Au cœur des débats, comment mettre fin aux guerres meurtrières de l’OTAN et de ses alliés, en Ukraine et au Moyen-Orient, en s’inspirant de la méthode de grands humanistes tels Nicolas de Cues, qui appelait au XVe siècle à « transcender les contraires », ou Jean Bodin, qui, en pleines guerres de Religion, parlait de la nécessité de faire « un accord des discords ». Pour rétablir la paix, Solidarité & Progrès se bat pour une nouvelle architecture de sécurité et de développement mondial. Un autre thème clé a été la contribution de la musique à cette conception.
Dans un message vidéo diffusé le matin aux adhérents de S&P, Helga Zepp-LaRouche, présidente du Büso (notre parti frère en Allemagne) et fondatrice de l’Institut Schiller, a rappelé que notre combat pour changer l’histoire est un combat d’idées. « Même si elles semblent échouer dans l’immédiat, les idées triomphent à moyen et à long terme. » Elle énuméra alors les nombreuses occasions où cette approche adoptée par son défunt mari, le penseur et économiste américain Lyndon LaRouche, avait été couronnée de succès, notamment dans la lutte lancée en 1975 pour créer une Banque internationale de développement pour les infrastructures, qui a contribué à l’émergence des BRICS aujourd’hui.
La France avec la « majorité mondiale »
L’après-midi, Jacques Cheminade, président de S&P, ouvrit la conférence devant une assemblée de citoyens manifestement très motivés, sous la pression de la situation, et avides d’acquérir les outils intellectuels pour pouvoir se battre.
Rares sont ceux qui repartirent sans s’être pourvus de quelques publications, en particulier L’économie physique pour les gens pressés (sur l’approche non-orthodoxe de LaRouche), Trafic de drogue, mafia, oligopole financier - Pour la France, c’est vaincre ou périr ! La désintégration contrôlée de l’éducation, ou encore les dossiers démasquant la « finance verte » ou BlackRock. Certains furent conquis pour une « frise » chronologique exposant les dynamiques de la paix et de la guerre mondiales, l’outil militant rêvé pour engager des discussions à la maison ou au bureau autant que sur la place publique.
Un public en partie nouveau, venu vers S&P après avoir découvert (ou redécouvert) « un Cheminade qu’on ne connaissait pas vraiment », à l’occasion des entretiens accordés à des médias « anti-système » et à des youtubeurs très populaires, ou pour d’autres encore, suite à son intervention appelant à la dissolution de l’OTAN, lors des « Assises de la souveraineté » organisées le 14 septembre à Arras par Les Patriotes, le parti de Florian Philippot, qui ont attiré un public nombreux (voir pages 14 et 15).
Les intervenants eux-mêmes étaient là pour créer les conditions de cette « harmonie des discords » de Bodin, avec les Américains Diane Sare, candidate larouchiste contre les va-t-en guerre à New York, Scott Ritter, ancien inspecteur de l’ONU qui a dénoncé les mensonges de la guerre d’Irak, et John Sigerson, chef du chœur de l’Institut Schiller à New York. Une table ronde sur le thème de la France avec le Sud planétaire, réunit l’économiste Philippe Murer, co-fondateur du Mouvement Politique Citoyen, Caroline Galactéros, fondatrice et présidente de GeoPragma, et Pierre Berthelot, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques et professeur de géopolitique.
Il est temps de quitter le train fou de l’OTAN
Cheminade ouvrit la conférence avec un discours destiné à changer réellement la façon de penser des Français et des souverainistes. « Il est temps de quitter le train fou de l’OTAN », a-t-il déclaré, faisant allusion à La Bête humaine de Zola où, à la fin, deux personnages tombent sous les roues d’un train rempli de soldats français, fonçant à toute allure, sans chauffeur, vers les champs de bataille de la guerre de 1870.
