure des défis de notre époque, il reste plus que jamais d’actualité.
Le débat se focalise le plus souvent sur l’âge légal de départ à taux plein acquis, fixé à soixante-deux ans pour les personnes nées en 1955 et au delà. Les vrais sujets se trouvent ainsi masqués par des chiffres lancés sans réflexion dans un contexte de contre-vérités et d’approximations. Il est donc nécessaire de remettre ce débat sur les rails de la justice sociale, en fonction du type de société vers lequel nous devons aller.
A) Ce sont le dynamisme et la productivité d’une société qui sont déterminants pour le niveau des retraites et non le seul rapport entre actifs et retraités. L’on invoque l’argument du vieillissement démographique et de l’augmentation de la proportion de retraités par rapport à celui des actifs pour en conclure qu’il faut fatalement allonger l’âge du départ légal et accroître le montant des cotisations. Il est vrai qu’il y avait en 1960 quatre cotisants actifs pour un retraité, qu’il y en a aujourd’hui un peu moins de deux et qu’il devrait y en avoir un seul en 2050. Ce raisonnement arithmétique repose sur une conception statique de l’économie et de la société. Il ne tient pas compte de deux éléments fondamentaux :
B) C’est le partage inégal des richesses qui pèse sur le niveau des retraites. Depuis une quarantaine d’années, les gains de productivité réalisés par le travail ont été progressivement accaparés par le capital dans un système de priorité financière et de passage à une économie de services. C’est dans ce cadre que s’inscrit la question des retraites et non dans leur examen comptable hors sol politique, comme s’il s’agissait d’une chose en soi. Les salariés subissent ainsi une discrimination négative qui profite aux revenus les plus aisés dans les secteurs des services financiers et commerciaux, du tourisme et de la « nouvelle économie ».
– les privilèges relatifs des salariés d’EDF, de la SNCF, des douaniers ou des aiguilleurs du ciel sont de l’aveu général excessifs, en raison de l’évolution historique des tâches, mais ils sont trop souvent dénoncés pour remettre cyniquement en cause les acquis sociaux des travailleurs. Je suis convaincu qu’on pourra parvenir à une juste réforme dans une société où la justice sociale et un enthousiasme de mieux faire seront enfin rétablis ;
– bien plus graves sont les niveaux demeurant scandaleusement faibles des retraites des agriculteurs, commerçants et artisans et la situation de leurs conjoints ;
– bien plus graves sont les inégalités homme/femme. Aujourd’hui, les femmes qui partent à la retraite touchent une pension inférieure en moyenne de 40 % à celle des hommes. Les pensions de réversion sont par ailleurs tout à fait insuffisantes ;
– bien plus graves sont encore les inégalités suivant l’âge d’entrée dans la vie active.
Ceci étant établi, la question de l’âge de départ à la retraite à taux plein à 62 ans, sous condition de durée d’assurance correspondant à la date de naissance, se trouve déminée. Le principe doit en être légitimement maintenu, compte-tenu de l’ensemble d’améliorations que je propose en fonction des situations individuelles et non de façon rigide. Cependant, l’exigence de plus de 42 ans et six mois de cotisations pour les dates de naissance au delà de 1969 me paraît excessive. Le maximum pour pouvoir partir à taux plein à 62 ans devrait donc être de 42 ans et six mois pour tous ceux nés après 1969. Enfin, pour clarifier les choses, une commission tripartite Etat/salariés/employeurs devra examiner métier par métier ceux qui justifient, notamment en fonction de l’espérance de vie qui leur est attachée, un départ anticipé. Les médecins du travail examineront le cas de chaque salarié dans ce cadre.
La solution de la capitalisation doit être dans ce contexte rejetée une fois pour toutes. La désintégration financière qui vient plaide contre elle.
Une économie organisée de plein emploi qualifié est le but de mon projet et c’est elle, en étant plus productive, qui permettra de servir des retraites dignes. Bien entendu, l’espérance sociale qu’elle fera naître et une politique soutenue d’allocations familiales, de financement de crèches et de mesures d’intégration en faveur des défavorisés créeront les conditions pour une hausse des naissances, impossible sous la dictature financière actuelle qui entretient le pessimisme et un hédonisme à courte vue. Ces nouvelles générations seront le soutien des anciennes, en disposant de technologies bien plus productives et socialement partagées.
En même temps que les générations vieillissantes, la question des retraites concerne donc tout l’avenir de notre société. Il faut y répondre sans défendre des positions indûment acquises et conscients qu’il y a un intérêt commun entre classes d’âge, avec les yeux du futur et non ceux d’un passé figé ou d’un présent devenu destructeur.