S&P répond à Bayrou

Inspirez-vous d’Henri IV !

samedi 13 septembre 2025

Le « Bon roi » Henri IV et le Premier ministre François Bayrou. 
JEANNE ACCORSINI/SIPA

Tout cela n’est pas gratuit. « Aujourd’hui, le budget de la défense ne représente que 2 % de la richesse nationale, c’est 60 milliards d’euros », a précisé le journaliste Jean-Paul Chapel le 24 juin au micro de France Info.

Selon le Haut-commissariat au Plan, qui a fait ses calculs à l’horizon 2030, le budget militaire atteindrait la barre des 100 milliards d’euros si la Défense représentait 3 % du PIB. « Et à 5 %, l’objectif final [comme l’exige Donald Trump pour l’OTAN], on arrive à 172 milliards d’euros, ce serait alors le premier budget de l’État, soit deux fois plus que l’actuel budget de l’Éducation nationale », constate le journaliste. A la demande de l’UE, les agences de notation (aux mains des banques), magnanimes, accepteront que ces dépenses militaires supplémentaires ne soient pas prises en compte dans leur calcul de conformité avec les critères de Maastricht.

Où en est notre dette ?

Au premier trimestre 2025, la dette publique française au sens du Traité de Maastricht (norme de référence dans l’Union européenne) s’élève à 3345,4 milliards d’euros, en hausse de 40,2 milliards par rapport au trimestre précédent. En pourcentage du PIB, elle représente désormais 113,9 %, dépassant une nouvelle fois la barre symbolique des 100 %. Son montant est donc bien supérieur à la richesse économique du pays. Ce seuil critique rappelle combien l’engagement de maintenir la dette publique sous les 60 % du PIB, imposé par les accords de Maastricht, est désormais lointain. Avec une dette près de deux fois supérieure à cette limite, la France fait partie des pays les plus endettés de la zone euro. Devancée seulement par la Grèce (153,6 %) et l’Italie (135,3 %), elle rattrape les États-Unis (122 %), bien que restant derrière le Japon (236,7 % en 2024).

La charge de la dette, qui s’élève déjà à près de 59 milliards d’euros, continue de croître sous l’effet de son propre poids. Elle atteindra 67 milliards d’euros en 2025, un niveau historiquement élevé. Ce poste budgétaire a désormais dépassé celui de la Défense et se rapproche dangereusement de celui de l’Éducation nationale.

Selon les prévisions du Haut Conseil des finances publiques (HCFP), en 2029, la charge de la dette dépassera à elle seule les 100 milliards d’euros... Aux États-Unis, le paiement des intérêts de la dette (37 000 milliards de dollars) est estimé à plus de 1200 milliards de dollars, soit 40 % des recettes de l’impôt sur le revenu. C’est plus que ce que les États-Unis dépensent pour leur défense (880 milliards). Pour Bayrou, comme pour tout responsable qui tente de trouver une solution à l’intérieur du système actuel, ces chiffres ne peuvent que provoquer la panique.

La note sera salée

Rien d’étonnant que le 15 juillet, soutenu par Macron, il ait donc présenté la note aux contribuables français. Son plan budgétaire pour 2026 comprend un vaste programme d’économies de 43,8 milliards d’euros : coupes budgétaires massives, suppressions d’emplois de fonctionnaires, un fonctionnaire sur trois partant à la retraite non remplacé, non revalorisation des retraites et des prestations sociales avec l’année blanche, gel du barème de l’impôt sur le revenu, déremboursements de médicaments, suppression de deux jours fériés...

Invoquant régulièrement l’exemple de Pierre Mendès France, qui rendait compte de son action de chef du gouvernement (1954-1955) à la radio nationale, François Bayrou, en sept courtes allocutions sur YouTube, s’est lancé dans une « opération de communication directe » jusqu’au début du mois de septembre, en abordant les différents enjeux des textes financiers qui seront examinés au Parlement à partir d’octobre. Le chef du gouvernement invite également les Français à lui écrire directement via l’adresse mail fbdirect@premier-ministre.gouv.fr

Message de Solidarité & Progrès à François Bayrou :

Monsieur le Premier ministre,

Nous vous félicitons d’ouvrir un dialogue direct avec les Français sur un sujet aussi important que l’avenir des finances publiques de notre pays, dans l’esprit des échanges radio auxquels se livrait en son temps le visionnaire Pierre Mendès France.

Puisque vous nous invitez à vous soumettre nos réflexions et propositions, voici quelques pistes. Sans cynisme ni cruauté, je ne peux que vous inviter à relire quelques pages intéressantes d’un ouvrage intitulé Henri IV, le roi libre, de la plume d’un certain... François Bayrou, publié chez Flammarion en 1994.

