Menaçant publiquement le peuple libanais de lui faire subir le même sort que Gaza s’il ne se soulevait pas contre le Hezbollah, Benjamin Netanyahou a lancé des bombardements massifs contre le Sud-Liban (50 villages bombardés rien que dans la matinée du 20 octobre) et les quartiers sud de Beyrouth où habitent des membres du Hezbollah, mais aussi dans la plaine de la Bekaa ou d’autres régions où il les soupçonne d’avoir construit des tunnels ou d’autres caches d’armes.
Résultat, selon le ministère de la Défense libanais, il y aurait depuis le 8 octobre 2023, date du début de l’offensive, 2367 morts et 11 088 blessés, dont 1717 tués et 4686 blessés en 24 jours seulement, depuis le 23 septembre 2024 ! On estime par ailleurs à un million le nombre de déplacés et à 100 000 ceux qui se seraient réfugiés en Syrie.
Redessiner les frontières du Moyen-Orient ?
Quels sont les objectifs d’Israël ? S’agit-il d’une tentative limitée pour forcer le Hezbollah à quitter le Liban et occuper ce pays, comme en 1982 et en 2006 ? Ou d’une offensive plus vaste, visant à redessiner les contours de tout le Proche-Orient, pour finir le travail que les néoconservateurs américains avaient commencé dans les années 2000-2015, à coup de révolutions de couleurs et de guerres, en Irak, en Libye et en Syrie, comme le soupçonne Dominique de Villepin ? Bibi y est-il prêt, y compris en tentant de mettre fin à la « dictature » des mollahs en Iran ?
Après la sanglante expédition des résistants terroristes du Hamas, le 7 octobre 2023, le plan israélien d’extermination des Palestiniens, que le ministre de la défense Yoav Gallant qualifie d’« animaux humains », a été déclenché. Le gouvernement israélien a ainsi transformé la légitime défense en vengeance barbare, jouant son va-tout pour tenter d’éliminer toute résistance au Proche-Orient. Se prévalant des « accords d’Abraham », parrainés par Donald Trump et son gendre, Jared Kouchner, en espérant l’absence de réaction des États arabes et en exploitant cyniquement la peur de ses concitoyens, Netanyahou a imposé en 2018 « l’État nation du peuple juif », dans le droit fil de la conception raciste de Vladimir Jabotinsky, dont son père était le très proche conseiller. Joe Biden n’a interrompu ni l’aide financière ni la livraison d’armes, seule démarche pouvant arrêter ce qui est devenu un génocide.
IA et méthodes terroristes
Ayant appris les leçons de 2006, quand les forces israéliennes avaient été sévèrement battues par le Hezbollah dans les combats d’infanterie, Israël a opté pour des méthodes exigeant moins de courage physique que le corps-à-corps : l’IA, pour le ciblage à distance de l’adversaire, et le terrorisme électronique pour décapiter l’état-major ennemi. Selon différentes sources, Israël aurait consacré pas moins de quinze ans à infiltrer le Hezbollah pour monter l’opération des bipeurs et talkies-walkies explosifs, qui a tué neuf de ses hauts responsables et a fait plus de 2000 blessés.
Quant à l’emploi de l’IA pour cibler leurs ennemis, une étude publiée en février 2023 par Laure de Roucy-Rochegonde, de l’IFRI (Institut français des relations internationales), et Amélie Ferey de Sciences Po, précise qu’elle a permis de multiplier par trois le nombre de frappes qu’Israël avait menées lors de l’opération nommée « Protective Age » en 2014.
Ces nouvelles cadences frénétiques ont été permises par le logiciel Habsora (Bible en anglais), alimentant cette machine à cibles 24h sur 24h ! Ce programme permet aussi de savoir combien de civils innocents seront tués au cours d’une frappe. Et là encore, Israël a évolué d’un programme autorisant une douzaine de victimes collatérales à l’époque, à plus de 100 acceptées depuis le 7 octobre 2023 !
Cette tactique est actuellement employée dans les bombardements au Liban. Comme la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, le confirmait le 9 octobre dernier, « les frappes israéliennes sur le Liban sont tout sauf aveugles. Elles visent spécifiquement les emplacements présumés des armes du Hezbollah, ses combattants et ses commandants, ainsi que l’infrastructure militaire et même civile du mouvement chiite. » En outre, « les autorités israéliennes font peu de cas des ‘victimes collatérales’ parmi les civils. (…) Au cours des bombardements qui ont tué le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, six immeubles résidentiels de plusieurs étages ont été réduits en poussière, avec tous leurs habitants ».
Vers une conflagration mondiale ?
Enfin, la lutte à mort décrétée par Israël contre le Hezbollah ne peut se terminer que par un duel contre l’Iran. C’est dans ces circonstances que, comme le disait notre ami, l’économiste américain Lyndon LaRouche, Israël peut être utilisé par l’ordre occidental dominant comme une grenade dégoupillée contre ceux qui contesteraient son pouvoir.
Derrière l’Iran, il y a la Chine en alliance avec la Russie.
Or, ainsi que l’a affirmé Bassam el-Hachem, membre du Comité directeur des Indépendants du Liban, lors de la 71e réunion de la CIP [1], si derrière Israël se trouvent les Etats-Unis et leurs alliés, derrière l’Iran, il y a la Chine, en alliance avec la Russie et les BRICS, engagés à créer un nouvel ordre multipolaire à l’échelle internationale. Les Etats-Unis, a-t-il rappelé, ont lancé en septembre 2023, avec leurs alliés, le projet de couloir économique Inde-Moyen-Orient-Europe (concurrent de l’initiative chinoise Ceinture et route), dans lequel Israël devrait jouer un rôle pivot. Et c’est là, conclut El-Hachem, que « la conjonction du problème palestinien, du problème libanais et du problème régional qui inclut l’Iran, peut constituer la mèche capable d’allumer un affrontement non seulement régional mais aussi mondial. »
Alors que Solidarité & progrès milite depuis toujours pour éteindre ce foyer d’incendie, depuis quelques jours la France s’agite pour tenter de modérer le gouvernement israélien, comme si c’était possible dans les conditions actuelles. Tandis qu’Emmanuel Macron gesticule, nos partis politiques officiels exploitent la situation avec des arrière-pensées électorales, mais sans souci réel des vies humaines sacrifiées.
Rejoignez nos équipes pour exiger la reconnaissance de l’Etat palestinien et défendre un plan Oasis pour le développement mutuel de toute l’Asie du Sud-Ouest, s’inscrivant dans l’adoption d’une nouvelle architecture de sécurité et de défense mondiale, en rupture avec le lobby militaro-industriel qui domine le monde occidental. ▪
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