Nous avons en face de nous, aux Etats-Unis, des bellicistes au service d’une oligarchie financière pour qui la menace de guerre est une question de stratégie, a-t-il souligné. « Ils sont au bout de leur système, n’émettent que de la fausse monnaie sans créer de vraies richesses, et pour assurer leur existence, ils s’en prennent à un ennemi désigné. »
L’objectif n’est pas de chercher des coupables (même si c’est important), mais de créer une nouvelle architecture internationale de sécurité pour la paix et le développement. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe dans le monde des personnes qui travaillent à mettre en place un tel système, a déclaré Cheminade, nommant l’économiste russe Sergueï Glaziev, commissaire à l’intégration et à la macroéconomie au sein de la Commission économique eurasienne, l’organe exécutif de l’Union économique eurasienne (UEE). Glaziev a fait sienne l’approche économique de Lyndon LaRouche et travaille aujourd’hui à la création d’un système alternatif au dollar, basé sur les monnaies nationales. Ou encore Li Hui, son homologue chinois impliqué également dans la médiation de paix en Ukraine. Du 22 au 24 octobre, une réunion des BRICS aura lieu à Kazan, où ces questions seront abordées. « Je ne m’attends pas à un grand bond en avant, confie Cheminade, mais à un pas vers le progrès. »
La France et la Chine
Cheminade a pris le temps d’expliquer aux participants qui est Xi Jinping et ce qu’est la vraie Chine. Comme l’a révélé l’universitaire Jérôme Ravenet, présent à la conférence, les présidents chinois Jiang Zemin, Hu Jintao et aujourd’hui Xi Jinping ont tous été inspirés par Wang Huning. Aujourd’hui quatrième membre en importance du politburo chinois, sa thèse de doctorat portait sur le concept de souveraineté de Jean Bodin et de Jacques Maritain, qu’il estime être la meilleure contribution de la « tradition bourgeoise ».
J. Cheminade : « Les objectifs de la Chine résonnent avec les meilleures conceptions des souverainistes français. »
Cheminade cita Xi Jinping sur les objectifs de la Chine qui résonnent avec les meilleures conceptions des souverainistes français : « Depuis les temps modernes, l’établissement d’un ordre international juste et équitable est un objectif pour lequel l’humanité travaille sans relâche. Des principes d’égalité et de souveraineté, établis dans les traités de Westphalie il y a 360 ans, à l’esprit humanitaire international, inscrit dans la Convention de Genève il y a plus de 150 ans, aux 4 buts et 7 principes énoncés dans la Charte des Nations unies, il y a plus de 70 ans, aux 5 principes de coexistence pacifique énoncés par la confédération de Bandung il y a plus de 50 ans. Ces principes universellement reconnus ont émergé au fil des relations internationales. Ils doivent nous guider dans la création d’une communauté de destin pour l’humanité. »
Notre situation aujourd’hui
La France a abdiqué sa souveraineté dans les années suivant la maladie du président Pompidou (1973). Et Michel Barnier est l’aboutissement de ce processus de dégénérescence. Il a non seulement contribué à inverser le vote du peuple français contre la Constitution européenne et imposé le traité de Lisbonne via le Parlement, mais en tant que conseiller spécial pour la défense et la sécurité auprès du président de l’UE, en 2015, il a également joué un rôle déterminant dans l’intégration progressive de l’UE et de l’OTAN, confirmée en 2018 par une déclaration commune entre ces institutions.
Un grand dessein au niveau international, national et citoyen !
De même qu’au niveau international, la solution pour la France viendra de sa participation avec les BRICS à la création d’une nouvelle architecture de sécurité et de développement dans l’intérêt de tous, au niveau national, c’est le concept de participation de tous les citoyens aux décisions qui les concernent qui sera la clé pour rétablir la justice et la souveraineté dans le pays. De Gaulle avait proposé un système de participation des travailleurs dans les entreprises et dans l’Etat, à tous les niveaux. Il a été bloqué par ses collaborateurs moins progressistes et notamment par Giscard d’Estaing.
Dans ce contexte, il est nécessaire de revenir à une planification économique. La planification « indicative » était fondée sur une approche positive : elle définissait la mission commune dans laquelle tous les Français étaient engagés. Il ne s’agit pas, cependant, d’une planification de type soviétique, a-t-il précisé, mais d’une planification qui tienne compte des discontinuités découlant des changements induits par l’introduction de nouveaux principes scientifiques et de nouvelles technologies. LaRouche avait d’ailleurs élaboré un modèle économique (ou « méthode LaRouche/Riemann »), permettant de mesurer de tels processus, ainsi que l’a rappelé Cheminade.
Ces grands desseins qu’il veut susciter au niveau international et national doivent être complétés par un grand dessein dans les relations sociales, et c’est la musique qui peut y contribuer, par la formation d’ensembles, d’orchestres et de chorales à tous les niveaux.
