Communiqués
Pour ne pas devenir des animaux humains, il nous faut enfin sortir de la société de triage où nous survivons, une société de répression, d’exclusion, d’appauvrissement, de voyeurisme et de peur dans laquelle le fric, la violence, la force et la marchandise sexuelle ont remplacé la dignité, le dialogue, la justice et l’amour. Après les nuits de violence dans nos banlieues, après ces aubes où il ne reste que des perdants, ce sont les fondements même de cette société qu’il faut changer pour redonner à la France le goût du futur.
La France doit redevenir elle-même, en assurant l’égalité des chances à chaque Français et à chaque étranger installé sur son territoire national et en offrant à tous une culture de la vie et de la dignité humaine. Que Nicolas Sarkozy n’ait pas trouvé un mot venu du coeur pour les deux jeunes carbonisés et ait menti sur les conditions de leur mort, alors que « racaille » et « kärcher » lui viennent si facilement à la bouche, n’est que le signe extrême d’une absence de charité humaine hélas bien plus générale.
Alors, il est temps de nous réveiller. Sarkozy a tout misé sur le répressif. Sa politique d’ordre public est un échec total. Il faut le convaincre de partir, pour régler calmement ses problèmes personnels et préparer sa candidature présidentielle, s’il persiste malgré sa baisse de popularité. L’opposition socialiste, elle, a révélé par son silence et ses déchirements que le PS est un parti vieillissant, empêtré dans son adhésion à l’Europe de Maastricht et d’Amsterdam, à l’euro et au pacte de stabilité, qui ne peut être renouvelé que par un mouvement de jeunes généreux et déterminés.
L’essentiel est de poser le problème dans toute son ampleur : de « droite » ou de « gauche », la multiplication des plans sur les banlieues n’a eu aucun effet, Pourquoi ? Parce que la France s’est soumise depuis 1983 à la mondialisation financière et à sa conséquence, l’austérité sociale. On ne peut d’un côté jouer avec l’oligarchie financière et de l’autre prétendre être une dame patronnesse.
En le faisant, nous nous sommes affaiblis et rendus vulnérables à toutes les provocations et à toutes les déstabilisations. Si les médias anglais et américains caricaturent aujourd’hui ce qui se passe en France, si un journaliste de CNN-International compare la situation chez nous à celle de la Tchétchénie, ce n’est pas un hasard. Si le Fonds monétaire international (FMI) « donne un bon point à la France » au moment même où les banlieues s’embrasent, ce n’est pas une simple coïncidence. Les mesures anti-sociales passées par les gouvernements français ont créé les conditions économiques et sociales de l’embrasement et le FMI veut qu’on aille plus loin, jusqu’à casser complètement notre pacte républicain.
Alors ? Alors, Jacques Chirac a dénoncé le sida financier à la conférence d’Halifax, en 1995, et n’a rien fait depuis pour le combattre. Cette année-là, candidat à la Présidence, j’avais moimême dénoncé le cancer financier et donné des pistes pour le guérir. C’est au nom de cet engagement que je parle ici.
La France doit se battre pour un nouveau Bretton Woods et un Pont terrestre eurasiatique, une politique de grands travaux européens (1000 milliards d’euros par an), de recherche européenne (200 milliards d’euros pour assurer un décollage), d’éducation et de santé publique qui permettra de créer plus de 20 millions d’emplois qualifiés en Europe et 6 millions chez nous. C’est parfaitement possible si l’Etat reprend le contrôle de l’émission de monnaie et de crédit, en l’arrachant aux banques et aux sociétés d’assurance qui l’ont kidnappée. C’est possible si l’on revient à un système de taux de change stables, sans produits financiers dérivés ni fonds spéculatifs, et à un protectionnisme intelligent de nos productions, contre la loi mondialiste du pillage financier de tous contre tous. C’est possible si l’on sort de l’euro et de la Banque centrale européenne et si l’on institue des banques nationales - une Banque de la France - qui, en s’associant, créent du crédit productif par-delà le produit de l’impôt et de l’emprunt. L’argent, ça se crée, ce n’est pas un miracle qui se produit dans le coffre des banques. L’argent, ça se crée pour des projets utiles, qui transforment la nature et améliorent les hommes, pas pour enrichir des intermédiaires ou des rentiers.
On nous répondra : c’est utopique, ce n’est pas possible, il n’y a pas d’argent. A cela, il faut répondre qu’on peut créer de l’argent pour faire des choses, si on arrête de penser à l’argent pour en posséder. Si on arrête aussi de penser que l’homme est une bête. Peut-on imaginer une gauche ou une droite - l’extrême-droite est pire et l’extrême-gauche en cela complice - qui soient justes, alors que leur culture assimile l’homme à un animal ? La preuve en est le financement public (par le ministère de la Culture et de la Ville) du festival d’Avignon, dans lequel un Jan Fabre a présenté des spectacles d’exhibition sexuelle et de meurtre en annonçant : « La vitalité que je recherche est proche de l’animalité » !
C’est de manière de penser qu’on doit changer, pour sortir d’une culture et d’une économie fondées sur les rapports de force, qui aboutit à une barbarie de l’esprit et de l’action. Un espoir de changement apparaît aux Etats-Unis, avec la mise en cause de Dick Cheney, le vice-président parrain des néo-conservateurs, et la défaite d’Arnold Schwarzenegger en Californie. Un espace nous est ainsi donné pour agir en Europe, tout en aidant ceux qui mènent le combat là-bas.
La société française doit porter un élan, un projet et un espoir. Voilà que la situation mondiale nous donne les moyens de le faire. Allons-y, sinon nous nous fracasserons contre le mur d’une nouvelle barbarie.