C’est son biographe Marc Endeweld qui a vendu la mèche. Sous le nom de plume d’Eric Suleimann, Emmanuel Macron a publié, dans l’ouvrage collectif « 80 propositions qui ne coûtent pas 80 milliards », publié en 2012 chez Grasset sous la direction de Patrick Weill, un court texte (pp. 113-118) présentant « Deux réformes pour mieux réguler le secteur financier ».
Sans aller jusqu’à défendre un retour complet à un Glass-Steagall strict, celui qui est aujourd’hui le Président de la République française y plaide en faveur du principe d’une séparation des activités bancaires, une politique à laquelle la présidence Hollande, faute de courage, a assez rapidement renoncé.
Il s’agit en tout cas d’un texte qui permet de prendre date et d’éviter la logorrhée actuelle de jugements excessifs.
Jacques Cheminade, le seul candidat qui a fait du retour au Glass-Steagall Act original son thème de campagne, persiste à croire qu’un tsunami financier sans précédent nous attend.
C’est alors qu’on jugera sur les actes ce qui ne sont ici que des paroles.
Eric Suleimann
Depuis 2008, les gouvernements des pays développés n’ont pas réussi à réguler le système capitaliste financier. L’ensemble des acteurs demeure mû par un objectif premier, la recherche du profit maximal, les pratiques risquées se multiplient et les règles du jeu n’ont pas changé en profondeur. Plus grave, la crise de l’endettement privé, qui avait présidé à la crise de 2008, s’est depuis transformée en une crise de la dette publique ; et elle est en train de devenir une crise bancaire. Cercle infernal qui menace de manière inédite le système financier international, l’épargne mais aussi le financement de nos économies.
Depuis 2008, les gouvernements occidentaux n’ont pas réussi à domestiquer la finance. Nous avons eu droit à beaucoup de proclamations et d’annonces, pour bien peu de résultats. Le système financier mondial et européen fait toujours courir à nos économies autant de risques.
Des mesures urgentes s’imposent dans ce contexte : améliorer la liquidité et la solvabilité du système bancaire, désendetter les Etats et les grands acteurs privés… Mais au-delà de ces mesures urgentes, il importe désormais de mieux réguler le capitalisme et au premier chef les banques afin de protéger le financement de l’économie et l’épargne (…)
Il convient avant tout de mettre en place une séparation claire (de manière progressive) entre :
Cette mesure n’est pas un Glass Steagall Act au sens strict [1] Les banques qui ont une activité commerciale dans plusieurs pays doivent pouvoir les garder. Elles doivent pouvoir conserver leurs activités de financement les plus simples. Ce qu’il faut « séparer » et mettre à part, ce sont les activités d’investissement, de financements risqués, de marché. L’épargne des Français ne doit pas servir à alimenter, le plus souvent à leur insu, la spéculation sur les marchés ou des activités à risque qui permettent certes d’apporter du rendement aux banques et in fine à leurs actionnaires mais en prenant des risques considérables.
Le risque extrême pris par les banques d’investissement, et par voie de conséquence leur vulnérabilité ne doivent pas fragiliser les banques de détail et l’épargne des entreprises et des particuliers.
Cette mesure est primordiale pour préserver la confiance des déposants et de ce fait assurer la pérennité du financement de l’économie.
Il importe donc que ces deux métiers soient séparés pour le bien des épargnants, la solidité du système bancaire et le bon emploi des fonds publics.
Cette proposition est avancée par beaucoup de spécialistes de la finance : Paul Volcker aux Etats-Unis, John Vickers au Royaume-Uni pour ne citer qu’eux. En France, les banques y sont hostiles car elles souhaitent bénéficier d’une garantie publique indiscriminée. Mais la mission de l’Etat est de veiller à la stabilité financière et à la protection de l’épargne, pas à la promotion des intérêts des banques.
(…)
Fin de citation.
Pour clarifier les enjeux, rappelons en quoi consistent les cinq grandes options débattues au niveau international :
Pour résumer, sur une échelle de 0 à 10 (10 étant l’option Glass-Steagall), on pourrait positionner la réforme française (Moscovici/Berger) et la loi Dodd-Frank sur le chiffre 1, la règle Volcker sur 2, l’option Vickers sur 4, et la recommandation Liikanen sur 6. Cependant, disons-le haut et fort : on est loin du compte car c’est un 10 qu’il faut et tout de suite !
[1] Le Glass Steagall Act a été voté aux Etats-Unis après la crise de 1929 pour interdire aux banques commerciales de pratiquer les activités de marché et séparer les deux métiers.