Par Cédric Gougeon, militant S&P
Souvenez-vous : en plein milieu de la campagne présidentielle américaine, des milliers de mails d’Hillary Clinton sont publiés par Wikileaks. L’on y découvre comment le clan Clinton a usé des combines les plus sales pour éliminer le candidat Bernie Sanders de la course [1]. Le scandale est tel qu’il aboutira notamment à la démission de la dirigeante du parti démocrate, Wassermann Schultz.
Mais très vite, l’attention du grand public est détournée vers un scandale tout aussi spectaculaire : la main de Poutine serait derrière le piratage de ces messages pour nuire à Clinton, et Trump est quant à lui accusé de collusion avec le Kremlin. Autrement dit, un acte grave d’intrusion dans les élections américaines, que l’ancien vice-président Dick Cheney n’a pas hésité à comparer à un « acte de guerre » le 27 mars dernier.
Pour réellement comprendre ce qu’il se passe aux États-Unis aujourd’hui, il faut reconnaître que pour la première fois depuis Franklin Roosevelt, les intérêts héritiers de Wall-Street et la City font face à un président qu’ils ne contrôlent pas et qui n’émane pas de leur tissu idéologique impérial. Les mêmes cercles qui ont provoqué les guerres asymétriques menant aux changements de régime à l’étranger (Irak, Libye, Syrie, Ukraine), sont aujourd’hui lancés dans une vaste chasse aux sorcières anti-russe à travers les médias, le Congrès et ses commissions d’enquête, les services secrets. Le but ? Chasser Trump du pouvoir... certains parlant même de l’assassiner.
Quant au rôle perfide des services secrets anglais dans cette manœuvre, il n’a rien d’étonnant : en se rapprochant de la Russie et la Chine, Trump menace directement le partenariat privilégié entre Britanniques et Américains, celui-là même qui a permis aux intérêts de la City et de Wall-Street d’utiliser la puissance américaine pour dominer le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale (voir à ce sujet l’article de Will Wertz) [2]
Que l’on trouve Trump répugnant ou pas n’est donc pas la question. S’il est écarté du pouvoir sur la base de cette accusation, cela ouvrirait grand les portes aux utopistes néo-conservateurs et leurs alliés britanniques, préparés à un conflit final contre la Russie et la Chine.
Dans cette affaire de piratage informatique, il y a comme une odeur de cadavre dans le placard. L’ancien directeur du FBI James Comey, récemment révoqué par Donald Trump, était convoqué par une commission d’enquête du Congrès à témoigner et éclaircir le litige. Lors de cette session, il révèle que la DNC (Direction du Parti Démocrate) avait refusé de lui fournir l’accès à ses serveurs et que de son côté, il ne lui avait « pas traversé l’esprit » d’utiliser son autorité en tant que directeur du FBI pour en imposer tout de même l’inspection par des agents fédéraux compétents.
C’est donc à une société privée que James Comey donna le feu vert pour mener l’enquête. Et pas n’importe laquelle ! Il s’agit ni plus ni moins de Crowdstrike, la même entreprise de sécurité informatique que la DNC a mandaté pour protéger ses réseaux numériques ! Autant donner à un loup le costume de l’agneau... En effet, cette entité proche de Clinton, était déjà en charge de la sécurité numérique du DNC pendant la campagne présidentielle. C’est donc la même qui a échoué (!) à empêcher la fuite des courriels révélés par Wikileaks. Parfaitement conscients de cette collusion, les dirigeants du FBI et de la CIA James Comey et John Brennan lui ont malgré tout donné carte blanche pour mener cette enquête très sensible, qui touche directement aux relations diplomatiques entre deux puissances nucléaires.
Le rapport de Crowdstrike fera ainsi référence d’autorité dans le mémo [3] que ces agences publieront peu après en incriminant sans nuances l’ingérence russe dans les élections américaines : le présumé pirate du net Guccifer 2.0 aurait laissé des empreintes en langage russe sur son passage, menant aux conclusions catégoriques maintenant bien connues : « les Russes l’ont fait » , « Poutine est le coupable » « Poutine et Trump ont truqué les élections » ... le storytelling qui sera rabâché encore et encore dans les médias de masse est lancé.