L’auteur y rappelle d’abord que lors de son accession au trône, le roi trouva, après un demi-siècle de guerres civiles et de conditions climatiques désastreuses, « non pas la France, mais le cadavre de la France », selon l’expression de Pasquier.

Henri IV et Sully réussirent à « désendetter le pays de 50 % en dix ans », constate l’auteur (p. 347), permettant ainsi le redressement de la France.

Il salue alors, fort justement, l’empathie profonde du « bon roi Henri » et de Sully pour les Français :

Comment Henri et Sully réussirent-ils à rétablir ainsi le budget et le crédit de l’État ? Ce ne pouvait être en ponctionnant davantage les petites gens. Au-delà de la crise des finances publiques, la hausse du prix du blé, la crise générale des subsistances et la précarité de ces temps troubles mettaient en effet le peuple de France au bord de la misère.

Avant de poursuivre, l’auteur pointe l’énorme gouffre en matière de richesse qui pouvait séparer un gentilhomme modeste, devant se contenter de 150 livres par an, et les seigneurs résidant à la cour, qui gagnaient plusieurs milliers de livres par an.

Pour faire face (p. 349),

Sully commença par l’urgence. Lutte contre la corruption, récupération autoritaire des créances (...) Plus importante pour le long terme, la renégociation habile des dettes du roi auprès de ces principaux créanciers, qu’il s’agisse des cantons suisses, auxquels on avait largement emprunté, de princes étrangers, de financiers français ou italiens, voire de villes du royaume. Chaque fois, Sully procédait à une vérification minutieuse des arriérés et des remboursements réclamés, qui permettait une estimation beaucoup plus raisonnable. Il ouvrait ensuite une négociation avec le créancier, lui proposant un règlement immédiat d’une partie des arriérés en échange d’un rééchelonnement des remboursements et de l’abandon d’une partie de la créance. Souvent menacés de faillite financière si leur débiteur ne les réglait pas rapidement, les créanciers ne pouvaient qu’obtempérer... Sully parvient en quelque sorte à déplacer l’endettement de l’État royal vers les grands financiers (l’équivalent de nos grandes banques actuelles).

Courage !

Voilà donc des pistes pour vous, cher Béarnais ! Sully avait compris le fameux dicton : « Si vous devez 10 000 euros à votre banque, c’est votre problème. Mais si vous lui en devez 10 millions, c’est elle qui a un problème ! »

Vous objecterez que ce qui était possible en 1600 ne l’est plus en 2025, et qu’à l’époque, il n’y avait pas les contraintes européennes... L’histoire, en effet, ne se répète jamais, mais quelques grands principes sont immuables.

Nous estimons également que vous avez tort de vouloir appliquer à la comptabilité nationale la sage gestion que doit s’imposer un simple ménage plombé par le surendettement. Avec le poids de son économie et le volume de son épargne, la France n’est ni Chypre ni la Grèce !

Prenez conscience que ce sont les grandes banques internationales qui sont faibles, vérolées comme elles le sont par des produits financiers exotiques et des créances spéculatives et dangereuses (produits dérivés, titrisations et maintenant cryptos, contre lesquels Jacques Cheminade n’a cessé de mettre en garde). Qu’a-t-elle à gagner en s’endettant auprès de banques dont la faillite ne saurait tarder ?

En réalité, vous êtes en position de force pour imposer un changement des règles du jeu. Cela pourrait se traduire par le retour à de vraies banques nationales, une séparation stricte des banques, un audit des dettes et des intérêts abusifs, débouchant sur un jubilé des dettes (effacement partiel et rééchelonnement), ainsi que le réclame le Vatican.

Si la France prenait la tête d’une telle initiative, elle serait écoutée, respectée et suivie, et pas seulement par les pays membres des BRICS. Si la technocratie de Bruxelles s’y oppose, une dissolution ordonnée de l’UE et de l’euro permettra de refonder un cadre plus sain entre États européens souverains, sur le modèle du « Plan Fouchet » du général De Gaulle. Votre Commissariat au Plan, au lieu de servir de bureau d’étude, retrouverait alors le rôle de pilote de la transformation économique. Vous dites que la France manque de courage. Saurez-vous l’incarner ? Payer la dette avec le sang et les larmes de son peuple est non seulement abject, mais totalement inefficace, Monsieur le Premier ministre ! La seule dette légitime, c’est celle que l’on a envers les générations à naître. Car, comme le disait Georges Boris, l’inspirateur et ami de Pierre Mendès France : « C’est en dirigeant la monnaie et non en se laissant diriger par elle que, sous le règne social où nous vivons, un remède peut être apporté aux grands maux dont nous souffrons. »

Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de nos salutations respectueuses.

Karel VEREYCKEN
Vice-président de Solidarité & Progrès

L’arnaque des intérêts de la dette

Depuis 1974, la France finance son déficit budgétaire en allant constamment se procurer de l’argent sur les marchés (banques privées, assureurs, etc.). En pratique, le Trésor émet (vend) des « bons du trésor », des obligations portant intérêt.

