Le 8 mai dernier, alors que nous fêtions les 65 ans de la victoire contre le fascisme, nos dirigeants se soumettaient au chantage des puissances financières en adoptant un plan de renflouement suicidaire de 750 milliards d’euros. Prêtant en gage aux financiers la vie de ses peuples, l’Europe est revenue à des politiques d’austérité de même nature et de même ampleur que celles de Brüning en 1932 et Laval en 1935.
Le 10 mai 1944, deux mois après la publication du programme du CNR et deux mois avant la conférence de Bretton Woods, les représentants des pays membres de l’Organisation internationale du Travail (OIT) adoptaient la déclaration de Philadelphie, [1] affirmant que la Paix mondiale ne pourrait être gagnée que par la conquête économique d’une véritable justice sociale à laquelle sera soumis le financier.
La France combattante était partie prenante de cette déclaration, par l’intermédiaire notable du socialiste Adrien Tixier, ministre des affaires sociales du Comité français de libération nationale (CFLN) présidé par de Gaulle, aux côtés des Etats-Unis de Franklin Roosevelt et Frances Perkins.
Voici le texte de la déclaration (souligné par nous) :
Déclaration concernant les buts et objectifs de l’Organisation internationale du Travail
La Conférence générale de l’Organisation internationale du travail, réunie à Philadelphie en sa vingt-sixième session, adopte, ce dixième jour de mai 1944, la présente Déclaration des buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail, ainsi que des principes dont devrait s’inspirer la politique de ses membres.
La Conférence affirme à nouveau les principes fondamentaux sur lesquels est fondée l’Organisation, à savoir notamment :
Convaincue que l’expérience a pleinement démontré le bien-fondé de la déclaration contenue dans la Constitution de l’Organisation internationale du travail, et d’après laquelle une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale, la Conférence affirme que :
La Conférence reconnaît l’obligation solennelle pour l’Organisation internationale du travail de seconder la mise en œuvre, parmi les différentes nations du monde, de programmes propres à réaliser :
Convaincue qu’une utilisation plus complète et plus large des ressources productives du monde, nécessaire à l’accomplissement des objectifs énumérés dans la présente Déclaration, peut être assurée par une action efficace sur le plan international et national, et notamment par des mesures tendant à promouvoir l’expansion de la production et de la consommation, à éviter des fluctuations économiques graves, à réaliser l’avancement économique et social des régions dont la mise en valeur est peu avancée, à assurer une plus grande stabilité des prix mondiaux des matières premières et denrées, et à promouvoir un commerce international de volume élevé et constant, la Conférence promet l’entière collaboration de l’Organisation internationale du travail avec tous les organismes internationaux auxquels pourra être confiée une part de responsabilité dans cette grande tâche, ainsi que dans l’amélioration de la santé, de l’éducation et du bien-être de tous les peuples.
La Conférence affirme que les principes énoncés dans la présente Déclaration sont pleinement applicables à tous les peuples du monde, et que, si, dans les modalités de leur application, il doit être dûment tenu compte du degré de développement social et économique de chaque peuple, leur application progressive aux peuples qui sont encore dépendants, aussi bien qu’à ceux qui ont atteint le stade où ils se gouvernent eux-mêmes, intéresse l’ensemble du monde civilisé.
[1] Lire à ce sujet L’esprit de Philadelphie : La justice sociale face au marché total d’Alain Supiot, aux Éditions du Seuil (2010). Lire aussi Les principes oubliés de l’antifascisme économique.