Comme le répétait le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, accusé d’avoir trahi l’État israélien avant son assassinat, on ne fait pas la paix avec ses amis mais avec ses ennemis. C’est le premier constat que font tous les observateurs, suite à la révélation du « plan de paix », le 28 janvier, par Donald Trump en présence du Premier ministre israélien par interim Benjamin Netanyahou mais en l’absence d’un quelconque représentant palestinien. Ces derniers ont perdu toute communication avec la Maison-Blanche depuis 2017 lorsque Washington décida de déplacer son ambassade à Jérusalem.
En vérité, ce faux plan de paix de 181 pages a été concocté depuis plusieurs années par trois jeunes avocats dépourvus de la moindre expérience diplomatique : le promoteur immobilier Jared Kushner, l’avocat new-yorkais Jason Greenblat ainsi qu’Avi Berkowitz, un copain d’enfance de Jared Kushner. Ce dernier, qui invite les Palestiniens à souscrire au « deal du siècle », n’a jamais consulté leurs responsables qu’il accuse « de ne jamais rater l’occasion de rater une bonne occasion ».
Or, depuis son mariage, en 2009, avec Ivanka Trump, Kushner est devenu le gendre de Donald Trump. Convaincu de tenir en main les clés de la réélection de son beau-père, l’homme a su se rendre incontournable. Car, si le vice-président Pence et le secrétaire d’État Pompeo en sont des adeptes fervent, c’est Kushner qui constitue le « pont » entre l’administration, l’extrême droite israélienne et les « chrétiens évangéliques » américains.
Or, aux Etats-Unis, si les électeurs juifs sont peu nombreux et divisés et que la « droite religieuse » et « chrétienne évangéliste » ne représente « que » 20 millions de voix, force est de constater que Trump, un homme multi-divorcé, se démène comme un beau diable pour séduire cet électorat redoutablement efficace lorsqu’il se met à prôner la bonne parole trumpiste. Avec son plan de paix, Trump « a légalisé la Bible », se réjouit la presse évangéliste ! Un article du 4 janvier paru dans Le Point, souligne que « Trump entretient le soutien ’extra-ordinaire’ des chrétiens évangéliques ».
L’autre figure-clé de cette équation, le milliardaire américain Sheldon Adelson. Lui et sa femme Myriam, opérant de pair avec les évangélistes, sont des soutiens inconditionnels de la politique israélienne dans les territoires occupés.
Surnommé le « roi des casinos », le couple a fait fortune dans l’industrie du jeu, notamment grâce aux actions qu’il détient dans les casinos de Las Vegas, de Singapour et de Macao en Chine.
Transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ; carte blanche donnée à Israël pour annexer les hauteurs du Golan syrien et libanais ; sanctions contre Téhéran, tout cela ressemble étrangement aux desiderata de Sheldon Adelson, avec 177 millions de dollars, le plus important donateur de la campagne de Trump en 2016 et qui ne cesse de lui réclamer des retours d’ascenseurs.
Il est vrai qu’aux Etats-Unis, un pays où, depuis l’arrêt de la Cour Suprême dans l’affaire Citizens United vs. Federal Election Commission de 2010, il n’y a plus de plafond aux donations politiques de la part d’individus et d’entreprises, chaque élection présidentielle se transforme désormais en tournoi de milliardaires.
Et les candidats démocrates n’échappent pas à la règle. Certes, Bernie Sanders (2,5 millions) fait pale figure face à Elizabeth Warren (12 millions), Joe Biden (9 millions) et Tom Steyer (1,6 milliard) et surtout Mike Bloomberg (53 milliards). Ce dernier prépare son grand retour et Trump, avec « seulement » 3 milliards, ne « pèse » pas lourd… d’où l’intérêt d’être en bonnes termes avec son fidèle mécène Adelson dont la fortune dépasse les 43 milliards…
