Jacques Cheminade :
Tous ceux qui ont voué leur vie à une juste cause portent une part d’immortalité. Nous leur devons.
D’abord nous leur devons de rappeler leur combat, en ces temps où on oublie leur histoire et où, pire encore, les ennemis de l’humanité tentent de la minimiser ou de la défigurer.
Ici ces immortels sont les résistants soviétiques qui ont combattu en France et pour la France, les quelque 35 000 prisonniers de guerre qui se sont évadés et ont rejoint notre Résistance. Ceux qui ont participé à la libération de Lyon, Montpellier, Toulouse, Clermont-Ferrand, Paris et Nîmes, et aussi d’Oléron.
C’est Gueorgui Ponomarev créant le premier détachement de patriotes soviétiques en France, le détachement Stalingrad. C’est Stephan Kotsour sacrifiant sa vie pour sauver ses camarades et permettre la libération de Lagon.
C’est le détachement Jacquou le Croquant, avec Victor Alexeenko et Sacha Khatogounov. Ce sont ces maquis du Massif central, d’où vient ma famille, et parmi eux « le maquis soviétique ». C’est le détachement de jeunes femmes russes résistantes dans l’Est de la France.
Ceux et celles, intellectuels et religieux, qui moururent au combat. Boris Vildé, fusillé en 1942, mère Marie Skobtsov, morte à Ravensbrück, et la princesse Obolensky, décapitée par les nazis. Ici se trouve aussi le souvenir de Normandie-Niemen, de Maurice de Seynes qui sacrifia sa vie pour tenter de sauver son mécanicien russe.
Pour eux et bien d’autres encore, notre mémoire doit refuser de s’éteindre. Sans vaine nostalgie mais avec la détermination qu’ils nous lèguent.
Car la mémoire seule ne suffit pas. Aujourd’hui le monde entier réarme et depuis Gaza et l’Iran jusqu’en Ukraine, où nos pays européens mènent une guerre par procuration, la réalité nous défie. Bien plus que l’an dernier, où nous étions ici ensemble, l’heure est venue de nous engager comme l’ont fait nos aînés, en espérant la victoire de la cause de l’humanité.
C’est l’esprit du Conseil national de la Résistance (CNR) que chacune et chacun d’entre nous leur doit de faire revivre. Je pense que si ce soldat pouvait nous voir et nous entendre, il nous dirait qu’il y a urgence. Urgence de nous engager pour la paix, le développement et la sécurité mutuels. Nous lisons ici, sur le socle, « la patrie se souvient ».
Ce soldat est l’image de tous ceux qui sont morts pour la paix, la justice et la victoire. Comme pour eux en leur temps, le moment du salut commun est venu. En notre âge des armes atomiques, nous devrions être des centaines de milliers dans nos rues et nos places contre la guerre et pour construire la paix.
C’est cela que doit inspirer le souvenir. Que ce ne soit pas le cas ne peut qu’éveiller notre conscience et inspirer notre engagement.