La dette publique ne cessant d’augmenter, les intérêts payés en font autant. En 2025, la charge de la dette (les intérêts) a dépassé les 55 milliards d’euros, devenant ainsi le premier poste de dépenses de l’État !

Selon le mécanisme pervers de la dette publique, plutôt que d’obliger les ultra-riches à payer leurs impôts en France au lieu de pratiquer « l’optimisation fiscale » grâce aux paradis fiscaux, l’Etat doit se résigner à emprunter aux financiers privés, moyennant la promesse d’un calendrier de remboursement fixe (une obligation), auquel s’ajoute un coupon (intérêt) annuel, ce qui, en fin de compte, revient très cher.

Pire encore, les obligations à durée fixe sont remboursées à échéance par l’émission de nouvelles obligations, le cas échéant avec des taux en hausse. Autrement dit, lorsqu’arrive une échéance de remboursement, l’État réemprunte la même somme : on dit qu’il fait « rouler » la dette.

Le capital initial n’est donc jamais remboursé et le paiement d’intérêts, à l’image de la vie d’un Etat, est en théorie infini. Le seul hic, c’est que dans ces conditions, le coût des intérêts cumulés (à ne pas confondre avec des intérêts simples ou composés) devient prohibitif.

Exemple : en 2005, l’État français fut le premier en Europe à émettre un emprunt sur 50 ans, au taux de rendement de 4,21 %. Ce qui aboutit à un taux d’intérêt final exorbitant : sur 1000 euros, 42,1 euros x 50 = 2105 euros, soit 210 %. Bien que la Banque de France, pour « protéger les consommateurs d’éventuels abus », fixe chaque trimestre le taux maximum légal (dit « taux d’usure ») que les établissements de crédit sont autorisés à pratiquer lorsqu’ils vous accordent un prêt, l’application de ce dispositif mérite d’être revu.

Plusieurs analyses convergent pour dire que les intérêts sont hors de toute proportion :

  • « Depuis 1974, les intérêts de la dette représentent 53 % de l’endettement cumulé par la France », titre pour sa part un article de la Fondation IFRAP de juin 2024.
  • « Depuis 1974, nous avons payé à nos créanciers en 2023 environ 1640 milliards d’intérêts, ce qui n’est pas mal compte-tenu du fait qu’une grande majorité de cet argent prêté a été créée à partir de rien. En admettent que seul un dixième de ces sommes soit de l’argent réel (fonds propres ou dépôts de clients) cela fait quand même un rendement de pratiquement 500 %. Il y aurait peut-être matière a discuter un peu sur les intérêts futurs ? » estime de son coté Jean Goychman.
  • En 2017, lors de sa campagne présidentielle, Jacques Cheminade avait mis en garde : « Notre dette publique était de 239 milliards en 1979, elle est de 2.170 milliards aujourd’hui. Pendant ce temps, on a payé 1.400 milliards d’intérêts. C’est ça une occupation financière. »
  • Chiffre confirmé par Géraldine Woesner sur Europe 1 : « C’est plutôt vrai. Nous avons refait le calcul avec les comptes nationaux de l’INSEE, 1.350 milliards d’intérêts versés depuis 1979. La dette, elle-même, atteignait 2.147 milliards au début de l’année. Et cette explosion est due en partie, c’est exact, au poids des intérêts. Car chaque année depuis que l’État est en déficit, donc depuis 1975, il emprunte sur les marchés pour payer ses dépenses courantes. Ces emprunts génèrent des intérêts qui viennent s’accumuler aux sommes dues. Depuis plus de 20 ans, le remboursement de ces intérêts avale chaque année plus de 40 milliards. »
  • A partir d’une dette relativement faible, en cumulant les intérêts versés depuis 1975, pour la dette de 2024, l’État a déjà payé près de 2700 milliards d’euros d’intérêts pour une dette qui a augmenté de plus de 3000 milliards d’euros, affirmaient les experts du site Elucid.

En clair, cela signifie qu’on a déjà pratiquement remboursé en intérêts la somme empruntée, sans pour autant jamais réduire le principal. De 2018 à 2021, lorsque les taux étaient très bas, l’État français aurait pu, comme d’autres l’ont fait, rembourser une partie du capital de sa dette et du coup, en réduire d’autant la charge. Impossible, hélas ! Les banques, pour protéger le bon fonctionnement de leur marché et la titrisation des dettes qui leur rapporte une fortune, ont obtenu un arrêté interdisant à l’État tout remboursement anticipé de ses obligations.

Faire payer la dette à coup de gourdin est donc clairement une politique de « Robin des bois à l’envers » : prendre aux pauvres pour donner aux ultra-riches.<carre|>