Par ailleurs, dans le cas où Israël serait lâché par les États-Unis, rien ne dit que Netanyahou, les partisans de la guerre, ainsi que l’ensemble du complexe militaro-financier-industriel, voudront en rester là.
Lors de la réunion hebdomadaire de la Coalition internationale pour la paix, le 20 mars, Helga Zepp-LaRouche, fondatrice de l’Institut Schiller, a insisté sur le fait que les dirigeants du monde, en particulier en Occident, doivent absolument reconnaître que la voie vers la survie dépend de la création d’une nouvelle architecture de sécurité et de développement économique pour toute la planète.
Scénarios d’escalade
En effet, de nombreux scénarios visant à prolonger et intensifier la guerre sont sur la table. L’un d’entre eux impliquerait une invasion terrestre de l’Iran ou une prise de contrôle de l’île de Kharg, dans le détroit d’Ormuz. Le Premier ministre israélien Bibi Netanyahou a déclaré que le changement de régime en Iran ne pouvait pas se faire par les airs, mais que cela nécessite des troupes au sol. Cependant, ainsi que l’avait prédit la communauté du renseignement américaine, l’assassinat de dirigeants iraniens n’a fait qu’unifier la population derrière le régime, malgré les griefs antérieurs. Une invasion terrestre ne ferait que renforcer encore davantage la détermination iranienne à ne pas capituler face à un attaquant étranger.
L’autre scénario possible, surtout si Israël est de plus en plus durement touché et/ou si le nombre de victimes commence à augmenter dans les rangs américains, est l’utilisation d’une bombe nucléaire par Israël ou d’une « arme nucléaire tactique » par États-Unis.
Il est également possible que si le détroit d’Ormuz reste fermé et que de plus en plus de champs pétrolifères ou d’installations de GNL sont endommagés et détruits au cours du conflit, il y ait de graves perturbations économiques à travers le monde, notamment chez les alliés américains comme le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, sans parler de l’Europe occidentale, qui connaît déjà des pénuries de carburant. Peut-être cet inévitable chaos économique poussera-t-il alors les pays occidentaux à abandonner leur folle politique de guerre. C’est d’ailleurs la tendance qui commence à apparaître, plusieurs dirigeants ayant refusé de participer à des opérations de déblocage du détroit d’Ormuz, comme le voudrait Trump.
Les Américains vent debout contre la guerre
Aux États-Unis, l’opposition à la guerre grandit. Bientôt, le Congrès va devoir voter la continuation de la guerre, comme le stipule la Constitution au bout d’un mois de conflit, et les élus pourraient refuser la demande de financement attendue de 200 milliards de dollars. On dit que certains membres du Congrès souhaitent empêcher la possibilité d’une invasion terrestre, tandis que plus de 5000 Marines américains sont déjà en route vers la région.
Le 18 mars, la candidate indépendante à la présidence Diane Sare a tenu une conférence de presse avec plusieurs lanceurs d’alerte issus des milieux du renseignement, dont le lieutenant-colonel (retraité) Anthony Aguilar et l’ancienne agente spéciale du FBI Colleen Rowley, pour appeler tous les patriotes à se manifester pour dénoncer la folie qui règne au Pentagone et dans les couloirs du pouvoir à Washington.
La veille, l’ancien directeur de l’antiterrorisme Joseph Kent avait lui-même fait une intervention dans ce sens. Il a présenté sa démission mardi à Donald Trump, dont il était un fervent partisan depuis les débuts du trumpisme, déclarant qu’il ne pouvait plus, en toute conscience, soutenir cette guerre contre l’Iran, alors que ce pays ne constituait pas une menace imminente pour les États-Unis, comme le rapporte le journal Le Monde. Prenant la parole à la conférence Catholics for Catholics à Washington, D.C., Kent a déclaré qu’au cours de l’une de ses premières missions en Irak, il s’était promis que s’il était un jour amené à faire de la politique, il n’enverrait aucuns jeunes Américains à la mort dans une guerre fondée sur des mensonges, ajoutant que sa décision de se manifester avait en réalité été « facile » et « libératrice ».
Moment pré-révolutionnaire
L’édifice tremble de toutes parts. A l’approche des élections américaines de « mid-term », en novembre prochain, des rumeurs de grand bouleversement politique circulent, les candidats financés par l’AIPAC, le puissant lobby pro-israélien, voient leur cote de popularité fondre à vue d’œil, et la perspective d’une grande purge pourrait freiner les ardeurs belliqueuses.
En Israël, le criminel de guerre Netanyahou a donné sa première conférence de presse en anglais depuis le début de la guerre d’Iran, répétant une fois de plus son expression favorite : « L’histoire ne favorisera pas Jésus-Christ au détriment de Gengis Khan. » Malheureusement pour lui, les Érinyes des Grues d’Ibycus, du poète Friedrich Schiller, ont été libérées et planent autour du globe.
Nous sommes dans un moment pré-révolutionnaire, ainsi que le montre l’intervention de Joe Kent. Il y a deux siècles, le poète Percy Bysshe Shelley écrivait que dans ce type de moment, on assiste à « une accumulation du pouvoir de communiquer et de recevoir des conceptions intenses et passionnées concernant l’homme et la nature ». Exprimant la même idée avec ses propres mots, Martin Luther King disait que « l’arc de l’univers moral est long, mais il penche vers la justice ». Quelques paroles de vérité, prononcées à un moment prégnant de l’histoire, peuvent faire trembler puis s’effondrer ce qui apparaissait auparavant comme un édifice de mensonges indestructible.



