Dans un contexte géopolitique sous haute tension

Moscou a accueilli le Forum international de sécurité

samedi 27 juin 2026, par Sébastien Périmony

Du 26 au 29 mai, j’ai eu la chance d’être invité à Moscou pour le Forum international sur la sécurité. Ce troisième forum faisait de la capitale russe l’épicentre des discussions stratégiques mondiales, un rendez-vous diplomatique majeur organisé sous l’égide du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie. L’événement a réuni plusieurs centaines de représentants gouvernementaux, responsables militaires, experts en renseignement et diplomates issus de plus d’une centaine de pays, principalement d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique latine.(voir rapport en direct) https://www.facebook.com/share/v/1BcKHQ5R98/

Pour vous en donner le ton, il me suffit de vous rapporter les mots de Sergueï Narychkine, directeur du Service des renseignements extérieurs russe (SVR), lors de l’ouverture du Forum : « Les milieux d’experts discutent sérieusement du moment précis où une nouvelle guerre planétaire commencera, ou si elle a déjà commencé, et de la question de savoir si l’humanité a une chance d’y survivre. (…) Les tambours de guerre résonnent particulièrement fort sur le continent européen. »

Il a ensuite adressé un message clair à la France et à l’Allemagne : « Je voudrais donner un conseil avisé aux Allemands et aux Français. Tirez les leçons de l’histoire et ne vous laissez pas entraîner par cette Grande-Bretagne hypocrite et perfide. Elle vous trompera de toute façon, puis vous trompera à nouveau, avant de se décharger de toute responsabilité. »

Dans un contexte marqué par l’intensification de la guerre en Ukraine, la montée des tensions entre blocs géopolitiques et l’accélération de la militarisation technologique, ce forum dépassait largement le cadre d’une simple conférence internationale. Il s’inscrivait dans une stratégie plus large du Kremlin, visant à démontrer qu’en dépit des sanctions occidentales et de son isolement relatif sur la scène euro-atlantique, la Russie conserve une forte capacité de rassemblement diplomatique. En effet, comment peut-on encore dire qu’elle est isolée quand tous les pays du Sud global se réunissent à Moscou pour discuter d’une nouvelle architecture de sécurité pour le monde ?
Au cœur des débats figuraient plusieurs thématiques majeures : lutte contre le terrorisme, cybersécurité, conflits hybrides, sécurité énergétique et gouvernance des nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle. La Russie a également mis en avant des sujets plus idéologiques, tels que la défense de la souveraineté nationale, la contestation du « néocolonialisme » occidental et la promotion d’un ordre mondial qualifié de multipolaire.

Pour Moscou, ce forum constitue un instrument de soft power stratégique. Il permet au pouvoir russe de consolider ses alliances avec des partenaires non occidentaux, en particulier au sein des BRICS, de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Les échanges bilatéraux organisés en marge de l’événement servaient aussi à renforcer des coopérations militaires, technologiques et sécuritaires.

La présence attendue de hauts responsables russes, dont Vladimir Poutine et Sergueï Choïgou, conférait au forum une dimension politique particulièrement forte. Le Kremlin entendait y diffuser un message clair : la sécurité mondiale ne peut plus être structurée autour des seuls intérêts occidentaux. Cette rhétorique s’inscrit dans la continuité du discours russe sur la fin de l’hégémonie unipolaire américaine.

Mais au-delà des déclarations officielles, le forum mit aussi en lumière les profondes fractures du système international. Alors que les puissances occidentales en restaient absentes ou très marginalement représentées, les discussions reflétaient l’émergence d’espaces diplomatiques parallèles, où de nouvelles coalitions cherchent à peser sur l’équilibre mondial.

Le Forum international de sécurité de Moscou apparaît ainsi comme un baromètre de la recomposition géopolitique actuelle. Entre démonstration d’influence, diplomatie de coalition et affrontement narratif avec l’Occident, l’événement illustre les lignes de fracture d’un monde en transition, où la sécurité devient plus que jamais un enjeu de puissance, d’influence et de souveraineté.

Toutefois, contrairement à l’année dernière où nous avions pu intervenir avec le colonel Jacques Hogard lors de la séance plénière, cette fois, la parole ne fut pas donnée à la France ! Ce qui est regrettable, car il est bon pour les pays du Sud global d’entendre un autre son de cloche que celui de l’OTAN et des médias de masse antirusses et pro-guerre, et de savoir que cela existe. On verra l’année prochaine…

J’ai toutefois pu donner de nombreuses interviews dans le cadre du forum, avec Sputnik ou encore dans l’émission de Xavier Moreau « Ici Moscou », sur Russia Today. Rappelons que ce dernier est l’objet de sanctions infligées par l’Union européenne. La bataille des narratifs continue.