En Italie (Milan) et en Allemagne, de grandes banques d’affaires telles que Deutsche Bank, UBS, J.P. Morgan ou Depfa se font lourdement condamner (amendes d’un million d’euros, peines de prisons, etc.) pour avoir trompé et escroqué [1] des entreprises et des collectivités locales, via des emprunts toxiques [2] et des swaps. [3]
Bizarrement, en France, où des centaines de communes, villes, départements, hôpitaux et sociétés d’HLM sont prises à la gorge et risquent à terme, à l’instar des villes de Detroit, Chicago, New York ou Naples, faillite et fermeture, il n’en est rien !
Face à des délits et crimes manifestes et constatés, alors que plusieurs dirigeants de Dexia (une banque « en cours de démantèlement ») auraient mérité la prison, on continue à payer à son fondateur Pierre Richard d’énormes rentes et autres retraites-chapeaux. [4]
Pire encore : devant la contestation légitime des victimes, certains tribunaux, la Cour des comptes et, comble d’infamie, le gouvernement Jean-Marc Ayrault lui-même, viennent de s’aligner sur le monde de la finance contre les collectivités locales. Ils entendent, par une « disposition législative » à valeur rétroactive, « sécuriser » à l’automne les contrats litigieux. [5] En un mot : couper court à toute contestation !
S&P lance ici une campagne visant à bloquer cette manœuvre scandaleuse par une série de mesures offensives. Car derrière les « emprunts toxiques » se trouvent des « banques toxiques », nos grandes banques « universelles » qui réunissent sous un même toit des activités de banque classique (dépôts, crédits) avec des opérations spéculatives à haut risque (dérivés, trading, etc.).
Pour mieux en mesurer l’impact, il faut rappeler qu’après la débâcle de Dexia, l’Etat français avait mis sur pied la Société de financement local (SFIL) appartenant pour 75 % à l’Etat, 20 % à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et 5 % à la Banque postale. La SFIL, sans grand bruit, a repris de Dexia pour 8,4 milliards d’euros d’emprunts toxiques. Qui plus est, elle doit, pour trouver des financements, aller elle-même sur les marchés et émettre des obligations. Par conséquent, si les collectivités locales contestent les termes des contrats de leurs emprunts toxiques, c’est tout l’édifice qui s’écroule : la SFIL fera faillite, et avec elle, la CDC et la Banque postale. Enfermé dans cette logique, en se soumettant aux banques privées, l’Etat, piégé, doit s’ériger en bourreau. C’est pourquoi la SFIL, tout comme Dexia, fait appel du jugement du TGI de Nanterre !
Trois arguments majeurs s’opposent à une telle loi d’application rétroactive.
Premièrement, d’après le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), pour qu’une loi puisse rétroagir, il faut qu’elle vise l’intérêt général. Or sauver une banque ne vise pas l’intérêt général. Ensuite, comme l’exige la Constitution, seule une question d’ordre général justifie qu’on légifère. Enfin, faire voter une telle loi serait une interférence majeure de l’exécutif et du législatif dans le pouvoir judiciaire, alors que la Constitution garantit la séparation des pouvoirs.
Vous l’avez compris, les emprunts ne sont pas un simple problème économique mais un problème politique. En février 2013, Stéphane Troussel, président PS du département de Seine-Saint-Denis, l’avait dit : « Maintenant, l’Etat doit choisir son camp : celui des banques ou celui des collectivités locales. » Aujourd’hui, hélas, ce choix n’est que trop clair !
[1] Jugement du tribunal de Milan du 19 décembre 2012 et arrêt du 22 mars 2011 du Bundesgerichthof de Karlsruhe.
[2] Emprunt toxique : les prêts sont dits toxiques en raison de taux de remboursement très bas les premières années (parfois 0 %), mais évoluant ensuite suivant des index extrêmement variables (tels que le cours du yen, du franc suisse, du dollar ou des subprimes) capables de faire exploser les taux.
[3] Swaps : un contrat de swap consiste à échanger un taux d’intérêt contre un autre pour une durée convenue à l’avance : un taux fixe contre un taux variable, un taux variable contre un taux fixe, ou encore un index de référence contre un autre index de référence.
[4] S’il est logique que Pierre Richard, en tant que président de la société d’assurances Le Monde Investisseurs, structure de financement du journal Le Monde, occupe le poste d’administrateur du quotidien, on peut s’étonner du fait que « l’inventeur du système Dexia », a gardé son poste de vice-président de l’Association française des banques (AFB) et reste membre du Comité exécutif de la Fédération bancaire française (FBF), réputée très hostile à toute réforme bancaire !
[5] Communiqué de presse commun (668/154 – 18 juin 2013) des ministres des Finances (Moscovici), de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique (Lebranchu et Escoffier).
[6] Suite au scandale provoqué par des prêts immobiliers vendus par BNP Paribas (Helvet Immo), la réforme bancaire Moscovici, afin de protéger les particuliers, vient d’interdire la souscription de prêts immobiliers en devise étrangère à l’Union européenne remboursables en monnaie nationale. N’est-il pas étonnant que la loi reconnaît la nocivité de ce type d’indexations pour les particuliers, alors qu’elle ne fait rien pour en protéger les collectivités locales ?
Jacques Cheminade en tournée pour dédicacer son livre

Principes pour inspirer une France qui parle au monde

Election présidentielle : de quoi parle-t-on ?

Nos députés doivent refuser de valider les emprunts toxiques !
Emprunts toxiques : Nos députés doivent rejeter l’Article 60 !