Ce que cache l’offensive lefébvriste contre le pape Léon XIV
Contre la volonté du Pape, cette frange procédera le 1er juillet 2026 à Écône, en Suisse, à une cérémonie de consécration de nouveaux évêques, lors d’un événement grandiose de quatre jours, soigneusement organisé et retransmis en direct sur internet. Un coffret de vin souvenir sera offert aux participants. Selon le communiqué officiel, « cet événement historique rassemblera près de 15 000 fidèles, ainsi que quelque 1300 prêtres, moines et religieuses du monde entier ».
Rappelons que c’est en 1970 que l’archevêque Marcel Lefebvre (1905-1991), refusant la majorité des réformes adoptées par le concile Vatican II (1962-1965), mit sur pied sa propre organisation, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Succédant au pape Léon XIII, auteur de l’encyclique Rerum Novarum, texte fondateur de la Doctrine sociale de l’Église, Pie X tenta de faire marche arrière et d’annuler cette doctrine.
Le point de rupture entre le Vatican et Lefebvre survient le 30 juin 1988, lorsque ce dernier, agissant contre les ordres directs et explicites du pape Jean-Paul II, consacre quatre prêtres évêques au séminaire de la FSSPX à Écône, en Suisse. Le pape Jean-Paul II avait tout fait pour éviter un schisme, avertissant l’archevêque des graves conséquences canoniques. Suite à ces consécrations non autorisées, le Vatican déclara officiellement Lefebvre et les évêques nouvellement consacrés excommuniés d’office (latae sententiae).
La messe en latin
Au cours du concile Vatican II apparut la nécessité de réviser la liturgie des cérémonies catholiques, en particulier de la messe. Il s’agissait d’accorder une plus grande place à la participation des fidèles, tout en permettant la célébration dans chaque langue nationale.
Avant Vatican II, on célébrait la messe selon le rite dit « tridentin » (autrement dit « rite de Pie V »), car sa forme fut établie à l’issue du Concile de Trente (1545-1563). Cette messe en latin, où le prêtre tourne le dos aux fidèles, fut la règle pendant quatre siècles. En 1969, le pape Paul VI entérine la révision du rite et l’établit tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Malgré cette réforme, un « nombre non négligeable de fidèles » restent attachés avec « amour et affection aux formes liturgiques précédentes », reconnaît en 2007 le pape Benoît XVI. Il assouplit alors les conditions de célébration de la messe selon le rite tridentin.
En 2021, le pape François décide de revenir sur ces autorisations. En effet, constate-t-il, au lieu de contribuer à la concorde ecclésiale, la possibilité de célébrer selon le rite tridentin « a été utilisée pour augmenter les distances, durcir les différences, construire des oppositions qui blessent l’Église et en entravent la progression, en l’exposant au risque de divisions ». Afin de « défendre l’unité du Corps du Christ », il restreint donc très fortement l’usage de l’ancien missel.
Si le pape François en est venu à cette conclusion, c’est que, pour l’Église catholique, la façon de prier est une expression de la foi elle-même. « La loi de la prière est la loi de la foi, l’Église croit comme elle prie », précise le catéchisme.
Cependant, à ce débat interne à l’Église s’ajoutent des tentatives d’instrumentalisation provenant de l’extérieur.
Noblesse noire
Au moment de l’unification italienne, les troupes du roi Victor-Emmanuel II de Savoie entrent dans Rome en septembre 1870, investissent le palais du Quirinal, résidence de la papauté, et s’emparent du palais apostolique du Vatican. Ainsi prenaient fin, de facto, les États pontificaux. Lors du plébiscite du 2 octobre 1870, les populations de Rome et du Latium acceptèrent leur intégration dans le nouvel État italien.
Cependant, le pape Pie IX s’opposa avec force à cette annexion. Pour signifier qu’il ne reconnaissait pas la légitimité de l’État italien, il s’enferme dans son palais du Vatican et s’en déclare « prisonnier ».
Par solidarité avec le souverain pontife, une partie de l’aristocratie locale choisit alors à son tour de refuser allégeance au royaume d’Italie (Colonna, Orsini, Sacchetti, Massimo, Patrizi Naro Montoro, Serlupi Crescenzi, Caetani, Ruspoli, Borghese, Chigi, Gabrielli, Lacelloti, Aldobrandini, Pallavicini, Odescalschi, Altieri, etc.).
Depuis 756, ces familles possédaient des charges honorifiques et héréditaires auprès du Saint-Siège. Elles tenaient du pape leurs titres et privilèges, qu’il s’agisse de chambellans privés ou de gentilshommes de la Garde palatine. Les familles concernées ferment alors les portes de leurs demeures en signe de deuil, de même qu’en 1875, lors du jubilé de l’Année sainte, Pie IX maintint fermées les portes des quatre basiliques majeures de Rome, toujours en signe de protestation.
Cette noblesse fidèle au pape Pie IX doit son surnom de « noblesse noire » (en italien, Nobiltà nera) au fait qu’elle s’habillait en robe de cour de « style espagnol », de couleur sombre.
La réclusion volontaire des papes dans l’enceinte du Vatican durera 59 ans, tout comme la fermeture des portes des palais concernés. Ce statu quo perdure de 1870 à 1929, date des accords du Latran, aux termes desquels est créé l’État du Vatican. Après la conclusion de ces accords, les familles de la noblesse noire obtiennent la double citoyenneté : elles relèvent désormais de l’État italien et de l’État du Vatican.
Le 14 septembre 1970, après plusieurs signaux en ce sens donnés à la noblesse noire, le pape Paul VI abolit l’ensemble des corps d’armée du Vatican, à l’exception de la Garde suisse. Dès lors, la disparition de l’ultime bastion de la noblesse noire entraîne la fin de ses derniers privilèges, statut juridique particulier, titres honorifiques et même plaques d’immatriculation.
