Une dissidence française ?

mercredi 5 juin 2024

1954 : Pierre Mendès France et le Premier ministre chinois, Zhou Enlai, lors des négociations à Genève pour mettre fin à la guerre d'Indochine.
1954 : Pierre Mendès France et le Premier ministre chinois, Zhou Enlai, lors des négociations à Genève pour mettre fin à la guerre d’Indochine.
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Cette approche constructive envers la Chine a aussitôt provoqué des cris d’orfraie chez les journalistes atlantistes, tels qu’Isabelle Lasserre, du Figaro, qui déplorait le 6 mai que « le président français le répète dans presque toutes ses interventions :‘La France refuse de s’enfermer dans une logique de blocs’ ». La Chine, s’indigne-t-elle, est « sensible » à ce discours que « Pékin interprète comme une volonté française de se distancier de ‘l’ennemi’ américain et de son ‘bras armé’, l’Otan ».

Les États-Unis demandent de manière insistante aux Européens de se montrer plus fermes vis-à-vis de la Chine, à l’origine, selon eux, de la reconstitution de l’industrie d’armement russe. (...) Mais comme de nombreux Européens, Emmanuel Macron veut garder une politique ‘propre’, indépendante de la position américaine et moins ‘confrontationnelle’ envers Pékin.

Lasserre conclut sa diatribe en rappelant qu’en avril 2023, alors que Macron développait sa stratégie d’« autonomie stratégique européenne », il

avait choqué ses partenaires en affirmant, de retour d’un déplacement en Chine, que l’Europe ne devait pas faire preuve de ‘suivisme’ vis-à-vis des États-Unis à propos de Taïwan. Défendant une ‘troisième voie’, il avait donné l’impression à certains d’inciter Pékin à reprendre le contrôle de l’île… 

Notons enfin que c’est pendant cette visite des 6-7 mai qu’on a appris, à la grande fureur du Monde, que la France avait dépêché son ambassadeur en Russie, Pierre Lévy, à la cérémonie d’investiture de Vladimir Poutine, boudée par tout le G7 !

Quant à nous, face au danger d’une nouvelle guerre mondiale, possiblement nucléaire, et sans oublier pour autant tous les « en même temps » du Président, nous nous permettons de l’encourager à persévérer dans cette voie gaullienne, la seule à pouvoir nous conduire à bon port.

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De Gaulle et la Chine

Histoire d’une amitié

Charles de Gaulle en 1964.
Charles de Gaulle en 1964.
INA

En 1949, la France ne reconnaît pas la République populaire de Chine et ne maintient ses relations diplomatiques qu’avec le gouvernement de Tchang Kaï-Chek réfugié à Taïwan.

Toutefois, tous les contacts ne sont pas coupés entre la France et la RPC. (…) les accords de Genève (1954), destinés à régler le conflit indochinois, sont négociés entre le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères chinois, Zhou Enlai, et le président du Conseil français, Pierre Mendès France.

Mais c’est le général de Gaulle (…) qui va donner une nouvelle orientation aux relations franco-chinoises. Cette orientation est à mettre en relation avec sa politique étrangère. Trois grands principes la régissent : indépendance, grandeur et réalisme.

Ainsi, dès le 6 juin 1962, de Gaulle confie à Alain Peyrefitte, futur porte-parole du gouvernement en 1963-1964, que la politique de cordon sanitaire préconisée par la Grande-Bretagne à l’encontre de la Chine est dangereuse et qu’

il se pourrait bien qu’un jour ou l’autre, [la France] soit amené[e]s à [la] reconnaître et à donner l’exemple au monde.

Les indépendances de l’Indochine en 1954 et de l’Algérie en 1962 lèvent les obstacles géopolitiques au rapprochement franco-chinois, la France n’étant plus alors considérée comme un Etat colonial par la Chine.

En octobre-novembre 1963, Charles de Gaulle envoie l’ancien président du Conseil Edgar Faure en Chine, comme son représentant, afin de préparer la reconnaissance avec les dirigeants chinois.

Lors du Conseil des ministres du 8 janvier 1964, de Gaulle expose ses arguments en faveur de la reconnaissance par la France de la République populaire de Chine :

La Chine est un chose gigantesque. Elle est là. Vivre comme si elle n’existait pas, c’est être aveugle, d’autant qu’elle existe de plus en plus. [...] La Chine meurt d’envie d’être reconnue […].

Le 27 janvier 1964, la France et la Chine établissent des relations diplomatiques. 

Source : Fondation Charles de Gaulle

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