Quelques semaines après l’annonce par Emmanuel Macron, au Sommet pour l’Ukraine qu’il avait organisé à Paris le 26 février, qu’« il n’était pas exclu » que la France y envoie des troupes au sol et que l’Europe devrait assurer, à elle seule s’il le fallait, la défaite de la Russie, où en sommes-nous ?
Si bon nombre de ses collègues européens ne l’ont pas suivi dans cette démarche irréaliste et suicidaire, à commencer par les plus importants, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, la Suède, la Hongrie, la Slovaquie, voire même la Pologne et la République tchèque, cela n’a pas empêché Emmanuel Macron de persister et signer. Il a réitéré ses propos lors de son entretien avec la nation sur TF1 et France2 le 14 mars, puis lors d’une interview au Parisien le 17 mars.
L’envoi par Biden à Paris, le 2 avril, de son secrétaire d’État Anthony Blinken, aura-t-il refroidi la tête d’un Emmanuel Macron qui était allé jusqu’à défier la Russie avec ses armes nucléaires ? La réponse de Blinken sur cette question a été glaciale : « La politique du président Joe Biden est claire : il n’y aura pas de troupes américaines sur le territoire ukrainien, c’est une ligne rouge que nous n’allons pas franchir (…). Pour nous, c’est une question d’intérêt national. Ce n’est pas notre intérêt d’avoir un conflit direct avec la Russie. Je ne pense pas que ce soit dans l’intérêt d’aucun des membres de l’OTAN. »
Le débat sur cette ligne rouge en cache cependant une autre, bien plus dangereuse : l’OTAN fait tout pour offrir à l’Ukraine, sans l’appeler ainsi, les conditions de son adhésion.
Lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance, les 3 et 4 avril à Bruxelles, son chef Stoltenberg a proposé de créer au sein de l’organisation « une mission Ukraine », chargée de préparer son adhésion le temps venu. Pour faire face à la pénurie de munitions que connaît Kiev, il a également proposé d’instaurer un fonds de soutien militaire de 100 milliards de dollars, auquel tous les Etats-membres cotiseraient en fonction de leur PIB. Exemple : 10 milliards pour la France.
Par ailleurs, l’Alliance examine la possibilité de placer sous le contrôle de l’OTAN le « groupe de Ramstein », une structure qui opère à Wiesbaden en Allemagne, sous contrôle américain, pour coordonner la collecte et le transfert d’armes d’une cinquantaine de pays vers Kiev. Question : cela n’engage-t-il pas la responsabilité politique de l’OTAN ?
Autre « bonne idée » de M. Stoltenberg : rassembler sous une même structure otanienne tous les accords bilatéraux de sécurité que les Etats alliés (Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie et Pays-Bas) ont déjà signés individuellement avec l’Ukraine. Les Etats-Unis pourraient le faire d’ici au sommet de Washington, en juillet prochain.
Rappelons que ce Traité France-Ukraine stipule que « les participants coordonneront et renforceront leurs efforts conjoints pour soutenir l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN », alors que c’est la question même qui est à l’origine de la guerre en cours, la Russie ne pouvant accepter d’avoir à ses frontières un pays bénéficiant des garanties de sécurité incluant les armes nucléaires de l’OTAN !
Voilà les questions que l’OTAN devra régler d’ici le sommet aux Etats-Unis. Quelques mois seulement pour que la résistance fasse entendre raison à un Président qui semble avoir perdu la boussole en pleine tempête, passant des rodomontades antirusses dignes d’un Général Boum* aux embrassades avec un Président Lula pourtant allié de la Russie au sein des BRICS, à l’arrogance occidentale, répétant à l’envi que la Russie n’est qu’un Etat pauvre bourré d’armements, alors que la Banque mondiale vient de classer ce pays 5e puissance en PIB (en parité de pouvoir d’achat).
L’heure est venue de redescendre sur terre, Monsieur Macron, et de retrouver la voie de la paix !