Elvina Pallavicini
La noblesse noire est vent debout. Rien d’étonnant donc à ce qu’en mai 1977, une partie d’entre elle, conduite par la princesse Elvina Pallavicini (1914-2004), courtise l’archevêque traditionaliste Marcel Lefebvre.
Comme le rapporte le quotidien Le Monde à l’époque :
Contre l’avis explicite du Vatican, qui menace Pallavicini d’excommunication, ce sont près de mille personnes qui viendront remplir la salle, les vastes cages d’escaliers et le jardin du palais historique Rospigliosi-Pallavicini, pour applaudir Lefebvre.
La princesse ne limite pas son action à Rome ni à l’Italie. Alors que le pape Jean-Paul II tente d’empêcher la deuxième guerre en Irak, Pallavicini organise le 12 février 2003 une réunion en soutien à la politique de guerre préventive du vice-président américain Dick Cheney et de son secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, à laquelle elle a invité les ambassadeurs américains Mel Sembler, en poste en Italie, et Jim Nicholson, auprès du Vatican, ainsi que le responsable de la planification au Département d’État, Andrew Erdmann, afin qu’ils s’adressent à des membres du gouvernement italien, des dignitaires de l’Église, des responsables politiques et des diplomates.
Tentative d’assassinat
Enfin, le nom de Monseigneur Lefebvre et de ses partisans apparaît également en lien avec les tentatives d’assassinat contre le pape Jean-Paul II.
Pour rappel, après avoir été blessé par balle le 13 mai 1981 sur la place Saint-Pierre par Mehmet Ali Agca, un Turc prétendument impliqué dans un complot d’assassinat avec sept autres hommes, soupçonnés d’être liés aux Loups gris (téléguidés, selon certains, par les unités Gladio de l’OTAN), le 12 mai 1982, lors de la visite du pape au sanctuaire marial de Fatima, au Portugal, un jeune homme, identifié comme un ancien disciple de Lefebvre, est arrêté alors qu’il courait vers lui, une baïonnette à la main.
Réconciliation ou schisme ?
Lefebvre décède en 1991 sans s’être réconcilié avec Rome. Les excommunications des quatre évêques de la FSSPX consacrés en 1988 furent finalement levées en 2009 par le pape Benoît XVI, bien que le statut canonique et la régularisation structurelle de la FSSPX dans son ensemble restent un processus en cours pour le Saint-Siège.
Le 13 mai dernier, le Vatican tenta une dernière fois de renouer le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie-X en leur rappelant que toute ordination épiscopale hors du mandat pontifical est nulle. Le Vatican utilisa même des termes sévères :
Le bras de fer avec les bellicistes américains
La crise actuelle, avec ses conséquences potentielles, survient après la ferme dénonciation par le pape Léon XIV, tant dans ses déclarations que dans son encyclique, du parti belliciste, du complexe militaro-financier techno-fasciste transhumaniste et de leur culture du plus fort.
Du côté américain, Steve Bannon, conseiller officieux de Trump et se déclarant catholique, est connu pour avoir lancé une campagne politique agressive visant à discréditer le pape François et à le faire tomber pour avoir critiqué la rhétorique de Trump sur les murs frontaliers et l’immigration, et proposé d’aider les plus démunis. Bannon a activement comploté avec le cardinal archevêque Carlo Maria Viganò (excommunié pour sectarisme) et le cardinal traditionaliste américain Raymond Leo Burke, qui avait soutenu l’élection de Donald Trump.
Des documents récemment publiés par le ministère de la Justice révèlent que Bannon a activement sollicité l’aide de Jeffrey Epstein pour comploter contre le pape François. Dans une série de courriels, Bannon détaille son désir d’instrumentaliser les médias et les scandales d’abus sexuels pour contester l’autorité du pontife.
Aujourd’hui, pour Bannon, Léon XIV n’est qu’un nouveau François. En août 2025, il le qualifiait de « pire choix pour les catholiques pro-Trump », le considérant comme le « pape anti-Trump » par excellence. « C’est un vote anti-Trump des mondialistes qui dirigent la Curie – c’est le pape que Bergoglio et sa clique voulaient », déclara-t-il, désignant François par son nom complet, Jorge Mario Bergoglio.
Pendant des années, Bannon a tenté de créer une « école de gladiateurs » pour les leaders populistes au sein de la chartreuse de Trisulti, un monastère datant du VIIIe siècle, situé au sud de Rome. Ce projet, soutenu par des figures intransigeantes du Vatican, comme le cardinal conservateur Raymond Burke, a finalement échoué lorsque le gouvernement italien révoqua leur bail pour non-respect des obligations contractuelles.
Il est clair que la nouvelle offensive lefébvriste va bien au-delà des débats internes. Elle doit être replacée dans un contexte beaucoup plus large, et on ne peut pas exclure qu’il s’agisse d’une provocation planifiée et orchestrée de l’extérieur. La colère, la frustration, voire la rage qu’elle pourrait engendrer offriraient un terrain propice aux manipulations, même les plus odieuses.
La courageuse prise de position de Léon XIV (un pape américain, de surcroît) a manifestement suscité l’ire de la nouvelle « noblesse noire » version Epstein.
Avant même son voyage en Espagne, l’État islamique (EI), opération de renseignement anglo-américaine assumée, a menacé la vie de Léon XIV en publiant une image le représentant tenant un ballon de football et couvert de ce qui semble être du sang.
La priorité absolue est donc d’assurer la meilleure sécurité possible pour tous les événements publics du pape, non seulement pour le Vatican, mais pour la paix mondiale.




