UNE ARME REDOUTABLEAssis sur son trône, Zeus se morfond en silence,lui dont les mortels ne craignent plus la vengeance,oublié de tous, même de ses propres frères,liés pourtant à lui par le meurtre du père.Fort hardi est devenu le cœur des Hommes,qui maîtrisent ce grain de matière nommé atome.Aujourd’hui, leur esprit ne subit plus la peurde la redoutable colère d’un dieu vengeur.Soudain, un bruit sortit le vieux dieu de ses pensées,provoqué par Hermès, au sourire enjoué.Le regard machiavélique du jeune dieuintrigua l’esprit de son aïeul bien plus vieux.« Salut à toi » dit le plus jeune des deux« j’ai trouvé le moyen de restaurer ta gloire,de refaire craindre aux mortels ton regard ombrageux,et de les priver à nouveau de tout savoir. »A ces mots, le dieu montra un objet massif :c’était un cube noir, à la translucide face,posé sur un beau meuble sculpté en bois d’if.Zeus fut surpris d’une telle audace :« Penses-tu réussir là où Zeus a échoué ?J’ai foudroyé le tout premier des médecins.Prométhée, l’ami des Hommes, je l’ai enchaîné.Et pourtant, mon zèle et ma force sont restés vains. »« Mais, fils de Kronos, un nouveau pouvoir est tien :grâce à ce cube, les mortels perdront la tête,ils se rouleront dans la boue telles des bêtes,et d’humains, ils se transformeront en chiens.Accepte le, ce pouvoir plus grand que la peur !A nouveau, ils verseront des torrents de larmes ! »« Ô fils, quel est le nom de cette nouvelle arme ? »« Pour les mortels, elle a pour nom téléviseur. »Benjamin Bak
PENSEE DU SOIR- Nocturne -Parfois, lorsque, le soir, je contemple le ciel,Je songe à ce matin où l’astre couleur mielVersera en ondées sur un monde inconnu,Peut-être un monde où vous et moi ne serons plus,Nos rêves, nos idées, nos espoirs les plus beauxD’où germera la paix dans ce jardin nouveau.Et dans ce ciel, ce soir, où les astres timidesNaissent encor plus neufs dans la pénombre humide,Dans ces jeunes lueurs, foule toujours croissanteDans la voûte, je vois l’humanité vibrante,Celle qui dans les champs ensemence la terreEt qui pour chaque enfant multiplie les lumières.Quand la nuit est plus noire on voit mieux les étoiles,Et c’est vrai que, ces jours, la mort aux sombres voilesFauche comme une folle, et les seigneurs de guerreChez nous, loups aux abois, ont des dents nucléaires.Mais leurs jours sont finis, si l’astre couleur miel,Nous le faisons reluire et dessécher leur fiel,Si nous ne laissons pas leur longue nuit mortelleEteindre l’avenir et nos œuvres si belles.Oui, tout peut arriver si nos cœurs se libèrent,Oui, plus noire est la nuit mieux l’on voit la lumière !Donc, amis, que nos yeux se lèvent vers ces astres,Là est notre destin et non dans des désastres !Nous, peuples, sommes des milliards, le monde entier,Quand ces saigneurs déments ne sont qu’une poignée !Faisons naître ce jour que ces astres promettentCar l’homme ne doit pas être un objet qu’on jette ;Et s’il faut que de nous quelque chose subsiste,Que ce soit ce miel-là, que ce matin existe !Eric SauzéParis, jeudi 29 février 2024
UN MATIN DE 1942SonnetAprès avoir lu des lettres d’adieu de lycéens résistantsLa brume plane encore, inquiète, sur les champs.Ce matin-là, l’aurore est pâle et réticenteA donner vie au jour sur ce bastion que hantentLes sombres coups de feu des pelotons sanglants.Toi et tes compagnons, presqu’encor des enfants,Vous regardez sans peur l’escouade terrifiante,Vos dos contre le mur. Les armes impatientesSont des fusils. Ici fut votre enfermement.Tu viens d’écrire aux tiens que ta vie est complète,Ta lettre est un sourire et plus rien ne l’arrête,Soleil confiant du feu de ta brève existence.Quand les tirs tuent ton corps, ton sourire s’envolePorté par l’âme ailée de l’âpre et belle écoleDu combat pour l’humain et une idée, la France.Eric SauzéParis, le 8 août 2019