La Chine

Une civilisation de progrès et de solidarité

jeudi 23 juillet 2026

L’auteur devant l’entrée des grottes de Dunhuang.
Sébastien Périmony

Voici un extrait du récit de voyage de Sébastien Périmony, qui a fait partie d’une délégation d’Européens qui a visité la Chine en juin 2026 (version intégrale sur le blog de l’auteur, sebastienperimony.com).

« L’homme d’autrefois est parti, chevauchant la grue jaune.
Ici ne reste plus que la Tour de la grue jaune.
L’oiseau jaune, une fois parti, jamais ne revient.
Les nuages blancs, depuis mille ans, voguent dans le vide.
Sous le ciel clair, les arbres de Hanyang se découpent net.
Sur l’Île du Perroquet, l’herbe odorante foisonne.
Au crépuscule, où est ma terre natale  ?
Sur le fleuve, brumes et flots attristent le cœur. »

La Tour de l’Oiseau Jaune de Cui Hao (703 après J.-C.)

Du 1er au 11 juin 2026 une délégation d’Européens dont j’avais la chance de faire partie, a été invitée à découvrir la Chine par l’Association chinoise pour les échanges internationaux (CAFIU, Chinese Association For International Understanding).

Nous avons pu visiter la ville historique des Routes de la soie d’antan, Dunhuang, dans la province de Gansu, puis Wuhan, dans le centre de la Chine (province du Hubei), le long du Fleuve bleu, avant de rejoindre, par le train à grand vitesse, Shanghai, la ville aux 27 millions d’habitants où fut créé le Parti communiste chinois, devenue aujourd’hui la place financière de la Chine.

Sébastien Périmony

Dunhuang, province de Gansu

Avait lieu à Dunhuang, lors de notre présence, la 3ème conférence mondiale des sinologues, accueillant des experts du monde entier sur l’étude de la culture multiséculaire chinoise, sur le thème, « Mettre en commun le savoir des civilisations pour relever ensemble les défis de notre époque ».

Vaste programme et belle ambition, qui contrastait incommensurablement avec la semaine que j’avais passée à Moscou pour participer au forum international sur la sécurité, avant mon départ pour la Chine. Pour vous en donner un aperçu, il me suffit de vous livrer les propos introductifs de ce forum par Sergueï Narychkine, le directeur du service des Renseignements extérieurs de la Fédération de Russie : 

« Des cercles d’experts sont en train de discuter sérieusement le moment précis du commencement d’une nouvelle guerre planétaire, ou si elle a déjà commencé, et enfin si l’humanité a une chance d’y survivre (…) J’aimerais donner un bon conseil aux Allemands et aux Français. Apprenez les leçons de l’histoire et ne vous embourbez pas avec la Grande-Bretagne hypocrite et traîtresse. Elle vous trompera de toute façon, puis vous trompera à nouveau, puis se défaussera de toutes responsabilités. » 

Deux salles, deux ambiances, comme dirait l’autre !

Mais revenons plutôt au dialogue des civilisations. Située à l’extrémité ouest du couloir de Hexi, à la jonction des provinces (régions autonomes) du Gansu, du Qinghai et du Xinjiang, Dunhuang relève de l’administration de la ville de Jiuquan, avec une population permanente de 182 000 habitants. Son histoire s’étend sur plus de 2100 ans, remontant à l’ère Yuanding de la dynastie Han occidentale (111 av. J.-C.).

Depuis les dynasties Han et Jin, la civilisation chinoise antique a convergé et s’est mélangée ici, rassemblant des pensées, des religions, des arts et des cultures diverses provenant de régions telles que les antiques Grèce, Inde et Perse. Cette fusion a forgé la culture unique de Dunhuang ainsi que l’esprit de la Route de la soie.

Grottes de Dunhuang

Les grottes de Dunhuang intègrent en un tout l’art architectural, la sculpture en couleurs, la peinture murale et la culture bouddhiste. Elle représente le plus grand, le plus ancien, le plus riche en contenu et le mieux préservé des trésors artistiques au monde.

Elle constitue aussi un nœud vital de l’« Initiative ceinture et route » (ICR), reliant des axes clés tels que le corridor de transport international transcaspien, les corridors économiques Chine-Mongolie-Russie, les corridors économiques Chine-Iran-Turquie et Chine-Pakistan, ainsi que le nouveau pont terrestre eurasiatique et la « Route de la soie aérienne ».

Une des grottes Magao à Dunhuang.
Wu Jian, Académie de Dunhuang.

Assumant non seulement la mission historique de promouvoir activement la culture chinoise et de renforcer les échanges culturels avec les pays situés le long de ces axes, Dunhuang est également devenue une plaque tournante essentielle pour le transport vers l’Est du pétrole, du gaz naturel, de l’électricité et des énergies propres.

La ville a également lancé des trains intermodaux « Chine-Laos-Thaïlande » combinant route et rail, ainsi que des services de fret intermodaux rail-mer.

Visite des grottes de Mogao

Bouddha couché de 14,4 mètres de long, grotte 148 des célèbres Grottes de Mogao à Dunhuang.
Sugapapa, Tripadvisor.

