A cela s’ajoute que la France fait « rouler » sa dette (3 558 milliards d’euros) : pour payer la « charge » (l’intérêt) de sa dette (74 milliards d’euros en 2026), elle emprunte sur les marchés (c’est-à-dire auprès des banques qui fixent le taux).
Or, au plus haut depuis plus d’une décennie, le « spread » (l’écart entre les taux de différents pays) s’emballe. Quand l’Allemagne emprunte à 3,2 %, Bercy doit s’acquitter de 4,1 %.
Ce qui aggrave le tout, c’est qu’on rembourse non pas le principal, mais d’abord les intérêts. Si l’on cumule les intérêts versés par l’État français au titre du service de la dette publique durant la période 1974-2023, on obtient 1640,6 milliards d’euros en 2023, soit 52,9 % de l’endettement total !
Pour l’école néolibérale (sous l’emprise de l’école monétariste des « Chicago Boys » de Milton Friedman, conseiller de Pinochet et de Margaret Thatcher), il n’existe que deux manières de financer l’économie :
Pour cette école, s’endetter est donc carrément immoral, car il s’agit de jouir aujourd’hui tout en léguant la facture aux générations de demain.
Si l’on reste soumis à cette matrice idéologique et à sa logique folle, tout candidat à la présidentielle se retrouve postulant pour le rôle de « bourreau-en-chef », devant décider où couper et quel budget supprimer : salaires, retraites, santé, éducation, recherche, services publics, culture, écologie, etc., ou quelle partie de la population taxer ou dépouiller de ses moyens d’existence : riches, classes moyennes, pauvres, retraités, handicapés, etc.
Depuis 1976, l’économiste américain Lyndon LaRouche et son ami français Jacques Cheminade font valoir ce que l’on sait depuis l’Antiquité, en particulier depuis la Mésopotamie et Solon d’Athènes : à un moment donné, dans l’intérêt de tous, on doit pouvoir remettre les compteurs de la dette à zéro afin de préserver la substance économique de son pays et le faire repartir, une pratique ancestrale baptisée « jubilé de dettes ». Car trier les dettes prévaut toujours sur le triage des humains.
Comme vient de le rappeler Paul Vigna, rédacteur de la revue American Banker, dans une colonne du New York Times parue le 18 août,
En France, il faut le reconnaître, Jean-Luc Mélenchon (avec qui nous ne manquons pas de divergences, notamment sur les questions énergétiques) vient de briser le tabou.
Chez S&P, nous nous réjouissons que ce sujet majeur (celui de la dette et de la souveraineté monétaire), que Jacques Cheminade n’a cessé de mettre sur la table, notamment lors de ses campagnes présidentielles (1995, 2012 et 2017), puisse enfin devenir le débat central de l’élection présidentielle de 2027 !
En effet, le week-end dernier, s’exprimant devant l’Université d’été de LFI à Valence, Mélenchon, désormais conseillé par Les Phrygiens, une association de quelque 80 haut-fonctionnaires disséminés un peu partout dans l’appareil d’État, n’y est pas allé par quatre chemins.
Le candidat a de nouveau proposé que la Banque centrale européenne (BCE) « mette au congélateur les dettes des États, en commençant par celles de la période Covid ».
Récapitulons. Sommairement, la dette française peut se diviser en deux parties : l’une gérée par la Banque centrale européenne (BCE), et l’autre par la Banque de France (BdF).
Pour la partie détenue par la BCE, c’est compliqué car son sort ne repose pas sur une décision unilatérale de Paris. Il faudrait l’accord des vingt autres nations utilisant l’euro, ce qui est loin d’être gagné. Ensuite, si la BCE annulait la dette française, pourquoi ne ferait-elle pas de même pas pour les autres ? Il est difficile de concevoir que la BCE fasse une telle faveur à la France seule, surtout lorsqu’on sait que 14 pays sur 21 ont moins de 3 % de déficit, dont quatre sont en excédent budgétaire.
Cependant, partant du constat que 18 % de la dette française (600 à 635 milliards d’euros) est détenue par la Banque de France, Mélenchon affirmait déjà fin juin qu’« il suffit d’y aller, de les prendre et de les foutre au feu » et que « personne ne s’apercevra jamais que ça a disparu ».
Invité à l’université d’été de LFI, Matthieu Pigasse, ancien banquier de la banque Lazard et spécialiste du domaine, s’est affiché comme la caution du programme économique de Jean-Luc Mélenchon, en particulier sur la dette :
Pigasse a parfaitement raison lorsqu’il souligne qu’il « ?n’y a pas de contrainte économique, que des choix politiques ? » et que le « mur de la dette » et la « bombe des retraites » sont des « mythes à déconstruire ». Nous sommes dans un « ?moment prérévolutionnaire ? », a martelé le millionnaire qui revient de Caracas où il a signé un juteux contrat pour restructurer la dette vénézuélienne après le coup de force de Donald Trump.
« Techniquement, cela doit être possible », avoue Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Cependant, si l’État français verse des intérêts sur les titres de sa dette détenus par la Banque de France, cette somme lui est reversée sous forme de bénéfices et de dividendes par la BdF dont elle est l’unique actionnaire… C’est donc un jeu à somme nulle.
Panique chez les monétaristes. Pour le ministre de l’Économie macronien Roland Lescure, rien que l’idée fait frémir. L’annulation de la dette détenue par la banque de France nous conduirait « à la crise financière (…) C’est se moquer du monde, c’est prendre les Français pour des lanternes, c’est mettre en danger la signature de la France ».
Au contraire, Nicolas Doze, l’éditorialiste économie de LCI, y voit le premier pas vers cette création monétaire souveraine que nous défendons chez S&P en proposant de nationaliser la Banque de France, chose interdite à tout pays faisant partie du système euro de banques centrales « indépendantes ». « La Banque centrale ne peut pas devenir un trésor bis et fabriquer de la monnaie », explique l’éditorialiste. Car reprendre le contrôle de l’émission monétaire, ouh là là ! ce sera l’hyperinflation à la Weimar. Quid des créanciers ? « Ils vont s’imaginer que ça va être leur tour un jour ou l’autre », s’inquiète l’intéressé avant d’ironiser : « Si c’est si génial que ça, pourquoi ne le fait-on pas déjà ? À ce moment-là, la Banque de France fabrique toute la monnaie. Tout le pognon. Et puis l’État dépense tout. »
En vérité, tout cela n’est qu’idéologie et soumission volontaire à une oligarchie de plus en plus prédatrice.
La création d’une banque nationale au service de la nation est une revendication républicaine très ancienne :
En 2017, elle fut reformulée par Jacques Cheminade, dans son Projet :
C’est pourquoi, si Jean-Luc Mélenchon et Matthieu Pigasse veulent faire annuler, à juste titre, une partie de la dette, ils devront s’attaquer au « mur de l’argent », aujourd’hui désigné comme le « mur européen », celui de l’UE et du système euro, pour qui il est anathème de vouloir mettre l’argent au service du bien commun.
Ce n’est donc pas seulement la dette qu’il faut annuler, mais le statut de vassal des marchés financiers, imposé à la Banque de France par l’article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) qui lui interdit, de même qu’à la Banque centrale européenne (BCE), de financer directement les États.
Dans cet esprit, la « nationalisation » de la Banque de France doit devenir le premier pas d’une nouvelle architecture financière internationale, incluant les BRICS, où la coopération en vue d’un avenir partagé prévaut sur la spéculation, la concurrence inéquitable et l’obsession comptable.
C’est la paix mondiale qui en dépend.
Jacques Cheminade en tournée pour dédicacer son livre

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