A Johannesbourg, en août 2023, le groupe initial (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) avait accepté d’intégrer six nouveaux membres : l’Egypte, l’Ethiopie, les Emirats arabes unis, l’Iran et l’Arabie saoudite qui, après avoir hésité, semble confirmer son adhésion. L’Argentine, elle, a dû faire marche arrière après l’élection de Milei. Les nouveaux membres apportent avec eux une belle dot : des millions d’habitants, de vastes réserves en hydrocarbures et plusieurs richissimes fonds souverains.
En 2024, c’est la Russie qui assure la présidence tournante des BRICS-10, dont le sommet se tiendra à Kazan du 22 au 24 octobre. Dans la même ville, dès le mois de juin, 35 pays participeront à une grande compétition sportive, les « BRICS Games », où des athlètes de haut niveau, exclus des Jeux olympiques de Paris, offriront un beau spectacle et décrocheront leurs médailles.
Dollar : le grand basculement
Sur le plan économique et financier, le grand basculement du monde est en marche. Sortir pacifiquement d’un monde à la merci d’un dollar devenu toxique, au service d’une oligarchie financière qui n’agite que sanctions, confiscations et ultimement la guerre, pose un défi majeur.
Les BRICS ont encore des caps à franchir. Lors d’une rencontre en marge de la récente conférence multipolaire de Moscou, le ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a rappelé qu’il s’agit encore d’un « club ». On peut aller plus loin, par exemple en lui nommant un secrétariat général, à l’instar de sa cousine, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).
S’affranchir du FMI
Pour y voir plus clair, le journaliste brésilien Pepe Escobar a interrogé le ministre de l’Intégration et de la Macroéconomie de la Commission économique eurasienne (CEE), Sergei Glaziev, qui n’a jamais caché s’inspirer de l’économiste hétérodoxe américain Lyndon LaRouche.
Faute d’instance responsable, l’Union économique eurasienne (EAEU) tarde à être efficace, regrette Glaziev. Or, « les BRICS disposent d’une organisation de ce type, la NDB [New Development Bank]. Si les chefs d’État décident de nommer la NDB en tant qu’institution chargée d’élaborer le nouveau modèle, la nouvelle monnaie, d’organiser une conférence internationale avec le projet d’un traité international, cela peut fonctionner. Le problème est que la NDB fonctionne selon la charte du dollar. Il faut réorganiser cette institution pour la rendre opérationnelle. Aujourd’hui, elle opère comme une banque de développement internationale ordinaire dans le cadre américain. »
La Russie va-t-elle encourager cette réforme, à cette question Glaziev répond : « Nous faisons de notre mieux. Je ne suis pas sûr que le ministère [russe] des Finances comprenne la gravité de la situation. Le Président, lui, la comprend. J’ai personnellement défendu cette idée auprès de lui. Mais le président de la Banque centrale et les ministres pensent encore selon l’ancien paradigme du FMI. »
Une monnaie pour les BRICS
Glaziev est l’un des rares économistes à comprendre, comme LaRouche, que ce n’est pas la monnaie qui crée la prospérité, seule une économie productive lui donne de la valeur. C’est donc uniquement par la pratique d’échanges mutuellement bénéfiques (en monnaies nationales) qu’une unité de compte (et non pas une simple monnaie) pourra graduellement se substituer au dollar en tant que monnaie de réserve internationale. Ce sera comme de passer d’un vélo ordinaire à une « bicyclette hypersonique », ironise Glaziev. Début mars, le principal conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, a annoncé que les BRICS travaillaient à la mise en place d’un système de paiement indépendant, basé sur les monnaies numériques et la blockchain, un nouveau pas préparant la suite.