La conférence de presse de Trump du 17 juin, en marge du sommet du G7, a été très révélatrice. Il a admis que les États-Unis étaient sur le point de « manquer de réserves de pétrole à environ quatre semaines », après quoi ce serait le « chaos ». Il a déclaré que si la guerre avait continué, le détroit aurait pu « ne jamais être rouvert », notant que « La seule chose que je ne voulais pas avoir, c’est une catastrophe économique. Si on avait continué comme ça, ça aurait pu arriver ».
Nombreux sont ceux qui estiment que l’Iran a beaucoup à gagner à ce « deal ». En plus de la levée du blocus américain, des responsables américains ont confirmé lors d’un point presse téléphonique le 17 juin que l’allègement des sanctions iraniennes aurait lieu immédiatement et ne dépendrait pas de comportements futurs, comme cela avait été précédemment indiqué. De plus, le protocole d’accord approuve explicitement l’ouverture de négociations entre l’Iran et Oman afin de définir « l’administration future et les services maritimes » du détroit d’Ormuz, et propose un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Iran. Trump a également reculé sur ses demandes concernant l’arsenal de missiles balistiques iranien et le programme nucléaire civil.
Sans surprise, ces développements ont provoqué la consternation en Israël, et l’administration Trump s’est vue accusée par les Israéliens les plus ultras de capituler face à l’Iran. Cependant, le moins qu’on puisse dire est que la réponse publique de l’administration Trump détonne. Lors d’un point presse à la Maison-Blanche le 18 juin, le vice-président Vance a prononcé ce qui restera sans doute comme la plus sévère réprimande d’un dirigeant américain envers le gouvernement d’Israël depuis longtemps : « Si j’étais à leur place, je n’attaquerais pas le seul allié puissant qu’il me reste dans le monde entier (…). Donald J. Trump est le dernier chef d’État dans le monde à être sympathique à la nation d’Israël en ce moment. » La force de cette réponse reflète clairement le refus déclaré d’Israël de se retirer du Liban, menaçant ainsi de faire échouer complètement l’accord.
Vers une nouvelle architecture de sécurité et de développement
Ne nous y trompons pas : nous traversons actuellement une phase de transformation en profondeur du système international. Car l’échec retentissant d’Israël et du président Trump reflète en réalité la défaite d’une géopolitique sous-tendant une vision dégradante des nations et de l’être humain – et cette défaite est là en gestation depuis de nombreuses années, bien avant l’arrivée de Trump au pouvoir. Mais l’échec de cette politique ne peut en aucun cas constituer une fin en soi – elle ne fait qu’ouvrir une porte, et il s’agit désormais de saisir l’occasion pour faire adopter une politique fondamentalement nouvelle capable de transformer cette paix fragile en une nouvelle architecture de sécurité et de développement pour l’ensemble de l’Asie du Sud-Ouest.
Dans ce contexte, les récentes déclarations du président du Parlement iranien et représentant spécial pour les affaires chinoises, Mohamed Ghalibaf, donnent une certaine idée de la direction que prend l’Iran. S’exprimant à la Chambre de commerce iranienne le 17 juin, Ghalibaf a proposé que l’Iran œuvre avec la Chine pour développer de nouvelles formes de coopération, proposant même de former de nouveaux groupes régionaux avec ses voisins. « Notre priorité principale avec la Chine est le secteur économique », a-t-il déclaré, ajoutant : « Nous sommes véritablement un partenaire à tous points de vue avec la Chine. »
Cette nouvelle politique trouve son expression la plus complète dans le « Plan Oasis étendu » de l’Institut Schiller mis de l’avant par Helga Zepp-LaRouche. Plutôt que de compter sur ses réserves de gaz et de pétrole comme principal moteur économique, la région du Proche et Moyen-Orient devrait s’appuyer sur sa position centrale de carrefour entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique – et sur toute l’infrastructure et l’activité économique transcontinentales que cela implique. La Chine est un acteur clé, dont l’implication peut permettre un développement économique rapide ainsi qu’une expérience concrète dans le verdissement des déserts arides – une perspective fondamentale en Asie du Sud-Ouest.
De ce point de vue, l’alternative à la guerre et à la géopolitique « ami-ennemi » est à portée de main. A condition que des solutions viables et concrètes soient proposées rapidement. Le 18 juin, l’Ukraine a lancé une attaque massive de drones sur la ville de Moscou, endommageant plusieurs raffineries de pétrole et projetant de la fumée noire dans le ciel. Cette mesure a constitué une escalade majeure, et souligne pourquoi une sortie de cette géopolitique folle est plus urgente que jamais.



