Sommet de l’OTAN

Le camp de la Paix à la manœuvre

vendredi 19 juillet 2024

C’est dans une ambiance morose que s’est ouvert, le 9 juillet, le sommet de l’OTAN consacré au 75e anniversaire de sa création (le 4 avril 1949) et au renforcement de l’aide à l’Ukraine.

Orban et Xi-Jinping
Viktor Orban et Xi Jinping à Beijing le 8 juillet 2024.
CGTN

L’OTAN a-t-elle été secouée par les déploiements, dans les jours qui ont précédé, de plusieurs personnalités mondiales en faveur d’un cessez-le-feu ? Nous pensons au Premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui est allé rencontrer MM. Zelenski, Poutine et Xi Jinping en « mission de paix », au Premier ministre Narendra Modi qui, lors d’une rencontre très fructueuse avec Poutine, plaida pour un « chemin de la paix par le dialogue », ou encore au Premier ministre turc, qui s’est exprimé dans le même sens !

Beaucoup ont également relevé l’ombre de Donald Trump qui planait sur le sommet. Donné vainqueur aux présidentielles américaines dans quatre mois, celui-ci a déclaré à plusieurs reprises qu’une fois au pouvoir, il comptait en finir rapidement avec la guerre en Ukraine. Or, Viktor Orban l’avait rencontré en mars dernier et il l’a revu après le sommet de l’OTAN. Vous avez dit complot ? Sans parler des sources diplomatiques qui ont remarqué que les délégations européennes avaient été nombreuses à échanger avec les représentants de Trump au sommet...

Frederick Kempe, chef du très atlantiste « Atlantic Council », a bien capté ce malaise en intitulant son récent article, « Poutine, Xi, Orbán et Modi : une toile de fond inquiétante pour le début du sommet de l’OTAN », ajoutant à ce sombre tableau « un Joe Biden qui semblait paumé lors de son débat présidentiel, soulevant de nouvelles inquiétudes quant à ce que sa santé signifie pour l’avenir de l’OTAN ».

Macron fait profil bas… pour mieux s’incliner !

Autre sujet de tension lors du sommet, comment arrimer l’Ukraine à l’OTAN sans en faire un membre, ce qui serait un casus belli pour la Russie ? La formule apparaissant dans le communiqué final, selon laquelle Kiev se trouve « sur une trajectoire irréversible vers l’intégration euro-atlantique pleine et entière, y compris vers l’adhésion à l’OTAN », résulte d’un compromis longuement négocié entre ceux qui redoutent l’escalade avec Moscou et les plus va-t-en guerre. Et là - Ô surprise ! - notre petit Napoléon, défait en rase campagne aux législatives, était, avec le Royaume-Uni, de ceux qui poussaient le plus à l’adhésion de l’Ukraine, quand les Etats-Unis et l’Allemagne se trouvaient dans le camp des plus prudents !

La Maison-Blanche et l’Allemagne ont annoncé un accord « pour déployer en Allemagne des missiles Tomahawk à longue portée ».

Et quand bien même la tradition de la Ve République veut qu’un président ne communique pas à l’étranger sur les problèmes internes de son pays, Macron, pour rassurer ses maîtres, s’est empressé de déclarer qu’il ne prendrait, dans son nouveau gouvernement, aucun élément s’étant prononcé pour la sortie de la France du commandement intégré de l’Alliance et pour l’arrêt des aides militaires à l’Ukraine...

Si le ton du communiqué final est résolument impérial et va-t-en guerre, le texte comporte peu d’annonces nouvelles et concrètes pour Kiev. L’OTAN s’y engage à lui fournir en 2025 une nouvelle aide de 40 milliards et cinq nouveaux systèmes de défense aérienne « Patriot ». De plus, si les États-Unis, les Pays-Bas et le Danemark ont affirmé que les premiers avions de chasse F-16 seraient entre les mains des pilotes ukrainiens avant la fin de l’été, de nombreux spécialistes doutent de cette échéance, le pilotage de ces avions requérant une longue formation, ainsi que la constitution d’importantes équipes techniques pour les faire fonctionner.

Diatribe de l’OTAN contre la Chine

Autre élément inquiétant, l’attaque virulente dont la Chine a fait l’objet, accusée de « jouer désormais un rôle déterminant dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine à travers (...) le large soutien qu’elle apporte à la base industrielle de défense russe », d’être « à l’origine d’incessantes activités cyber et hybrides malveillantes » et de continuer « à développer et à diversifier son arsenal nucléaire à un rythme soutenu, se dotant d’un plus grand nombre de têtes nucléaires et de vecteurs sophistiqués ».

Beijing a aussitôt réagi en exprimant son « vif mécontentement » face à ce communiqué final de l’OTAN, « empreint d’une mentalité digne de la Guerre froide et d’une rhétorique belliqueuse », selon un communiqué du porte-parole de la mission chinoise auprès de l’Union européenne (UE).

En marge du Sommet

Si le sommet en tant que tel a été quelque peu ébranlé, c’est ailleurs qu’il faut voir les capacités de l’OTAN à embarquer peu à peu tous les pays européens dans sa logique de guerre. En marge du sommet, la Maison-Blanche et l’Allemagne ont annoncé un accord « pour déployer de façon ponctuelle, à partir de 2026, des nouveaux armements en Allemagne, permettant des frappes plus lointaines que les systèmes américains actuellement positionnés en Europe. Concrètement, il s’agira notamment de missiles SM-6 (missiles sol-air multi-usages à très longue portée), de missiles Tomahawk, ainsi que de missiles hypersoniques en voie de développement ». Des missiles capables, précisons-le, de porter des armes aussi bien conventionnelles que nucléaires. ▪