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Gunter Pauli est un entrepreneur belge, né en 1956 à Anvers. Titulaire d’un MBA de l’Insead de Fontainebleau et conférencier passionné, il parle plusieurs langues et a voyagé sur tous les continents.
De sensibilité écologiste, il lance dans les années 1990 « Ecover », une entreprise productrice de lessives biologiques. Pauli y croit : toute son usine est biodégradable. Il paie même à ses employés le km parcouru à vélo pour se rendre à l’usine.
Vient alors le choc de sa vie : en se rendant en Indonésie d’où provient l’huile de palme dont il se sert pour produire ses lessives bio, il se découvre coresponsable de la déforestation du Bornéo, c’est-à-dire le biotope naturel des derniers grands primates. Car biodégradabilité et recyclabilité ne riment pas toujours avec « développement durable ».
Pauli vend alors sa boite et approfondit sa réflexion. Il rencontre alors le Pr Heitor Gurgulina de Suza, à l’époque recteur de l’Université des Nations unies qui lui demande, 3 ans avant le protocole de Kyoto, d’imaginer un modèle économique qui ne produira ni émissions ni déchets mais permettra la création d’emplois, de cohésion sociale sans coûter plus cher.
Comme réponse à ce défi, Pauli développe le concept d’« économie bleue », une simple référence à la couleur de notre planète vue à distance.
Point de départ de sa démarche ? Le bio-mimétisme. Tout part d’un respect et d’une admiration de la sagesse intrinsèque des écosystèmes dont les industriels feraient bien de s’inspirer. Dans la nature, observe Pauli, deux questions qui nous préoccupent n’existent tout simplement pas : les déchets et le chômage. « A-t-on jamais croisé des arbres, des poissons ou des champignons sans emplois ? » s’interroge-t-il.
Car, la feuille morte qui tombe de l’arbre n’est pas proprement un « déchet » puisqu’elle servira d’office de terreau à d’autres cultures. Contrairement à nos productions industrielles qui s’effectuent souvent en se coupant de ce qui les entoure dans la nature, tout est constamment en lien avec tout, et ceci pour le meilleur et le pire.
Pour résumer sa pensée, Pauli différencie trois types d’économie :
L’Économie Rouge, c’est ce que nous connaissons actuellement, a entraîné la faillite mondiale actuelle. C’est une économie qui emprunte à tous et à tout, à la nature, à l’humanité, sans penser à rembourser un jour. Les fameuses économies d’échelles visant une baisse du coût unitaire de chaque article manufacturé en ignorant totalement les conséquences induites (…)
L’Économie Verte, en comparaison, exige des entreprises de nouveaux investissements, attend des consommateurs qu’ils paient plus cher pour des résultats et des produits équivalents ou moindres, mais soucieux de l’environnement. Or, ce qui était déjà une gageure en période de richesse, est devenu en temps de crise quasiment impossible (…)
L’Économie Bleue. Si nous changeons de perspective, nous constaterons que l’Économie Bleue s’attache à des questions de régénération qui vont au-delà de la préservation ou de la conservation. L’Économie Bleue ne recycle pas, elle régénère. D’une certaine façon, l’Économie bleue consiste à s’assurer qu’un écosystème maintient ses règles évolutives afin que tous puissent bénéficier des flux infinis de la Nature en matière de créativité, adaptabilité et abondance.
Pour Pauli, l’objectif n’est pas de faire « moins » de déchets, mais en s’inspirant de la nature, d’arriver à « zéro déchets » ! Non pas par des privations et de l’austérité suicidaire, mais par l’ingéniosité et des sauts technologiques. Après tout, abolir les déchets... la nature le fait déjà. Si nos industries ressemblaient à la nature, chaque déchet serait l’aliment d’une autre industrie. Plus qu’une « économie circulaire », il s’agit d’une économie « en cascade ».
Et cela s’avère possible lorsque l’homme, en mobilisant sa créativité invente des nouvelles technologies et des nouveaux procédés permettant de métamorphoser les « déchets » de hier en « ressources » de demain. Et pas besoin de taxes, de subventions, ou même d’investissement, seulement de beauté et d’ingéniosité.
Pour Pauli, le système actuel qui prospère grâce à la pollution, ressemble à celui qui vivait grâce à l’esclavage. Or, comme toute révolution, l’abolition de l’esclavage a dû franchir trois étapes dans l’esprit humain : d’abord on l’a considérée comme ridicule, puis comme dangereuse, puis comme évidente. D’où Gandhi :
D’abord ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous, puis ils vous combattent, puis vous gagnez.
Bien qu’il soit membre du très malthusien Club de Rome, Gunter Pauli, auteur de « Croissance sans limites », ne croit pas que l’homme est une métastase cancéreuse de l’univers, tout au contraire. Il adore la science et pense que rien qu’avec les déchets et la connaissance, il y a de quoi nourrir des milliards d’individus sur terre.
L’abolition de la pollution est l’objectif de son Institut de recherche, le Zero Emission Research and Initiatives (ZERI). Entrepreneur dans l’âme, il plaisante en disant qu’il ne s’agit pas seulement d’un think-tank (une boîte à idées) mais d’un do-tank (une boîte capable d’agir). De nombreux inventeurs et scientifiques, bloqués par le conformisme des États et une finance hostile au progrès, apportent conseils et suggestions.
Voici quelques exemples de l’économie bleue existants ou en cours de réalisation, ou qui n’ont pas réussis :
On le voit, pour Gunter Pauli, l’économie bleue sera une occasion fantastique pour notre réindustrialisation et un gisement énorme d’emplois non-délocalisables. « 10 ans, 100 innovations, 100 millions d’emplois », est d’ailleurs le sous-titre de son ouvrage « L’Économie bleue », paru aux éditions Caillade en octobre 2011.
Ses idées sont tellement simples qu’il en a fait un livre de fables pour les enfants. En 2013, la Chine a autorisé la diffusion de ses fables dans ses écoles maternelles et l’édition francophone, imprimé aux Pays-Bas sur « papier-pierre » est désormais disponible. (Les Fables de Gunter, pour ne jamais cesser de rêver, Bluekids 2014).
Deux questions restent cependant à éclaircir. D’abord, à l’intérieur du système financier néolibéral et suicidaire actuel, l’économie bleue, en tant que mouvement entrepreneurial écologique, sauf à se contenter d’être « une niche » de survie, ne pourra jamais réellement réaliser ses objectifs. Pour cela il faut, comme l’exigent Lyndon LaRouche et Jacques Cheminade, rétablir le temps long, celui de la créativité humaine et son interaction avec la nature.
Ensuite, ni Pauli, ni des jeunes chercheurs tel que le scientifique français de talent Idriss Aberkane qui s’en inspire, ne comprennent réellement le rôle fondamental de l’homme, une créature qu’ils continuent à considérer comme en contradiction avec une nature qu’ils ont tendance à déifier et dont ils demandent que l’on « imite » l’intelligence ». Ils oublient que [lorsque l’homme « imite », non pas la nature mais les principes physiques qui le régissent, il ne fait qu’agir en accord avec sa propre nature, celui d’être la conscience pensante et donc le pilote responsable de l’univers. Nous leur disons :
L’anthropocène a commencé depuis plusieurs décennies et aucune issue ne nous ramènera vers le passé.
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