Conférence de Lauracq à Lyon

Sauver la région des grands lacs du génocide en cours

vendredi 25 octobre 2024

Lauracq est une haute tribune de rencontres et d’affaires, organisée annuellement en France dans la région Auvergne-Rhône-Alpes par le « Comité de Soutien et de Plaidoyer pour la Région des Grands Lacs Africains, CSP-REGLA ». Il s’agit d’une organisation de la société civile française qui représente les atouts culturels, économiques, touristiques et humains de la République démocratique du Congo (RDC) auprès de la société française et occidentale.

Les missions et objectifs de cette quinzaine sont nombreux :

  • organiser des rencontres culturelles, économiques et scientifiques avec les acteurs de la RDC et de la diaspora, en vue de favoriser les échanges ;
  • Mener des activités de lobbying auprès des collectivités territoriales, entreprises, institutions publiques, scientifiques et politiques de la France et d’Europe, en faveur de la RDC ;
  • Collaborer avec les institutions publiques en RDC et en Europe pour rétablir la paix dans la région Est de la RDC ;
  • Harmoniser les relations entre les opérateurs culturels, les entrepreneurs et les personnalités politiques du Congo, et la diaspora congolaise dans son ensemble ;
  • Lutter contre les anti-valeurs et la violence sous toutes les formes ;
  • Travailler en collaboration avec la représentation diplomatique de la RDC en France et des organisations internationales, pour restaurer ... la paix dans la région des grands lacs africains.

Le Monde : « 10 millions de morts et personne n’en parle »

Nous le savons, la région des grands lacs est le théâtre d’un génocide en cours, souvent passé sous silence, car les intérêts économiques de l’industrie minière y font la loi avec l’aide de groupes armés, enrôlant même des enfants. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus d’un tiers des 300 000 enfants-soldats dans le monde se trouveraient en RDC ! Le journal Le Monde titrait même récemment : « 10 millions de morts et personne n’en parle », lors d’un interview avec le président de la RDC, Félix Tshisekedi, dans lequel il déclara « Au Congo, il y a eu dix millions de morts. Combien de sanctions contre le Rwanda ? Zéro. Et quand Kagame (président en exercice au Rwanda depuis 24 ans, ndlr) vient en Europe, on lui déroule encore le tapis rouge. Si ce n’est pas du deux poids, deux mesures, dites-moi ce que c’est. »

Enfants déplacés vivant dans un camp à Dujugu en RDC.
Enfants déplacés vivant dans un camp à Dujugu en RDC.
ONU, Eskinder Debebe

Lauracq était donc l’occasion de présenter un projet de paix pour la région. Le projet Sula Ya Amani, qui veut dire en swahili, « Le visage de la paix », est un projet du CSP-REGLA. Dans cette région est-africaine, la vallée du Rift héberge une série de lacs du Nord au Sud : Victoria, Kyoga, Turkana, Albert, Edouard, Kivu, Tanganyika, Rukwa, Moero et Malawi. Cette région magnifique regroupe trois bassins hydrographiques majeurs du continent africain : celui du Nil, du Congo et du Zambèze. Comprise dans un espace qui s’étend du Kenya au Malawi en passant par l’Ouganda, cette bande, longue de plus de 1500 km, constituée par la RDC, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et le Mozambique au bord de l’océan Indien, est faite de massifs montagneux, de grands lacs, de forêts, de plages de sable, de côtes rocheuses et de zones de marais. C’est l’une des plus riches régions du monde, mais dont les trois quarts de la population, estimée à 250 millions d’habitants, vit dans la misère. CSP-REGLA propose l’interconnexion de ces lacs et rivières pour permettre un couloir navigable de 2000 km, débouchant sur l’océan Indien. Ainsi, par le développement infrastructurel de cette région des grands lacs, l’on pourrait établir la paix et arrêter le génocide.

Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde

Le thème de la seconde édition de Lauracq était : « Où vont les eaux bleues du Tanganyika ? ». Sébastien Périmony est intervenu sur le sujet « Le principe poétique, les grands projets et l’art de gouverner. » Comme le disait le poète Percy Bysshe Shelley (1792 - 1822) « Le plus infaillible héraut, compagnon, partisan de l’éveil d’un grand peuple à l’accomplissement d’un changement bénéfique dans l’opinion ou les institutions, c’est la poésie. A de telles époques s’accumule le pouvoir de donner et de recevoir des conceptions intenses et exaltées touchant l’homme et la nature (…). Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde. » En effet le projet Sula Ya Amani a cette qualité poétique qui donne à voir le « paradis » là où aujourd’hui il n’y a que « l’enfer » ... Il donne à une population démunie, une perspective, et mobilise toutes les forces de la société civile et des dirigeants politiques, pour parvenir à cet objectif.

Afrique des Grands Lacs
Afrique des Grands Lacs
Creative Commons MellonDor, Skimel

La conférence a commencé avec le discours du président du CSP-REGLA, José Mulenda, suivi de celui de Son Excellence, le gouverneur de la province du Tanganyika, l’Honorable Christian Kitungwa Muteba. Le Tanganyika est une province de la RDC créée en 2015 suite à la division de la province du Katanga. M. Muteba a présenté toutes les difficultés auxquelles fait face sa province, mais également partagé toutes les potentialités de cette dernière, riche en matières premières et ressources lacustres. Le lac Tanganyika est l’un des grands lacs d’Afrique, troisième au monde par le volume après la mer Caspienne et le lac Baïkal, et le plus long lac d’eau douce du monde (677 km).

A également pris la parole le Professeur Kennedy Kihangi, actuel maire de Goma, ville de l’Est de la RDC. Goma est le chef-lieu de la province du Nord-Kivu actuellement sous contrôle de l’armée, en raison des violences commises par les groupes armés qui sévissent dans la région.

Avec les BRICS+, le développement de la majorité mondiale est possible

Jacques Cheminade est également intervenu pour présenter les obstacles au développement de l’Afrique en général, et de la RDC en particulier. En présentant la triple courbe de Lyndon LaRouche (voir infographie), il a pu montrer comment le système financier international est devenu une bulle financière hors de contrôle, créant toujours plus de capital fictif et détruisant toujours plus l’économie physique, réelle. Le développement des économies nationales se trouve ainsi empêché dans tous les pays qui se soumettent aux règles du jeu de l’oligarchie financière et de ses « tueurs à gages économiques », comme l’avait dénoncé John Perkins dans son célèbre livre du même titre. Il a également démontré qu’aujourd’hui, plus que jamais, grâce à la nouvelle donne internationale ouverte par les BRICS et maintenant les « BRICS + », le développement de la majorité mondiale est possible, créant les conditions de partenariats gagnant-gagnant.

La « triple courbe » de LaRouche.
La « triple courbe » de LaRouche.
EIR

La Chine, en Afrique, devenue le premier partenaire commercial du continent, incarne par exemple cette dynamique. Jacques Cheminade a aussi souligné toute l’importance du sommet des BRICS qui aura lieu à Kazan du 22 au 24 octobre, lors duquel sera discuté le projet de dédollarisation du système monétaire et financier international, élaboré sous la direction de Sergueï Glaziev, le ministre russe de l’Intégration et de la Macroéconomie de la Commission économique eurasiatique (CEE), organe politique de l’Union économique eurasiatique (UEEA), en collaboration avec sa contrepartie chinoise, Li Hui, un diplomate de premier plan anciennement ambassadeur de Chine en Russie.

Après nos interventions, la délégation d’éminentes personnalités est allée, le jour suivant, visiter le canal Seine-Nord afin de mieux connaître, avec les professionnels du secteur, les possibilités qui s’offrent à la RDC en matière de construction de canaux. L’événement se poursuivra une semaine supplémentaire à Saint Etienne, avec la participation de nombreuses personnalités de la RDC, de la région Auvergne-Rhône-Alpes et des experts scientifiques, comme Jean-Marc Deplaix, également partie prenante du projet Sula Ya Amani.  ▪  Sébastien Périmony