L’opération militaire américaine au Venezuela pour enlever le président Maduro et son épouse, et pour prendre en même temps le contrôle du pétrole de ce pays qui, selon le président Trump, appartiendrait aux États-Unis car c’étaient des compagnies américaines qui l’avaient exploité autrefois, avant sa nationalisation en 1976, a mis en lumière la véritable personnalité du président américain.
Il est clair que Trump a menti quand il avait promis d’arrêter les guerres sans fin de son pays à l’étranger. Rien que dans les dix premiers jours de 2026, outre l’intervention au Venezuela, les Etats-Unis ont attaqué ou menacé d’attaquer militairement le Groenland, Cuba, la Colombie, la Syrie, la Somalie, le Nigeria et l’Iran ! Dans le même temps, le 31 décembre, Ia CIA a soutenu une tentative d’assassinat ukrainienne contre le président Poutine, et Trump a fait adopter un budget militaire en augmentation de 50 %, passant de 1000 à 1500 milliards de dollars !
Mais ce serait une erreur de croire qu’il s’agit là d’un simple retour au néo-conservatisme. C’est bien pire. Ici et là, les langues commencent à se délier parmi ceux qui connaissent la politique new-yorkaise et qui ont suivi l’ascension de Donald Trump.
Lors du séminaire d’urgence sur le Venezuela, organisé le 12 janvier par l’Executive Intelligence Review EIR [1], l’ancien et très respecté ambassadeur des Etats-Unis, Chas Freeman, dénonça l’utilisation de l’intimidation et de la force, dans une logique qu’il a qualifiée de « gangstérisme », venant se substituer aux anciens « diktats ».
Même le président allemand Steinmeier, d’ordinaire plutôt modéré, a dénoncé dans un commentaire sur l’expédition vénézuélienne « la chute des valeurs et un monde qui dévient un repaire de bandits, où ceux qui ont le moins de scrupules prennent ce qu’ils veulent ».
Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), n’y est pas allé par quatre chemins pour décrire, dans un entretien avec le journal Le Monde (14/01), Donald Trump comme « un parrain » dans le « sens sicilien » du terme. Car il a appelé sa propre version de la doctrine Monroe, « doctrine Donroe », le « Don » des parrains siciliens !
Stablecoins, vaste opération de blanchiment
Outre la décision d’accaparer le pétrole vénézuélien dans des conditions iniques, puisque la vente sera gérée par Trump lui-même à partir d’un compte off-shore, un autre élément aurait dû attirer l’attention des fins observateurs de ce personnage.
C’est la décision adoptée au tout début de son mandat de créer un « stable coin » c’est-à-dire une cryptomonnaie à parité avec le dollar (1$ = 1 bitcoin) et garantie par les obligations du Trésor américaines.
L’objectif de cette opération ? Créer une crypto moins volatile que les autres, ouvrant la voie à son utilisation dans des transactions courantes. C’est le Genius Act, la loi introduite par Trump au Congrès, qui organise désormais la création et la gestion de ce stablecoin. Mais, à y regarder de près, cela pourrait correspondre en réalité à une vaste opération de renflouement monétaire et de blanchiment d’argent sale.
Car, comme toutes les forces de maintien de l’ordre le savent, les cryptos, qui sont des instruments de paiement numérique purement spéculatifs, sans aucune valeur juridiquement reconnue, sont le moyen de paiement idéal pour les transactions illégales : trafic de drogue, terrorisme, trafic d’œuvres d’arts volées, etc.
Leur fonctionnement s’appuie sur un protocole informatique crypté et décentralisé, appelé « blockchain », pour valider, sécuriser et enregistrer des transactions entre plusieurs utilisateurs, sans passer nécessairement par un intermédiaire bancaire ou tout simplement un contrôle fiscal. Le système adopté par les Etats-Unis n’oblige pas l’investisseur à sortir de la blockchain pour faire une transaction ou échanger des bitcoins contre le dollar, de sorte que peuvent se faire, dans la même blockchain, des transactions entre un argent d’origine criminelle et des dollars « propres ».
L’opération correspond donc à un vaste renflouement du système bancaire américain, sans doute fort bien reçu par ce système totalement endetté, mais aussi à un blanchiment de capitaux d’origine criminelle, ce qui ne peut que plaire aux mafias de toutes sortes.
Donald Trump a été l’objet de nombreuses enquêtes pour ses relations avec la Mafia.