Le 24 Juillet dernier, un groupe de vétérans du renseignement américain (VIPS) a envoyé un mémo [4] au président Trump soutenant par des preuves techniques et scientifiques que les courriels de la DNC n’avaient pas été piratés, mais dérobés depuis l’intérieur du système informatique de la DNC : autrement dit, le voleur de courriels se trouvait physiquement dans les locaux de la DNC. Ce mémo déjà relayé à l’échelle internationale est très complet et explosif, exposant tout le trucage derrière le storytelling « c’est les Russes ».
Parmi les auteurs, William Binney un ancien directeur technique de la NSA et Skip Folden, ancien spécialiste de la technique en programmation numérique chez IBM. Ils s’appuient sur le travail mené par quatre autres spécialistes en informatique indépendants, dont un dénommé Adam Carter.
A la manière d’un enquêteur de police, celui-ci a soigneusement décortiqué les données sur lesquelles Crowdstrike et le FBI s’appuient pour incriminer la Russie : les métadonnées (« empreintes » complètes d’un document) des fichiers d’e-mails postés par Guccifer 2.0 sur son propre site internet (les métadonnées des documents originels n’étant pas disponibles sur Wikileaks, qui protège ainsi ses sources).
En regardant méticuleusement ces métadonnées laissées au grand jour, Adam Carter et un dénommé Forensicator ont pu déterminer que si 1,98 Go de données avaient été copiées à une vitesse de 22,6 Mo/s, soit en 87 secondes, l’hypothèse du piratage était caduque. [5]
En effet, ce flux de données par seconde n’est pas réalisable pour une intrusion sur un serveur depuis internet, même avec les meilleures capacités physiques existantes. Pour ce type de piratage, la vitesse maximale d’extraction que l’on peut atteindre est 8 à 10 fois plus faible que les 22,6 Mo/s retrouvés sur les métadonnées de Guccifer 2.0, qui, elles, ressemblent étrangement à une extraction de données depuis un serveur vers une carte mémoire de type USB-2.
Les données de Guccifer 2.0 proviendraient d’une personne munie d’une clé USB depuis l’intérieur de l’équipe informatique du DNC !
Le storytelling de Crowdstrike voudrait qu’un pirate informatique russe inattentif ait ouvert les documents dans un logiciel en signalétique russe, pour ensuite les enregistrer à nouveau, laissant par inadvertance ses propres empreintes.
La subtilité d’Adam Carter l’amène à regarder un autre aspect des métadonnées des fichiers postés par le prétendu hacker Guccifer 2.0, où il découvre que la quasi totalité du contenu des documents avait subit des modifications après leur extraction, toutes les 30 secondes environ, en utilisant un logiciel qui introduisait une signalétique russe avant d’être à nouveau enregistrées [6].
Un modus operandi peu commun pour un pirate expérimenté, ressemblant plutôt à quelqu’un qui chercherait délibérément à laisser ses empreintes sur la victime...
En bref, les documents n’ayant pu être piratés, la seule explication valable est que les documents ont subit un copier-coller à l’aide d’un algorithme spécial, pour créer délibérément une fausse apparence de piratage russe.
Plus étrange encore, les documents postés par le rebelle Guccifer 2.0 sur son site n’apportent aucun scoop sur la DNC, ces informations ayant été déjà relayées dans des leaks précédentes contrairement aux courriels dévoilés par Wikileaks. Le premier document du pirate était d’ailleurs la liste des arguments utilisé par la DNC contre Trump... [7]
Cette hypothèse a gagné en crédibilité lorsque Julian Assange lançait un nouveau pavé dans la mare le 31 mars 2017 en dévoilant que la CIA utilisait depuis 2016 des outils de subversion nommés Marble Framework, qui ressemblent furieusement à des simulations de hacking par des tiers. [8]
Cette technique qui a mobilisé quelques millions de dollars permet, lors d’un piratage informatique, de brouiller les données du malware implanté sur une victime, puis d’analyser et modifier le code source de ce malware, sans oublier de laisser des empreintes en langue étrangère pour couvrir son identité. Il est détaillé que la CIA a précisément choisit les langues suivantes : l’arabe, le chinois, le russe, le coréen ou le farsi (langue iranienne).
