France

Scandale du mal logement : non au droit du plus fort !

vendredi 13 février 2026, par Christine Bierre

L’INSEE admet une hausse de 6% de l’indice des prix à la consommation (IPC). Petit détail, l’IPC n’intègre pas la hausse des prix de l’immobilier alors que près de 5 millions de Français dépensent 50 % de leurs revenus mensuels pour se loger.
deridet.com, Gimini 3.0
Voilà une expression qui s’est rapidement répandue à travers la planète depuis que Donald Trump a déclaré, après l’agression américaine contre le Venezuela qui n’avait été validée par aucune institution juridique, qu’il n’avait « pas besoin du droit international » et que « la seule chose qui pouvait l’arrêter (...) était son propre esprit ».

Son chef de cabinet adjoint, Stephen Miller, abondait dans son sens, proclamant que « depuis l’antiquité, ce sont les plus forts qui finissent toujours pour l’emporter ».

Habituellement, lorsqu’on parle du droit du plus fort, on pense uniquement à l’emploi de la force
physique ou armée pour éliminer des adversaires. Mais l’économie peut aussi être utilisée pour détruire un
peuple, et c’est ce qui a lieu depuis un certain nombre d’années en France.

Tous les efforts menés par Charles de Gaulle, inspirés aussi par le Conseil national de la Résistance, pour créer un véritable ascenseur social en France, notamment grâce à des services publics de qualité (école, santé, logement social, énergie, transports) ont été dévoyés par une oligarchie financière qui, grâce à la force que lui confèrent ses milliards, a depuis récupéré presque tous ses privilèges.

Evolution qui a été dénoncée par Jacques Cheminade lors de ses trois campagnes présidentielles (1995, 2012, 207), au cours desquelles on a vu se déployer contre lui toute la violence des médias au service de cette oligarchie.

Osons regarder en face la situation de notre pays. On a pris conscience des graves problèmes que connaissent nos agriculteurs. Les écoles n’arrivent plus à recruter assez d’enseignants tellement les salaires sont bas et les conditions de travail inacceptables. Quant aux transports publics, une traversée de Paris en métro, d’ouest en est, permet de constater l’état vétuste des équipements.

Des femmes et des bébés meurent dans les rues de France

Voyons maintenant du côté de l’accès au logement. Un million de nos concitoyens sont sans abri, ou n’ont pas de logement personnel et sont hébergés chez un tiers, pas forcément de la famille. C’est ce que nous apprend le rapport pour 2026 de la Fondation pour le logement des défavorisés (FPL, ex Fondation Abbé-
Pierre).

Pourtant, que dit le droit sur cette question ? Si le préambule de la Constitution de 1946 a été très clair en
énonçant que « la Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur
développement »
, depuis, une décision du Conseil Constitutionnel en 1995 a confirmé ce droit, affirmant
que « la possibilité de disposer d’un logement décent est un objectif à valeur constitutionnelle ».

Dans son rapport de 2026, la FPL décrit une situation dramatique avec « d’importants reculs en matière
de production, d’accès au logement ou de soutien en direction des publics fragiles »
.

Le nombre de sans domicile atteint désormais 350 000 dans notre pays et le nombre de Français qui logent chez des tiers (hors famille) atteint 590 000. Près d’un million des personnes n’ont donc pas de logement personnel.
La Fondation y voit un renversement des valeurs que nous considérions jusqu’ici comme fondamentales :

« Notre époque est marquée par d’inquiétants soubresauts. Et aider les plus fragiles à sortir de leurs
difficultés n’est plus considéré par tous comme un devoir pour une Nation qui a pourtant gravé la
fraternité comme une valeur cardinale. »

Bien que la Fondation ne l’identifie pas en ces termes, ce renversement des valeurs est, bien sûr, le résultat de l’avancée des théories d’économie libérale, et plus récemment, de l’idéologie libertarienne, à la Donald Trump, un libéralisme à la puissance mille qui veut exclure toute forme d’intervention de l’État dans la politique, condition même pour instaurer la justice sociale. Au point de vouloir remplacer le président d’une nation par des chefs d’entreprise. (Voir article sur les techno-fascistes à la Maison Blanche)

Parmi ces retournements des valeurs, la FPL déplore que notre gouvernement, qui s’était engagé en 2022 sur un objectif de « zéro enfant à la rue », soit obligé d’annoncer que parmi les 912 morts dans la rue en 2024, il y avait 31 enfants. Sur cette question, elle dénonce