En France, le livre de référence sur cette question est celui de Jean-François Gayraud, paru chez Plon en octobre 2023, La Mafia et la Maison Blanche - Un secret si bien gardé, de Roosevelt à nos jours.
La Mafia et la Maison Blanche
Commissaire général de la Police nationale, diplômé de Sciences Po Paris, de l’Institut de criminologie et docteur en droit, J.-F. Gayraud est aussi un spécialiste reconnu du crime organisé, ce qui lui a valu de recevoir le prix Giovanni Falcone en 2014.
Cet ouvrage consacre des articles aux onze présidents américains qui se sont succédé, de Franklin Roosevelt à Joseph Biden. Un chapitre de 47 pages est dédié à Trump sous le titre : « Donald Trump, en affaires avec la Mafia », dont nous présentons ci-dessous un résumé.
Trump mérite bien son nom, nous dit Jean-François Gayraud, « tant sa vie est une longue suite de tromperies, de transactions douteuses et de mensonges, révélant un être amoral pour qui la fin justifie les moyens ». Sa vie « est jalonnée de relations directes et indirectes avec des membres ou des associés de la Mafia, près de quatre décennies durant ».
Trois journalistes ont été particulièrement actifs sur ce dossier depuis 1990 : Wayne Barrett, Timothy L. Obrien et David Cay Johnston. Une mise en lumière particulièrement difficile, reconnaît J.-F. Gayraud, « tant l’homme est puissant et vindicatif. Dès qu’une accusation apparaît, il est l’adepte de la corruption matérielle et de l’intimidation judiciaire pour tenter d’étouffer dans l’œuf la publication ».
« Pourtant, l’historique de ses relations professionnelles et personnelles avec des mafieux ou de simples gangsters est impressionnant. Le tableau brossé ici est celui d’un promoteur immobilier, casinotier et organisateur de combats de boxe ayant frayé avec la mafia et ses associés. »
Sur la relation entre Donald Trump et Roy Cohn, mieux connu pour sa contribution au McCarthysme aux Etats-Unis, et comme celui qui a fait exécuter les époux Rosenberg sur la chaise électrique, Jean François Gayraud confirme la proximité et le rôle néfaste exercé par Cohn sur Trump.
L’intimidation comme méthode d’action
Lorsqu’il rencontre Cohn pour la première fois, Trump a 27 ans et Cohn 46. « Ainsi commence la relation probablement la plus influente de la carrière de Donald Trump, qui recourt désormais aux services de Roy Cohn pour toutes ses batailles juridiques, qu’elles soient d’ordre privé (mariage, divorce) ou professionnel. »
Et voici l’origine du comportement violent de Trump :« L’avocat enseigne à Donald Trump qu’il faut systématiquement instiller la peur chez ses adversaires, ne jamais s’excuser et toujours attaquer. La seule politique qui vaille selon lui est l’intimidation et l’agression. »
Selon Jean-François Gayraud « Trump apprécie le style flamboyant et la dureté du personnage ». Il cite à l’appui ce que Trump dit lui-même dans son ouvrage, « Trump, The Art of the Deal » :
« Ce n’était pas un boy-scout. Il m’a dit un jour avoir passé plus des deux tiers de sa vie d’adulte sous inculpation pour une infraction ou une autre. Cela m’a étonné. Je lui ai dit : ‘Roy, as-tu vraiment fait tout cela ?’ Il m’a regardé et a souri. ‘Que crois-tu ? m’a-t-il répondu, [avant d’ajouter] : ‘Je n’en ai aucune idée.’ »
A New York, dans les années 1960, 70 et 80, personne ne peut faire de politique ou d’affaires dans l’immobilier sans passer par Roy Cohn. Il est le conseil ou l’ami des grandes figures de la mafia dont la liste est interminable, un vrai Who’s Who. « Il affirme ainsi être intervenu auprès de Frank Costello, l’un des chefs mafieux new-yorkais les plus puissants après la IIe Guerre mondiale, en faveur d’un ami afin qu’il obtienne un poste de procureur fédéral. »
Un cloaque de gangsters
« En effet, toute sa vie, Roy Cohn œuvre à la limite de la légalité, ce qui lui vaut de multiples poursuites judiciaires, pour extorsion, fraude fiscale, parjure, vol, violation des lois bancaires, etc. Il est finalement radié du barreau de New York peu avant sa mort, en 1986. » <carre|>

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