Cheminade conclut cette dimension culturelle en citant Confucius, pour qui l’harmonie devait être au cœur de la cité, ainsi que le célèbre chansonnier du XIXe siècle, Pierre-Jean de Béranger. S’adressant au musicien Wilhem, qui, dans la période succédant à la Révolution française, créa des chorales dans toute la France pour renforcer l’unité entre les citoyens, voici ce qu’il dit sur le rôle de la musique :
« Mon vieil ami, ta gloire est grande
Grâce à tes merveilleux efforts,
Des travailleurs la voix s’amende
Et se plie aux savants accords.
D’une fée as-tu la baguette,
Pour rendre ainsi l’art familier ?
Il purifiera la guinguette ;
Il sanctifiera l’atelier. (...)
« La musique, source féconde,
Épandant ses flots jusqu’en bas,
Nous verrons ivres de son onde
Artisans, laboureurs, soldats.
Ce concert, puisses-tu l’étendre
À tout un monde divisé !
Les cœurs sont bien près de s’entendre
Quand les voix ont fraternisé. »
John Sigerson : Qu’est-ce que la musique classique ?
Thème omniprésent à la conférence et à travers l’intervention du chœur de l’Institut Schiller, John Sigerson a tenté d’expliquer le pourquoi du « classique ». Il ne s’agit pas d’une référence à une époque spécifique dont il faudrait copier les règles ad vitam aeternam. « Classique » fait plutôt référence à l’amour de l’humanité qui inspire le compositeur. C’est par le dialogue entre les voix – chacune singulière mais créant une harmonie entre toutes – que la musique classique peut contribuer si profondément au développement harmonieux de la société, là où la musique « romantique » est pénalisée par sa monotonie.
Le combat de Diane Sare et de Scott Ritter pour changer l’Empire américain
Dans son message vidéo à la conférence, Diane Sare, candidate larouchiste indépendante au Sénat de New York, reprit cette déclaration de LaRouche après la chute du mur de Berlin, en 1989 : « L’effondrement du système soviétique (...) ne constitue pas une victoire pour le système de libre-échange britannique, et nous pouvons nous attendre à ce que ce système s’effondre avec un impact bien plus important que tout ce qu’on a vu jusqu’à présent. »
C’est là que nous en sommes aujourd’hui, a-t-elle dit, rappelant qu’à Syracuse, dans l’Etat de New York, le taux de pauvreté infantile atteint 46 % ! Sare a demandé à l’auditoire « d’imaginer une belle ville, avec des cours d’eau propres, des parcs fleuris, des bibliothèques agréables et majestueuses, avec des coins tranquilles pour se perdre dans un livre. Imaginez de magnifiques salles de concert et de théâtre où l’on joue de grands drames classiques. Ces villes pourraient être entourées de fermes, de sites industriels et de laboratoires scientifiques, peut-être avec un grand observatoire pour étudier le ciel.
« Je vous demande d’imaginer un bel avenir, parce que quand vous pensez de ce point de vue, vous pouvez voir à quel point les dirigeants occidentaux actuels sont vraiment mauvais, et sachant cela, vous pouvez trouver en vous le courage et la détermination de ne plus les suivre et d’exiger mieux. »
S. Ritter : « Le 13 septembre dernier, l’humanité était à 72 minutes de l'annihilation totale. »
L’ancien inspecteur en armement de l’ONU Scott Ritter, devenu lanceur d’alerte lors de la guerre en Irak, ramena alors brutalement le danger de conflit nucléaire en rappelant que le 13 septembre dernier, l’humanité s’était trouvée à 72 minutes de l’annihilation totale, jusqu’à ce que le président Biden rejette la proposition de laisser l’Ukraine utiliser les armes de longue portée occidentales pour frapper en profondeur le territoire russe. Selon la journaliste d’investigation Annie Jacobsen, en effet, 72 minutes est le temps qu’il faut à un missile balistique russe pour atteindre les Etats-Unis.
