Vision et évasion

dimanche 20 avril 2025

Le premier impératif de tout être humain injustement condamné est de s’évader de sa prison, avec un plan de cavale et un projet pour après. Politiquement, au sein de la prison de l’argent et de l’esprit dans laquelle nous sommes aujourd’hui enfermés, notre dignité exige de nous libérer.

Considérons un président de la République qui entend faire une guerre avec un ennemi qui ne l’est pas, avec de l’argent et des armes dont on ne dispose pas. Examinons les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat. A l’Assemblée, un ménage à trois face auquel le Premier ministre joue la montre dans un monde en accélération continue. Au Sénat, des élus qui votent des lois en les sachant contraires à la Constitution. Ridicule et tragique ? Oui, mais tout aussi ridicules et tragiques sont ceux qui ricanent au spectacle ou se lamentent en se complaisant dans un confortable pessimisme ou en pratiquant une fuite en avant dans une violence impuissante.

Notre dignité exige de nous libérer.

Qui a construit les murs, réels et virtuels ? Ce ne sont pas les marionnettes. C’est une oligarchie financière impériale. Elle ne croit pas que l’homme soit disposé au bien et en conséquence, entend imposer son ordre géopolitique par la force de la monnaie et des armes. Si l’on n’en sort pas, la paix est impossible.

Cet ordre repose aujourd’hui sur le privilège exorbitant d’un dollar devenu la devise des marchés financiers internationaux : 70 % des réserves de change et 50 % des transactions mondiales sont en dollars, alors que les Etats-Unis ne représentent que 11 % du commerce mondial. Le système d’échange et de surveillance des données bancaires, le système Swift, a été colonisé par les services de renseignement anglo-américains et transformé en outil d’espionnage. Aux abois, ce système qui émet toujours plus d’argent pour accroître ses avoirs et non pour développer l’économie physique, n’a d’autre issue que la guerre. C’est pourquoi le monde entier réarme, et que les Etats-Unis en tête et la France en queue sont asservis par la trinité de quelques mégabanques, de sociétés du numérique qui traitent les transactions à la vitesse de la lumière et commettent des délits d’initiés permanents, et de sociétés de défense qui flambent en Bourse.

On parle partout de Trump, pour ou contre, comme dans des paris sportifs, mais en parler sans analyser la pyramide militaro-financière sur laquelle repose notre sort ne veut rien dire. Oui, Trump veut la paix en Ukraine, et c’est globalement positif, mais il entend la bâtir sur des sables mouvants qui, fatalement, l’engloutiraient. Son monde reste celui de la City, de Wall Street et de la nouvelle oligarchie des crypto-monnaies. David Sacks, responsable des « cryptos » à la Maison-Blanche, Peter Thiel qui, avec Palantir, dispose d’un quasi-monopole des données sensibles, et Elon Musk, conquistador de la tech sans la dimension de nouveaux principes physiques, ont un point commun : tous trois originaires d’Afrique du Sud, ils ont été élevés dans une idéologie d’apartheid. Trump vient de créer le chaos avec sa manipulation des droits de douane ; eux, programmer les ordinateurs ne leur suffit plus, ils stimulent les positions extrêmes avec leurs algorithmes et programment les comportements humains réduits à des instruments qu’ils manipulent par le chaos et le trouble. Alors, Trump apôtre du souverainisme contre la mondialisation ? Lui le croit peut-être, mais sans être conscient de la différence entre souverain et identitaire.

Ecoutons l’avis de J.D. Vance sur le média britannique UnHerd : « Le Président aime vraiment le Royaume-Uni. Il aime la Reine. Il admire et aime le Roi. C’est une relation très importante. C’est un businessman et il a un nombre important de relations dans le monde du business britannique. Mais je crois que c’est beaucoup plus profond que cela. Il y a une réelle affinité culturelle. Et, bien sûr, l’Amérique est fondamentalement un pays anglo. »

Pour sortir de notre prison réelle et virtuelle en bâtissant une nouvelle architecture de développement et de sécurité mutuels, nous ne devons donc compter que sur nous -mêmes. Sans illusions et sans attendre qu’il soit trop tard. ▪