Qualifié de « solution à deux États réaliste », le plan de paix comporte deux volets, le premier économique, révélé l’année dernière, le deuxième politique rendu public en janvier.
Cependant, à l’inverse même du « Plan Oasis », imaginé par l’économiste américain Lyndon LaRouche (1922-2019) et fruit de ses échanges avec des responsables israéliens et palestiniens [1], au lieu d’offrir aux différents protagonistes (Palestine, Israël, mais aussi Liban, Syrie, Iran, Égypte et Turquie) une perspective gagnant-gagnant de développement mutuel à partir du socle d’un plan régional d’infrastructures, en particulier en vue d’augmenter les ressources en eau et en énergie, le plan actuel n’offrira que quelques maigres carottes aux Palestiniens, et encore, sous condition que ces derniers, pourrait-on dire, « se tiennent au à carreau ».
Les principaux points du plan :
Le but de ce prétendu « plan de paix » n’est donc plus d’apporter une solution aux 7 millions de réfugiés palestiniens dispersés dans le monde, mais d’offrir « la sécurité » aux Israéliens qui vivent dans la crainte permanente.
Pour le dire brutalement, on attend que les Palestiniens se mettent en état d’esclavage volontaire, avant de leur accorder le droit de survivre dans une « entité palestinienne », géographiquement formée comme une peau de léopard. Faussement qualifié « d’État », cette entité sera aussi souveraine que les Bantoustans sous le régime de l’Apartheid. Le pire, c’est qu’en humiliant les Palestiniens, on prétend les rendre plus dignes et créer les conditions de la Paix ! C’est comme si l’on frappait son chien en espérant le rendre plus gentil...
La bonne nouvelle, comme le souligne le quotidien israélien Haaretz, c’est que Netanyahou, du moins jusqu’aux élections israéliennes de mars, n’est que le Premier ministre par interim. En clair, alors que les Etats-Unis le somment de mettre en œuvre sans tarder le « plan de paix », il ne dispose pas des prérogatives requises pour le faire.
L’accusation selon laquelle les Palestiniens « ne ratent pas une occasion pour rater une occasion » pourra donc facilement être retournée contre leurs accusateurs. En confiant le dossier à son gendre Jared Kushner, Trump, qui avait notamment nommé Bolton et Pompeo pour la paix, ne rate donc pas une occasion ... pour ne pas la faire.
[1] Partisan d’une paix négociée entre Israéliens et Palestiniens, LaRouche rencontra en 1979 le Président du Congrès Juif Mondial Nahum Goldmann chez lui à Paris et à New York l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères Abba Eban. Pour compléter les accords d’Oslo qu’il soutenait de toutes ses forces, LaRouche a proposé un « plan Marshall » (surnommé « Plan Oasis ») pour accroître les ressources hydriques du Proche-Orient. A Paris, son ami était l’inlassable combattant pour la paix Maxim Ghilan de la revue Israël-Palestine. Adversaire de la politique belliqueuse de l’extrême droite israélienne, LaRouche a passé sa vie à souligner le caractère universel de chaque être humain, peu importe sa race, sa couleur, ses origines, sa religion ou son orientation sexuelle. A l’opposé de la réputation qu’on lui a faite, LaRouche a toujours tenu en horreur toute forme d’exclusion, de xénophobie, d’antisémitisme et de négationnisme. John Weber, un des anciens membres de l’organisation juive américaine Bnai Brith a déclaré un jour que LaRouche et son mouvement « ont fait plus pour élucider et garder vivant le souvenir de l’holocauste hitlérien dans le monde non-juif » que bien d’autres.
Jacques Cheminade en tournée pour dédicacer son livre

Principes pour inspirer une France qui parle au monde

Election présidentielle : de quoi parle-t-on ?

Libérons Trump de l’emprise des « sionistes chrétiens » !
Israël-Palestine : la Chine présente son plan de paix par le développement mutuel
Vers une paix israëlo-palestinienne sous l’égide de Moscou et Washington ?