Maintenant, regardons de plus près la société Crowdstrike qui se présente comme l’une des meilleures agences de protection contre les attaques les plus sophistiquées de logiciels malveillants. CrowdStrike est géré par un émigré russe ouvertement anti-Poutine, Dimitri Alperovitch et George Kurtz, un vétéran de la sécurité informatique au FBI. CrowdStrike a plusieurs contrats de sécurité avec des agences de renseignement américaines et étrangères gérant des données très sensibles.
Peu de temps après les fuites des courriels de la DNC, Alperovitch a prétendu que le même équipement de piratage utilisé contre la la DNC avait également été utilisé par les russes pour pirater divers systèmes d’orientation des missiles du gouvernement ukrainien, avant de se rétracter, l’analyse ayant été instantanément réfutée par presque toute la communauté internationale spécialisée dans les cyberattaques, et même... le ministère de la défense ukrainien [9].
Incompétence ou malhonnêteté ? Menons l’enquête :
L’histoire ne dit pas s’ il s’agissait de sarcasmes, mais les faits prouvent que la fondation de bienfaisance TIDES attribué au spéculateur capitaliste avait remis un chèque de 50 000 dollars au groupe Alliance Pour une Justice Globale, formation qui héberge le principal site internet de rencontre des mouvances d’extrême gauche refusefascism.org, l’organisateur de la manifestation [15].
C’est le même George Soros qui avouait en 1998 lors d’une interview sur CBS n’avoir ressenti aucune culpabilité à avoir participé aux confiscations des biens des Juifs en Hongrie pendant la 2e Guerre Mondiale, alors âgé de 14 ans : « J’avais compris que si je ne l’avais pas fait, quelqu’un d’autre l’aurait fait à ma place. C’est à cette période que j’ai forgé ma personnalité »...
Sous le haut-patronage du think-tank néo-conservateur CFR (Council on Foreign Relations), l’Atlantic Council cher à Dimitri Alperovitch est l’une des arrière-cours idéologiques des révolutions de couleur brutales, acceptant des fonds en échange de prises de positions politiques suivant l’adage des empires « diviser pour mieux régner », incluant toute action de désinformation et de propagande contre des personnalités anti-establishment...
La spécialisation en attaques informatiques est sans doute la dernière carte jouée par ce système anglo-américain boiteux, surtout maintenant que la Russie a interdit la National Endowment for Democracy sur son sol (NED), fondation du gouvernement américain qui a soutenu les mouvements protestataires dans les révolutions de couleurs des dernières décennies.
Faisant délibérément abstraction des révélations sur les techniques d’usurpation d’identité des hackers de la CIA, l’anti-poutine Dimitri Alperovitch continue d’être cité abondamment comme une source fiable, dans une complaisance médiatique totale des deux côtés de l’Atlantique.
Mais récemment, l’éditorialiste de CNN John Bonifield vidait son sac devant la caméra cachée d’un stagiaire infiltré : « Même si la Russie essayait de s’ingérer dans nos élections, nous avons nous-même tenté de le faire chez eux, et notre CIA fout la merde tout le temps, partout nous essayons de manipuler les gouvernements ».
La caméra dissimulée captura le célèbre présentateur de CNN Anthony Van Jones, encore plus catégorique : « L’histoire sur la Russie, c’est un « big nothing burger » [ « un vaste montage »] » [16].
La guerre est donc bien déclarée, mais pas par la Russie. Malgré son boycott dans les médias, un grand nombre de citoyens américains se sont mobilisés pour faire connaître le mémo des VIPS que nos amis du comité d’action politique de Lyndon Larouche ont fait circuler dès le premier jour en lançant une mobilisation générale, qui remporte déjà un très grand succès.
