Le 20 mai, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, déclare qu’il a de bonnes raisons de penser que la responsabilité pénale de trois dirigeants du Hamas est engagée pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, dont « l’extermination », « la prise d’otages » et « le viol et autres formes de violence sexuelle ».
Dans sa deuxième requête, le procureur met en cause Benjamin Netanyahou, le Premier ministre d’Israël, et Yoav Gallant, son ministre de la Défense, dont la responsabilité pénale est également engagée pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment :
- « le fait d’affamer délibérément des civils comme méthode de guerre ;
- le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé ;
- le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile ;
- l’extermination et/ou le meurtre (…), y compris en lien avec le fait d’affamer des civils ayant entraîné la mort. »
Le président américain, Joe Biden, a jugé « scandaleux » le mandat d’arrêt requis contre les dirigeants israéliens. S’ils sont condamnés pour crimes contre l’humanité, en effet, le président des Etats-Unis, qui leur apporte argent, armes et soutien indéfectible, risque de devoir s’expliquer lui aussi devant les juges. Alors que la France approuve la démarche de la CPI, l’Allemagne regrette « l’impression de fausse équivalence », suggérant que le seul agressé ici est Israël.
Le 24 mai, avec l’Irlande, l’Espagne et la Norvège, ce sont désormais 146 des 193 Etats membres de l’ONU qui reconnaissent l’Etat palestinien.
Le même jour, la Cour internationale de justice (CIJ) a sommé Israël d’« arrêter immédiatement son offensive militaire, et toute autre action menée dans le gouvernorat de Rafah, qui serait susceptible de soumettre le groupe des Palestiniens de Gaza à des conditions d’existence capables d’entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».
Penser demain
S’il est impératif d’imposer un cessez-le feu durable et de reconnaître l’État palestinien comme un Etat de plein droit, disposant d’un droit de vote aux Nations unies et de frontières sûres, il est tout aussi urgent pour les Palestiniens d’accéder à une véritable souveraineté, donc de pouvoir disposer de leurs ressources énergétiques (champ gazier devant Gaza) et de l’eau dont ils ont besoin pour reconstruire et faire prospérer leur pays.
« La proposition [de plan] elle-même est un moyen de parvenir à la paix. » Eisenhower, 1968
En 1968, dans un article du Reader’s Digest, l’ancien président Eisenhower s’inquiétait que deux enjeux majeurs restent sans réponse : la question des réfugiés et celle de l’eau. Jamais on ne pourrait avoir la paix tant qu’on ne les aurait pas résolues. Pour y remédier, il préconisait de construire trois unités de dessalement de l’eau de mer, couplées à des réacteurs nucléaires, afin d’accroître substantiellement l’approvisionnement en électricité et surtout en eau douce pour l’ensemble du Proche-Orient.
Ce plan avait été imaginé dès 1945 par d’anciens chercheurs du Programme Manhattan, désireux de voir l’atome servir un but pacifique. Face à l’opposition des géopoliticiens de l’époque, Eisenhower soulignait un point crucial, toujours d’actualité : « La plupart des diplomates professionnels semblent penser qu’il faut instaurer la paix au Moyen-Orient avant de mettre ce plan en œuvre. Je soutiens que c’est l’inverse qui est vrai : la proposition elle-même est un moyen de parvenir à la paix. »
Dès 1975, le penseur et économiste américain Lyndon LaRouche avait présenté à de hauts responsables de plusieurs pays de la région une version améliorée de cette approche, baptisée « Plan Oasis », que l’Institut Schiller soumet à nouveau aujourd’hui aux décideurs en vue de sa mise en œuvre immédiate. Il ne s’agit pas d’un plan définitif, mais d’une ébauche suffisamment claire dans ses principes pour susciter l’intérêt bien compris des uns et des autres.
Pour permettre à nos lecteurs d’en saisir l’essentiel, voici une carte commentée en 15 points :
– Abandon par Israël de son contrôle exclusif des ressources en eau, au profit d’un accord de partage équitable des ressources entre tous les pays de la région ;
– Reconstruction et développement économique de la bande de Gaza, y compris l’Aéroport international Yasser Arafat (inauguré en 1998 et détruit au bulldozer par Israël en 2002), un grand port maritime desservant un hinterland équipé d’infrastructures de transport, industrielles et agricoles.
– Installation immédiate d’une usine de dessalement flottante, sous-marine ou off-shore, sur la côte de Gaza.
– Construction d’un réseau ferroviaire moderne pour le transport rapide des personnes et du fret, reliant la Palestine (y compris Gaza) et Israël aux pays voisins.
– Réalisation (pour moins de 20 milliards de dollars) d’un système d’adduction d’eau Méditerranée-mer Morte et mer Rouge-mer Morte, composé de tunnels, pipelines, galeries d’eau, stations de pompage, unités hydroélectriques et usines de dessalement fonctionnant à l’énergie nucléaire.
– Avant d’être dessalée, l’eau de mer arrivant à la mer Morte « chutera » dans un puits de 400 mètres de profondeur (le niveau de la mer Morte), produisant ainsi de l’hydroélectricité.
– Après dessalement, l’eau douce ira alimenter la Jordanie, la Palestine et Israël ; la saumure ira remplir et sauver la mer Morte.
– L’unité nucléaire de « dessalement hybride » fera appel aussi bien à la chaleur qu’à l’électricité produite par le réacteur.
– La chaleur industrielle des réacteurs à haute température (HTR) servira à des applications industrielles et agricoles.
– L’ensemble des réservoirs fonctionnera également comme un système de transfert d’énergie par pompage (STEP), indispensable pour réguler les réseaux électriques de la région.
– Une partie de l’eau de mer transitant par le système d’adduction Méditerranée-mer Morte sera dessalée à Beersheba, la « capitale du Néguev » dont la population, grâce à de nouvelles réserves d’eau douce, pourra doubler.
– De nouvelles villes et des « corridors de développement » se développeront autour des nouveaux systèmes d’adduction d’eau.
– Le centre de recherche nucléaire et la centrale de Dimona (réacteur à but militaire, pour l’instant) seront la base d’un programme nucléaire civil israélien et contribueront à la construction d’usines de dessalement nucléaire. La Jordanie fournira l’uranium.
– Il existe des plans américains et israéliens pour accueillir un demi à un million d’habitants supplémentaires dans le Néguev – à condition que l’eau y soit disponible en quantité. Ces plans, qui ne sauraient en aucun cas être une simple extension de colonies exclusivement juives, offriront une opportunité pour tous les citoyens israéliens, en coopération pacifique avec les bédouins qui y vivent, les Palestiniens et d’autres, de faire reculer l’ennemi commun : le désert.
– Fin de la politique de colonisation illégale en Cisjordanie. Les colons seront incités (fiscalité, etc.) à se réorienter vers le Néguev pour y occuper, avec d’autres, des emplois productifs et faire fleurir le désert (62 % du territoire israélien).
PS : Le Plan Oasis vise à promouvoir la paix par le développement mutuel. Il est aux antipodes du projet du canal dit « Ben Gourion », un plan mégalomaniaque défendu par Netanyahou, visant à créer un canal de navigation de la mer Rouge à la Méditerranée pour concurrencer le canal de Suez.