De l’IA au militaire

Les oligarques de la tech étendent leur empire

mardi 28 octobre 2025

GQ

Selon le quotidien, quatre hommes viennent d’être nommés lieutenants-colonels de réserve dans l’armée américaine dans le cadre du Detachment 201, un programme qui scelle la collaboration entre les géants de la technologie et l’armée américaine.

  • Andrew Bosworth est le très respecté directeur technique de Meta, une figure clé derrière les innovations majeures en matière de réalité virtuelle.
  • Shyam Sankar était son homologue chez Palantir Technologies, la société cofondée par Peter Thiel, dont les plateformes d’analyse de données complexes sont utilisées par les agences de renseignement et de défense.
  • Quant à Kevin Weil et Bob McGrew, ils étaient tous deux cadres supérieurs chez OpenAI, la société qui a créé ChatGPT.

Leur mission officielle ? « Rapprocher la technologie et l’armée, en reliant la Silicone Valley et le Pentagone, Palo Alto et West Point. »

En réalité, concède Le Monde, il s’agit d’un retour aux orientations initiales de la Silicon Valley juste après la Seconde Guerre mondiale.

« Les calculateurs, les radars, les sonars et les premiers systèmes de guidage ont alors été conçus et testés dans l’ombre de l’université de Stanford, grâce au financement des grands fabricants d’armes, avant d’être déployés par l’armée. Internet lui-même est une extension de l’ARPAnet, un réseau militaire développé dans les laboratoires de recherche de Berkeley, l’autre grande université de la baie de San Francisco. »

Entre-temps, une mentalité hippie californienne s’y était installée, mais le « Détachement 201 » a brutalement détruit ce rêve.

Le Monde rappelle qu’en 2018 encore, Sundar Pichai, le directeur de Google, avait reçu un message de 3000 employés disant : « ‘Google ne devrait pas être sur le marché de la guerre’. Deux mois plus tard, à la suite d’un mouvement de protestation, Pichai avait annoncé que le contrat avec le Pentagone ne serait PAS renouvelé. »]

La réélection de Donald Trump, rapporte Le Monde, a toutefois créé les conditions d’un rapprochement rapide entre les géants de la technologie et l’armée. À la mi-juin, Open AI a signé son premier contrat avec le Pentagone. Le nouveau lieutenant-colonel Andrew Bosworth a été cité par Bloomberg pour avoir loué les « profondes racines militaires » de Palo Alto. Mais le plus chanceux serait Palmer Luckey, un fan de Trump, qui vient de signer un partenariat avec Meta pour développer des outils de réalité virtuelle destinés à la formation des soldats américains. Avec le soutien de Peter Thiel, il a également créé Anduril, une entreprise combinant la production de drones et l’IA pour des applications militaires et de sécurité.

Le Monde qualifie cela de « moment darwinien », soulignant que Trump s’est employé à lever toutes les restrictions (environnementales, etc.) au développement de ces systèmes, ce qui a conduit à leur expansion totale.

« Déjà dominants dans les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les smartphones, les plateformes de commerce électronique et les services en ligne pour les entreprises, ils construisent désormais des centres de données géants et investissent dans des centrales électriques et des petits réacteurs nucléaires, contrôlant le secteur spatial avec des fusées et des constellations de satellites. Ils ont également pris pied dans les cryptomonnaies, les médias audiovisuels et le cinéma grâce aux plateformes de streaming, ainsi que dans la réalité virtuelle, et ils misent sur la robotique, l’énergie, l’exploitation minière, les systèmes d’identification, les logiciels pour véhicules autonomes et, bien sûr, l’intelligence artificielle. »<carre|>