Plusieurs agences de presse nationales comme The Nation et BloombergNews ont même fini par briser le silence médiatique, démasquant l’imposture la plus sinistre depuis les prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein, tandis que les médias de l’establishment changent de sujet en se focalisant sur l’affrontement ridicule entre mouvances extrémistes.
Enrayer la tentative de coup d’État en cours contre le président Trump n’est pas qu’une question américaine mais bien une question de guerre ou de paix mondiale, tant le danger de conflit nucléaire entre les grandes puissances est présent, et ce plus que jamais.
En France, nous nous efforçons de faire connaître les véritables enjeux auxquels sont confrontés les Américains et le monde, au delà de l’enfumage des « Trump- » et « Poutine bashing » relayés par nos médias.
C’est à dire, la fin du modèle impérial britannique sur lequel s’est imposé le monde de la City et de Wall Street, aujourd’hui cerné par l’inéluctable effondrement financier à venir, et l’optimisme bâtisseur des pays émergents qui nous invitent à rejoindre l’alternative des Nouvelles routes de la Soie.
N’oublions pas que si Guccifer 2.0 n’est pas la personne qui a remis les données du DNC à Wikileaks, une autre personne manque au Puzzle. Kim Dotcom [37], Julian Assange [38] et le journaliste renommé Seymour Hersh (qui dit s’appuyer sur des sources internes du FBI [39]) ont tous affirmé avoir des éléments prouvant qu’un certain Seth Rich, partisan de Bernie Sanders, aurait été l’auteur des fuites. Seth Rich, 27 ans, était directeur du bureau de collecte des données des électeurs. Une de ses tâches au DNC était l’élaboration d’une application informatique pour aider les électeurs à localiser les bureaux de vote. Le 10 Juillet 2017, il est assassiné de deux balles dans le dos près de son domicile.
L’enquête qui devait logiquement être soumise à la police fédérale de Washington D.C. fut remise à des autorités supérieures qui conclurent à une tentative de vol qui aurait mal tourné, tandis qu’aucun objet n’a été dérobé. Des étudiants en médecine légale à Washington D.C. spécialisés en psychologie du crime ont étudié le cas. Ils ont indiqué qu’aucune douille de balle n’avait été retrouvé sur la scène du crime, signe caractéristique d’un tueur à gage [40]. Aujourd’hui, quiconque mentionnant Seth Rich comme l’auteur possible des fuites se voit qualifié de colporteur de thèses d’extrême-droite et de conspirationnisme.
[1] http://www.newstarget.com/2016-09-13-wikileaks-founder-confirms-bernie-sanders-was-threatened-to-get-out-of-election.html
[10] http://www.atlanticcouncil.org/component/content/article?id=24219:russia-has-complete-informational-dominance-in-ukraine
[12] http://www.atlanticcouncil.org/news/transcripts/transcript-discussion-with-ukrainian-prime-minister-arseniy-yatsenyuk
[15] http://dailycaller.com/2017/02/03/look-who-funds-the-group-behind-the-call-to-arms-at-milos-berkeley-event/
[17] https://www.thetimes.co.uk/article/fbi-deputy-accused-of-link-to-dodgy-donald-dossier-g2rfhlpr8
[19] http://www.itv.com/news/update/2016-06-12/assange-on-peston-on-sunday-more-clinton-leaks-to-come/
[23] http://www.telegraph.co.uk/news/2016/08/10/wikileaks-offers-20000-reward-over-murder-of-democrat-staffer-se/
[24] https://townhall.com/tipsheet/katiepavlich/2017/05/30/clapper-we-still-have-zero-evidence-wrongdoing-on-russia-n2333267
[25] https://www.engadget.com/2017/06/23/report-obama-authorized-a-secret-cyber-operation-against-russia/
[28] http://www.zerohedge.com/news/2017-04-18/comey-used-trump-dossier-basis-obtaining-fisa-warrant?page=1
[29] https://www.theguardian.com/us-news/2017/jan/13/trump-dossier-uk-ambassador-moscow-john-mccain-andrew-wood
[33] http://www.telegraph.co.uk/news/2017/06/12/central-park-play-depicting-julius-caesar-donald-trump-causes/
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