Une IA déshumanisante au service d’un génocide

jeudi 25 avril 2024

Netanyahou devant les drones tueurs israéliens en 2019.

Dans une dérive messianique aveugle, totalement opposée aux valeurs humanistes du judaïsme, le gouvernement israélien s’avère incapable de voir ses propres crimes de guerre et actes génocidaires. Les Palestiniens se retrouvent comme face à un peloton d’exécution qui les extermine par les bombes, la faim, la soif et la maladie.

Après avoir consacré de longs articles aux solutions que nous défendons pour amorcer une paix durable dans la région, voici un gros plan sur les dangers de l’intelligence artificielle, cette « belle » découverte à haut risque contre laquelle nous avons été presque seuls, en tant que parti politique, à mettre en garde.

Aujourd’hui, c’est d’Israël lui-même et de France que viennent les alertes. Là aussi, une mobilisation citoyenne sera essentielle, car Wall Street a déjà beaucoup trop misé sur les futurs profits de l’IA pour reculer.

Dans un article amplement documenté, publié le 15 février par The Conversation, Laure de Roucy-Rochegonde, responsable du Centre géopolitique des technologies à l’Institut français des relations internationales (IFRI), et Amélie Férey, responsable du Laboratoire de recherche sur la défense au Centre des études de sécurité (Sciences Po), offrent un début d’explication : s’appuyant sans réserve sur l’intelligence artificielle, tant pour des assassinats ciblés (à savoir les hauts dirigeants du Hamas et du Hezbollah) que pour semer la terreur par des destructions massives, Israël, concluent-elles, en arrivera à éliminer des milliers de personnes sans pour autant remporter la moindre victoire.

Quelques chiffres en disent long. Fin novembre 2023, les autorités israéliennes indiquaient que dans les 35 premiers jours du conflit à Gaza, elles avaient frappé plus de 15 000 cibles, soit trois fois plus qu’au cours des 51 jours de l’opération « Bordure protectrice » de 2014. Quelques jours plus tard, le magazine d’investigation israélien +972 révélait les raisons de ce rythme effréné : l’utilisation d’un programme informatique dopé à l’intelligence artificielle (IA), surnommé Habsora (Evangile en français), fonctionnant comme une « usine à cibles », 24 heures sur 24.

Habsora ne fait que s’ajouter à plusieurs logiciels déjà opérationnels, dont Alchimist, qui facilite les ripostes, Depth of Wisdom, qui cartographie les sols et sous-sols de la bande de Gaza, et enfin Fire Factory, qui génère en temps réel des plans de frappe par avions et par drones, en fonction du type de cible. Grâce à ces technologies de pointe, l’armée israélienne est désormais capable de frapper plusieurs centaines de cibles par jour, précise Yuval Abraham, auteur de l’enquête de +972.

Les tueries de masse, une stratégie militaire

Le gouvernement israélien est confronté à un dilemme : comment cibler efficacement le Hamas tout en sauvant les otages ? Depuis la seconde Intifada (2000-2005), Tsahal combine deux usages de la force. La première est celle des « assassinats ciblés » contre de hauts responsables ennemis. La seconde est connue comme la « doctrine Dahiya », une doctrine militaire formulée par le général israélien Gadi Eizenkot (membre du conseil de Défense actuel), qui se rapporte au contexte de guerre asymétrique en milieu urbain et prône un usage de la force « disproportionné » au cours de représailles contre des zones civiles servant de base à des attaques, dans un but de dissuasion. Cela revient, au mépris du principe fondamental du droit de la guerre et du droit international humanitaire, à ne plus faire de distinction entre cibles civiles et militaires.

Aujourd’hui, Tsahal cherche à liquider les quatre chefs militaires du Hamas : Yahya Sinouar, son frère Mohammed, Abu Ubaida et Mohammed Deif. Incapable de les localiser et de les éliminer, l’armée israélienne offre une image de défaite et, faute de victoire, intensifie les représailles disproportionnées.

Ainsi que le notent les deux chercheuses de Science-Po, le lanceur d’alerte israélien dénonce la « ’politique du chiffre’ dont découle cette capacité à identifier des centaines d’objectifs chaque jour. Il relate ainsi que les militaires auprès desquels il a enquêté estiment être ‘jugés sur la quantité de cibles qu’ils arrivent à désigner, pas sur leur qualité’, dans le but de créer un effet de choc au sein de la population gazaouie. »

L’utilisation au grand jour et sans scrupules des algorithmes de l’IA révèle le caractère barbare des guerriers israéliens. Jusqu’ici, un certain flou sur le nombre de victimes collatérales entourait les assassinats ciblés. Ce n’est plus le cas. Avec l’algorithme Habsora, Tsahal sait précisément combien il y a de femmes, d’enfants et de vieillards dans l’immeuble abritant sa cible.

+972 rapporte que si, jusqu’au 7 octobre, on tolérait une douzaine de victimes collatérales pour éliminer un membre exécutif du Hamas, plus d’une centaine de morts civiles sont désormais acceptées dans le cadre de la « neutralisation » d’un membre subalterne du Hamas. Cette évolution explique la destruction de bâtiments entiers pour abattre une seule cible répertoriée, comme en témoigne la frappe sur le camp de réfugiés de Jabaliya, le 31 octobre 2023, qui visait un seul des chefs de l’attaque du 7 octobre mais qui a fait 126 morts, selon le collectif Airwars.

Le recours à des technologies avancées ne conduit pas mécaniquement à l’avènement d’une guerre plus « propre » : ici, les algorithmes sont utilisés, non pas pour limiter les dommages collatéraux mais pour intensifier les frappes, avec un ratio particulièrement élevé de victimes civiles, et ceci, en toute connaissance de cause.

L’utilisation de drones tueurs, ainsi que de l’IA comme interface technologique pour sélectionner de façon automatisée les cibles, semble donc creuser la distance émotionnelle qui sépare les tireurs de leurs victimes.

On se croirait dans un jeu vidéo à l’ère des sacrifices humains, le « prix à faire payer » aux mécréants pour plaire aux dieux. Sauf qu’il ne suffit pas d’appuyer sur le bouton « replay » pour ressusciter les morts.