« une dimension inquiétante au cours de l’année écoulée : d’abord le fait que des enfants, parfois très jeunes, et leurs mères, sont obligés de vivre dans la rue. En août 2025, ils étaient 2159 à ne pas avoir obtenu une solution d’hébergement après un appel au 115, dont 503 de moins de trois ans et 171 bébés de moins d’un an. »

Les chiffres de cette évolution parlent d’eux-mêmes :

  • 912 morts de la rue en 2024, soit une augmentation de 16 % en un an, dont 31 enfants de moins de quatre ans.
  • 350 000 personnes sans domicile, en hausse depuis les dernières estimations, à 330 000 en 2023, 300 000 en 2020, 143 000 en 2012.
  • 590 000 personnes hébergées chez des tiers (hors parents) en 2020, contre 510 000 en 2013.
  • 2,8 millions de ménages en attente d’un logement social en 2025, un nouveau record, contre 2,1 millions en 2017.
  • 93 100 ménages reconnus prioritaires DALO (Droit au logement opposable) sont toujours en attente de relogement depuis 2008, dont 85 395 hors délais.
  • 24 556 expulsions locatives avec le concours de la force publique en 2024, un record historique, soit une hausse de 29 % en un an et de 223 % en 20 ans.
  • 35 % des ménages ont eu froid dans leur logement en 2025, contre 30 % en 2024.
  • 9,8 millions de personnes en situation de pauvreté monétaire parmi les personnes vivant en logement ordinaire en France hexagonale en 2023, soit 1,2 million de plus qu’en 2017.
  • 85 381 logements sociaux agréés en 2024 dans l’Hexagone (hors ANRU), soit une hausse de 8 % par rapport à 2023 (82 184 logements), et 95 000 sont prévus en 2025, bien loin des 124 000 agréments de 2016.
  • 274 000 logements mis en chantier entre novembre 2024 et octobre 2025, 37 % de moins qu’en 2017 (434 000).

Le programme présidentiel de Jacques Cheminade en 2017

Concluons ce bref tour d’horizon en revenant au programme « logement » présenté par Jacques Cheminade lors de sa campagne présidentielle de 2017. Selon l’édition 2025 des HLM en chiffres, 437 000 logements ont été mis en chantier en 2017, dont 105 000 logements sociaux. Si, selon cette même source, le nombre de logements sociaux produits s’est maintenu à 100 000 par an entre 2010 et 2018, ce chiffre n’a cessé de baisser depuis. Au point d’atteindre, en 2024, 283 000 mises en chantier totales, dont 81 000 logements sociaux.

Pour Jacques Cheminade, c’était totalement insuffisant déjà à l’époque. Il proposa d’honorer l’esprit du Préambule de la Constitution de 1946 avec la mise en chantier de 500 000 logements neufs par an et la réhabilitation de 500 000 logements (voir encadré). Sur les logements sociaux construits, il appelait à en accorder 5000 aux très pauvres et à doubler ce nombre de logements « très sociaux ». Il proposait aussi d’arrêter les « expulsions sèches », sans solution de relogement.

Rejoignez son combat en soutenant son parti Solidarité & Progrès !

Voici les mesures phares du Projet Logement de Jacques Cheminade pour la présidentielle de 2017 :

« Il faut d’urgence réhabiliter 500 000 logements et en construire 500 000 de plus par an. Sur le total de logements sociaux, 5000 seront réservés aux très pauvres. Ce chiffre de logements « très sociaux » doit être rapidement doublé.

La Caisse des dépôts a débloqué une enveloppe, à la disposition des organismes HLM, de trois milliards
d’euros. Bien qu’en augmentation, cette enveloppe est manifestement insuffisante et devrait être portée à
quatre milliards.

La baisse de la commission des banques pour la gestion du livret A de la Caisse des dépôts, qui est passée
de 0,4 à 0,3 %, devrait être ramenée à 0,2 % compte tenu de la déflation actuelle.

La situation des communes aisées ou riches qui ne tiennent pas leurs engagements légaux sur la part de
25 % de logements sociaux doit être examinée au cas par cas.

Pour les loyers supérieurs à un certain montant à fixer par ville et par région, je donnerai de l’oxygène
(cette fois par le bas) au marché du logement en remplaçant l’encadrement des loyers par un bail
homologué.

Plus de 14 000 expulsions ont été effectuées en 2015, le plus souvent sans recherche de solution de
relogement. Il faut arrêter ces expulsions « sèches ».

Les 20 000 logements sociaux vacants en France doivent être mis à disposition.

Un effort supplémentaire doit être effectué en faveur du logement des étudiants et des apprentis. »