La chose interroge. En janvier, les citoyens allemands étaient plus de 3 millions à descendre dans les rues, pas seulement à Berlin, Munich et Hambourg mais dans toutes les petites villes de Saxe et de Thuringe, pour dénoncer la montée de l’extrême droite. Des manifestations aussi importantes que lors de la chute du Mur de Berlin, en 1989. Responsables religieux, vedettes du sport, monde de la culture, tous appelaient à un front républicain contre l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti nationaliste et anti-immigration. Les cadres de l’AfD ont même été empêchés de s’exhiber avec les sportifs allemands à Paris.
Or, qui remporte les élections ce dimanche 1er septembre ? Avec 32,8 % des voix, l’AfD arrive en tête en Thuringe, progressant de 9,4 points par rapport à 2019. En Saxe, il recueille 30,6 % des suffrages, à seulement 1,3 point derrière la CDU (31,9 %). Avec 1 % pour les libéraux, 5,1 % pour les verts et 7,3 % pour les socialistes, en Saxe, les partis qui composent la coalition au pouvoir prennent une claque retentissante. Et c’est encore pire en Thuringe ! Comme en France, une période d’instabilité politique s’installe.
Comment expliquer ce vote, prévisible pour les uns, mais énorme surprise pour les autres ? Le massacre de Sölingen, le 23 août, où un homme d’origine étrangère a poignardé trois personnes, y serait-il pour quelque chose ? Aucune incidence sur le scrutin, affirment les instituts de sondage.
Ce qui préoccupe en réalité les citoyens, c’est le déclin de leur nation. En politique étrangère, le comportement d’Olaf Scholz face aux Américains fait rougir de honte les Allemands. Alors que Biden avait déclaré que les Américains comptaient détruire le gazoduc NorthStream 2, Scholtz le remercie... Lorsque les Etats-Unis, hors du cadre de l’OTAN, décident unilatéralement d’installer à nouveau des missiles de croisière sur le territoire allemand, en en faisant ainsi une cible préférentielle pour la Russie, Scholtz les remercie encore et les Verts jubilent !
Entre-temps, avec les mesures protectionnistes américaines et les diktats verts, l’économie allemande passe non seulement de la récession à la dépression, mais elle se voit désertée par l’industrie nationale. Une note de la Deutsche Bank, datée du 12 août, constate que les investissements directs (IDE) allemands aux Etats-Unis dépasseront bientôt ceux réalisés en Chine : « Les entreprises allemandes et européennes ont été attirées par les vastes programmes de relance de l’administration Biden, notamment l’Inflation Reduction Act et le CHIPS and Science Act, promulgués il y a près de deux ans, qui offrent plus de 400 milliards de dollars de crédits d’impôt, prêts et autres aides pour soutenir l’industrie manufacturière, tout en s’attaquant au changement climatique. Bien que les subventions soient principalement destinées aux entités américaines, les filiales d’entreprises allemandes et européennes peuvent également en bénéficier. »
A cela s’ajoute qu’à la mi-2024, la production industrielle allemande a reculé de 6,6 % par rapport à l’année précédente. Mai a été le cinquième mois consécutif de chute de la production, en baisse de 2,9 % par rapport à avril (4 % pour les biens d’équipement et 3,3 % pour le BTP). Les faillites explosent, le commerce s’effondre et les licenciements s’annoncent douloureux.
La réalité que les dirigeants français aussi bien qu’allemands ne voient pas, ou pire, refusent de voir, c’est que les peuples désirent ardemment la paix et la sécurité par le développement mutuel et le retour à un capitalisme de production. La lutte pour la sauvegarde des moteurs thermiques et le diesel, réclamée par l’AfD comme par le BSW, nouveau parti euro-sceptique fondé en janvier par Sarah Wagenknecht, ex-égérie de Die Linke, en est devenue un symbole. Les Allemands, comme les Français aux européennes, certes de façon confuse, ont voté pour l’emploi, la paix et la défense de l’industrie.
Ceux qui se préoccupent réellement d’un retour de la « bête immonde » devraient donc présenter au plus vite une véritable alternative économique et politique. A S&P, c’est notre mission. ▪