Visiter les caves de Mogao à Dunhuang, aux portes du désert de Gobi, c’est remonter le temps pour s’émerveiller de la richesse culturelle de l’époque des anciennes routes de la soie, la ville étant la porte de sortie de la Chine pour des expéditions vers l’Ouest qui pouvaient prendre parfois plus de 10 ans aller-retour !

La légende locale affirme qu’en 366 après J.-C., le moine bouddhiste Le Zun (Lo-tsun) eut une vision de mille Bouddhas et convainquit un pèlerin de la Route de la soie de bâtir les premières chapelles. Après lui, le maître Chan Faliang ouvrit une deuxième grotte à côté de celle de Le Zun.

On pense que les premiers monastères de Mogao ont également été construits par ces deux moines. Des initiatives plus grandioses ont été rendues possibles avec le soutien des bouddhistes locaux, de la population et des élites. La construction de grottes allait devenir une pratique presque constante pendant un millénaire. Une vision devenue aujourd’hui réalité !

Les grottes de Mogao sont situées sur les falaises, au pied oriental du mont Mingsha, à 25 kilomètres au sud-est de Dunhuang. Leur construction a débuté au cours de la deuxième année de l’ère Jianyuan de l’ancienne dynastie Qin (366 après J.-C). À ce jour, 735 grottes ont été préservées. Le site abrite plus de 45 000 mètres carrés de peintures murales, plus de 2400 sculptures peintes, cinq toits de grottes en bois datant des dynasties Tang et Song, ainsi que plus de 50 000 vestiges culturels mis au jour dans la grotte-bibliothèque, allant de manuscrits à des peintures sur soie datant de la dynastie Jin orientale jusqu’au début de la dynastie Song du Nord.

En tant que complexe de grottes bouddhistes le plus ancien, le mieux préservé et le plus vaste au monde, il a été désigné comme l’un des premiers sites chinois inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987. Nous avons eu la chance de pouvoir visiter un certain nombre de ces caves, dont les plus anciennes, ouvertes exceptionnellement dans le cadre de la conférence mondiale.

Ces grottes racontent par l’art l’esprit des anciennes routes de la soie. Enfin nous avons pu voir, datant de l’époque Tang, un gigantesque Maitreya du VIIe siècle, le Bouddha du futur. Cette statue de 35 mètres de haut, la plus grande des grottes de Mogao, construite à l’aide d’échafaudages dont on voit encore l’emplacement, produit une impression spectaculaire par le contraste entre son impressionnante hauteur et le peu de recul dont on dispose pour la découvrir.

Une priorité : l’énergie verte

Une visite du projet de centrale solaire thermique à tour de 100 MW de Shouhang, à Dunhuang, a également été organisée pendant notre séjour. Construit par Shouhang High-Tech Energy Technology, ce projet représente un investissement de 3 milliards de RMB (environ 400 millions d’euros).

Couvrant une superficie de 6 kilomètres carrés, il a une capacité de production d’électricité annuelle prévue de 390 millions de kWh. Le système de production d’électricité se compose principalement d’un système de collecte de chaleur solaire et d’un système de production d’électricité. Parmi ses principales caractéristiques figurent une tour réceptrice à sel fondu de 260 mètres de haut et un système de stockage thermique équipé de réservoirs de sel fondu, à la fois froids et chauds.

Centrale solaire thermique à tour de 100 MW de Shouhang, à Dunhuang.
SolarReserve

Le champ d’héliostats se compose de 12 000 miroirs d’une surface réfléchissante de 115 mètres carrés chacun, ce qui porte la surface réfléchissante totale de l’ensemble du champ optique à 1,38 million de mètres carrés. Dans des conditions météorologiques normales, la centrale est en mesure de produire de l’électricité en continu 24 heures sur 24. Officiellement raccordée au réseau le 28 décembre 2018, elle constitue la plus grande centrale solaire thermique à tour commerciale de Chine.

Pour comparaison, en France, des projets relativement similaires ont été ou sont encore expérimentés, comme le four solaire d’Odeillo, de 60 mètres de haut avec 63 héliostats (miroirs) pour seulement 1 MW, et datant de la fin des années 60 ! Ou encore dans les Pyrénées (Haute-Cerdagne), avec une installation de 100 000 miroirs mis en service fin 2018, avec pour objectif de générer 20 GWh par an, soit la consommation électrique d’environ 6000 foyers. L’avantage par rapport au photovoltaïque est que cette énergie est « gratuite » et totalement non polluante.

Pour clôturer cette première étape, nous avons participé à un séminaire sur « Les relations Chine-Union européenne dans un siècle de changement global ».

Chaque membre de notre délégation a pu contribuer au débat en amenant sa vision des échanges Chine-EU, ce qui fut très intéressant au regard de la diversité des orientations politiques de la délégation (des communistes, un gaulliste, des libéraux, des conservateurs…).

Ce qui a contribué à un échange contradictoire, montrant aussi les limites de l’Union européenne, car malgré les divergences de vues, une chose est sûre, les élites de l’Union européenne qui parient sur une politique de « découplage » avec la Chine sont loin de faire l’unanimité ! <carre|>