Le Sénégal expérimente des approches pasteuriennes contre la pauvreté, la faim et les maladies

jeudi 1er octobre 2026, par Karel Vereycken

Et si la véritable « guerre » qui décidera du sort de l’humanité était celle que l’on doit mener contre la pauvreté, la faim et la maladie ?

Aujourd’hui, le Sénégal montre l’exemple. Des rapports enthousiastes nous parviennent des expériences menées par des agriculteurs et des scientifiques sénégalais. Encore modestes, certes, mais très prometteuses. Ainsi, dans le cadre d’un projet pilote près de Dakar, une quarantaine d’agriculteurs ont introduit des poissons dans leurs rizières.

La Chine, lorsqu’elle a inventé la pisciculture il y a environ 2400 ans, et la rizipisciculture il y a 1300 ans, en avait une certaine idée.

Les disciples de Louis Pasteur (Alphonse Laverand, Eugène Jamot, Charles Nicolle, etc.) avaient remis cette approche au goût du jour il y a 150 ans, en particulier pour tenter d’éradiquer le paludisme.

Christian Lévêque, éminent scientifique français spécialisé dans l’environnement (et non malthusien), qualifierait sans doute ce type d’approche de « co-construction » : l’homme et la nature peuvent améliorer ensemble, de manière harmonieuse, leur environnement commun en vue d’un développement futur.

Aujourd’hui, au Sénégal, les résultats sont fort prometteurs :

  1. Les agriculteurs pauvres augmentent leurs revenus grâce à l’élevage et la vente de poisson.
  2. Agissant comme engrais naturel, les excréments de la première variété de poisson introduit (le tilapia du Nil) augmentent de 25 % le rendement des cultures, ce qui représente un bénéfice net d’au moins 380 dollars par an pour chaque ménage.
  3. L’autre espèce de poisson introduite (Heterotis Niloticus) se nourrit de petits escargots d’eau douce, qui sont les hôtes intermédiaires du parasite responsable de la bilharziose (ou schistosomiase), une maladie parasitaire aiguë et chronique causée par des vers, les schistosomes, qui contaminent l’eau.

D’après l’Organisation mondiale de la Santé, la transmission de cette maladie a été recensée dans 79 pays, principalement en zones tropicales et subtropicales. Elle se soigne facilement, mais l’infection passe souvent inaperçue au début, et les complications intestinales ou urogénitales ne se manifestent généralement que plusieurs années plus tard, entraînant des lésions de certains organes, voire, dans certains cas, le décès. Les enfants, particulièrement vulnérables à l’infection, peuvent être fréquemment absents de l’école, et les adultes peuvent se retrouver dans l’incapacité de travailler pendant de longues périodes, aggravant ainsi le cycle de la pauvreté.

En 2024, l’OMS estimait qu’au moins 253,7 millions de personnes avaient besoin d’un traitement préventif contre la schistosomiase, dont au moins 93,6 % vivant actuellement en Afrique.

L’introduction d’espèces de poissons savamment choisies, on le sait depuis longtemps, pourrait contribuer grandement à réduire les parasites et autres larves d’insectes. [1], [2]

L’objectif est de ne pas se limiter au Sénégal. Il s’agit, une fois les résultats escomptés confirmés, de mettre en œuvre cette approche dans d’autres pays, aussi bien en Afrique qu’ailleurs.


[1] Dans un article publié sur le site de la CIRAD, intitulé « Pisciculture et paludisme », on peut lire : « Dans une communication présentée au 3e Symposium sur l’Hydrobiologie et la Pêche en eau douce en Afrique, qui s’est tenu à Brazzaville en juillet 1956, le Médecin-commandant LACAN indiquait avoir trouvé dans des étangs de pisciculture du Moyen-Congo, de nombreuses larves d’Anophèles et particulier d’A. Funestus et A. Gambiae, vecteurs certains de paludisme. Pour remédier à cette situation, il préconisait d’associer aux élevages de Tilapia ‘des élevages de poissons nettement larvivores, dont les habitats en surface et dans les herbes immergées correspondent aux biotopes larvaires et dont l’élevage est facile et la reproduction rapide’ ».

[2] Extrait d’un article sur le site de l’Institut Pasteur : « Plus de 3 millions d’espèces d’insectes sont recensées à ce jour, c’est dire l’immensité de la tâche des entomologistes, les scientifiques qui s’intéressent à ces êtres vivants. Un certain nombre d’espèces sont susceptibles de transmettre des agents infectieux à l’homme et sont vecteurs de maladies. Il s’agit d’insectes qui piquent, souvent friands de repas sanguins. Dans cet inquiétant bestiaire, on trouve pêle-mêle : des tiques (maladie de Lyme), des mouches (maladie du sommeil ou trypanosomiase pour la mouche tsé-tsé), des moucherons (onchocercose), des puces (peste), des punaises (maladies de Chagas) et, bien sûr, des moustiques vecteurs de pathologies infectieuses et parasitaires dont le paludisme, le chikungunya, la dengue, Zika, mais aussi la fièvre de la vallée du Rift, la fièvre jaune, la fièvre du Nil occidental, l’encéphalite japonaise ou la filariose lymphatique. Capables de transmettre plus d’une centaine de maladies, les moustiques sont l’ennemi public n° 1. » Or, le principal vecteur de transmission du paludisme sont les moustiques anophèles, dont les poissons se régalent.