Le 23 juin, 82 ans après son exécution par la Gestapo, Marc Bloch est entré au Panthéon, où il va demeurer aux côtés de Missak et Mélinée Manouchian et de Jean Moulin. Une citation de ce grand résistant me vient à l’esprit, tant elle me paraît un repère nécessaire à notre engagement : « Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelque prétexte qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme. »
La pire lèpre de l’âme
Nos élites se complaisent aujourd’hui si bien dans le mensonge qu’elles nous mènent vers une nouvelle « étrange défaite », plus grave encore que celle de la IIIe République, car une guerre nucléaire risquerait cette fois l’anéantissement de notre civilisation et l’effondrement du système financier, détruisant les chaînes de production et notre vie sociale. C’est le résultat de plus de cinquante ans de pouvoir exercé avec la seule ambition de le conserver, au détriment des peuples et des générations futures. Le régime techno-militaro-financier qui a pris les Etats-Unis en otage et gouverne par la peur, n’est que l’expression d’une volonté de considérer les êtres humains comme des fonctions et des pions. Les ravages qu’ils causent déjà et ceux dont ils nous menacent sont d’autant plus impardonnables que le monde dispose de moyens sans précédent pour mieux vivre en développant les capacités créatrices de chacune et chacun.
Mensonge ? D’abord accuser les Français des maux provoqués par l’oligarchie, en s’efforçant de faire payer au peuple pour les erreurs et les crimes qu’elle a elle-même commis ou parrainés. Un exemple international d’abord : le gouvernement de notre pays prétend défendre l’Europe contre une agression russe. Il arme l’Ukraine et envoie à la mort les conscrits et le peuple ukrainien... tout en continuant à échanger de l’uranium de retraitement avec la Russie. Dans notre incapacité à empêcher les guerres menées par les Etats-Unis, avec ou sans Israël, nous prétendons, nous, être capables « d’affronter Moscou » tout en dépendant du gaz, du pétrole et de l’uranium russes ! C’est ainsi que l’Union européenne devient progressivement un cobelligérant en Europe, sans les moyens de l’être et dépendant de fait du parapluie américain, alors qu’une politique de détente, d’entente et de coopération avec tous les pays européens, de Lisbonne à Vladivostok, serait la vraie garantie empêchant les missiles de pleuvoir. Changer le contexte des choses est donc la priorité absolue, pour assurer la paix par la sécurité et le développement mutuels, ce que les dirigeants russes n’ont cessé de réclamer depuis la chute du Mur et que nous, à Solidarité & Progrès, n’avons cessé de proposer, d’abord sous forme d’un « triangle de développement mutuel Paris-Berlin-Vienne », accueillant la Russie, dans les années 1990, puis en l’étendant de l’Atlantique à la mer de Chine, et enfin d’un « Pont terrestre de paix à l’échelle mondiale ». Idéalisme ? Non, car l’alternative est la guerre permanente, conduisant à l’anéantissement mutuel.
Les politiques que nous pratiquons depuis les années 1970 reflètent à l’intérieur de notre pays notre soumission financière à l’international. Nous avons laissé en friche l’ingénierie de notre atout nucléaire, toléré un pouvoir d’achat en baisse et un chômage en hausse, accepté l’incapacité de répondre aux défaillances de la justice (Rosa et Lyhanna en étant les conséquences tragiques) et l’effondrement de nos services d’urgence dans les hôpitaux. La présidentielle est devenue « une affaire de cash », « une primaire du carnet de chèques », comme le disent cyniquement Le Point et Le Parisien.
La réalité est une économie de guerre. Le Monde du 7-8 juin ne s’en cache pas : « La défense, jadis montrée du doigt au nom de principes moraux, fait figure de nouvel eldorado. » A une soumission à l’oligarchie correspond ainsi une culture de la mort.
Le point de rupture approche sur les marchés mondiaux. C’est ici et maintenant que l’occasion est à saisir, en mobilisant les extraordinaires éléments de savoir humain dont nous disposons. Si nous n’agissons pas aujourd’hui, nous ne pourrons peut-être plus le faire demain, faute d’équipage. Agir ? Cela s’appelle souverainisme, non comme identité mais comme puissance.