Table ronde sur la géopolitique avec les orateurs invités
Philippe Murer a présenté sa propre conception de la situation internationale, mettant dos à dos les Etats-Unis et la Chine. L’ouverture à la Chine par Nixon, en 1970, a créé de nombreux problèmes. Si elle a apporté une richesse gigantesque à la classe financière occidentale, la délocalisation de nos industries a aussi coûté très cher à l’Occident. Par ailleurs, bien que dotée d’un système économique en plein essor, avec une industrie plus puissante que celle des États-Unis, la Chine fait également face à de graves difficultés : croissance à crédit depuis 2008, dette de 300 % et un lourd problème démographique. Avec 1,5 enfant par famille, elle perdra un tiers de sa population d’ici 2050. Les Etats-Unis ont encore une croissance modeste de 2 % mais leur déficit a explosé à plus de 7 % et une infime partie de sa population est très riche alors que la majorité est très pauvre, les salaires n’ayant pratiquement pas augmenté depuis 1970.
En conclusion, « les deux empires » qui se battent pour l’hégémonie ont chacun de lourds problèmes à régler et la France n’a aucun intérêt à miser sur l’une des deux superpuissances « prédatrices » contre l’autre, mais plutôt à se reconstruire elle-même.
Caroline Galactéros
La géopolitologue avait été invitée par Cheminade à présenter « la manière dont la France peut coopérer utilement avec le groupe des BRICS, qui connaît une croissance rapide ».
Deux visions du monde s’affrontent de plus en plus : notre propre bloc, déterminé à garder « le manche » avec une vision hégémonique de la planète, de qui doit décider et faire... C’est « l’ordre basé sur les règles ». De l’autre, les BRICS, avec des structures comme la Nouvelle Route de la Soie, l’Organisation de coopération de Shanghai et d’autres sur le continent eurasiatique, qui proposent un ordre gagnant/gagnant.
C. Galactéros : « Le ‘Sud global’, emmené par Pékin et Moscou, renoue avec les idéaux de l'ONU. »
Le « Sud global », emmené par Pékin et Moscou, renoue avec les règles et les idéaux des Nations unies à leurs débuts, que nous avions démonétisés... Il s’agit de revenir aux principes de la Charte de l’ONU : souveraineté, non-ingérence, inviolabilité des frontières, droit des peuples à l’autodétermination. Tenter de recréer un ordre où chacun ait le droit de dire : « Je souhaite ceci pour ma nation », et où l’on trouvera des formes de coopération et de dialogue moins rigides et brutales que les formes actuelles qui se résument à : « Je vais te faire une révolution de couleur, je vais te faire un coup d’Etat... de façon de plus en plus décomplexée ».
Pour Mme Galactéros, la France s’aligne totalement sur les intérêts nationaux des USA, via l’Europe. Nous devons retrouver notre indépendance et pour cela, il faut faire une révolution mentale ! En étant alignés, nous sommes inutiles au monde, nous sommes neutralisés, a-t-elle affirmé, avant de conclure en appelant à passer « des égos à une géopolitique du moi, pour chercher quelque chose de plus profond qui s’apparente à une harmonie à l’échelle planétaire. Il faut retrouver un rêve onusien... J’ai beaucoup aimé ce qui a été dit sur Bodin et Leibniz ».
Pierre Berthelot
P. Berthelot : « La Chine parle à tout le monde sans a priori idéologique. »
M. Berthelot a porté l’attention sur l’incroyable percée réalisée par la Chine en 2023 : réconcilier l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux poids lourds de la région. C’est un premier succès qui ne peut qu’affaiblir l’influence de l’islam radical. Mais cela durera-t-il ? Pour la Chine, c’est une question de cohérence géopolitique, puisqu’elle importe l’essentiel de son énergie de cette région. Son intérêt est que la région soit pacifiée afin d’en éviter la hausse des prix. Autre point important, la Chine peut parler à tout le monde sans a priori idéologique. Elle dispose également de moyens économiques et financiers considérables. En outre, tout en ayant de bonnes relations avec Israël, elle est pro-palestinienne et a servi de médiateur entre le Hamas et Mahmoud Abbas. Pragmatique, elle a investi dans le port de Haïfa, mais les projets ont été bloqués par les Américains.
En conclusion, la Chine a de réelles capacités d’intervention mais aussi certaines limites. Pierre Berthelot a ouvert le jeu en notant qu’une initiative commune des BRICS, avec des pays qui ont de meilleures relations avec les Américains, comme la Turquie ou l’Inde, peut être envisagée. L’Inde compte en effet 2 millions de musulmans parmi sa population. ▪
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